Dans la cité historique d’Abomey, où les traditions féodales ont longtemps dicté les rôles sociaux, une femme a brisé les barrières invisibles. Edwige Edjèkpoto, vulcanisatrice de profession, a choisi un métier autrefois réservé aux hommes, défiant ainsi les pesanteurs sociologiques et les préjugés. Son atelier, situé dans le quartier Houndjroto, est devenu un symbole de persévérance et de réussite féminine dans un domaine masculin.
À l’aube, alors qu’un vent frais d’harmattan caresse encore les rues pavées d’Abomey, Edwige se lève avant le soleil. Vêtue de sa tenue de travail grise, elle ouvre son atelier, balaie l’espace et prépare ses outils avec une précision méthodique. Dès 7 heures, ses premiers clients arrivent, souvent surpris de voir une femme manier la vulcanisation avec autant d’aisance. Ce fut alors une journée typique pour une vulcanisatrice déterminée. Un matin, un homme épuisé, traînant sa moto crevée sur des dizaines de mètres, s’arrête devant son hangar. Intrigué, il observe Edwige réparer sa roue avec des gestes rapides et précis. Impressionné, il la félicite avant de repartir : « Courage et persévérance, ma fille ! Ne te laisse pas distraire par celles qui préfèrent flâner dans les rues. »
Une réussite qui force l’admiration
Contrairement à ses confrères masculins, Edwige Edjèkpoto réalise un chiffre d’affaires journalier de 6000 F Cfa, soit le double de certains d’entre eux. Son professionnalisme et son accueil chaleureux lui ont valu une clientèle fidèle, tant masculine que féminine. Débordée par la demande, elle a même dû engager un apprenti pour l’épauler. Aujourd’hui, elle est incontestablement la figure la plus en vue du secteur artisanal à Abomey, prouvant qu’une femme peut exceller dans un métier traditionnellement masculin. L’équilibre entre travail et vie de famille dépend de l’organisation mise en place. Pour la vulcanisatrice, concilier vulcanisation et vie conjugale n’a rien d’impossible. Mariée à un maçon, elle cultive une relation basée sur le dialogue, la confiance et l’entraide. « Nous sommes un jeune couple d’artisans qui se complètent. Mon mari me soutient et m’encourage dans ce métier. En retour, je m’organise pour ne pas négliger nos obligations familiales.», confie-t-elle. Chaque matin, elle prépare les repas avant de partir travailler. Si elle rentre tard, elle appelle son mari pour l’en informer, allant parfois jusqu’à lui offrir un dîner à l’atelier. « L’harmonie dans un foyer ne dépend pas du métier qu’on exerce, mais de la manière dont on s’organise et communique» souligne-t-elle.
Un parcours semé d’obstacles
Son choix de la vulcanisation n’a pas été facile. À l’époque, les métiers traditionnellement féminins (coiffure, couture) étaient saturés, offrant peu de débouchés. Convaincue de faire un choix d’avenir, elle a dû affronter le scepticisme de ses parents, surtout celui de son père, Sévérin Edjèkpoto, qui refusait catégoriquement de la voir exercer un « métier d’homme ». Grâce à l’intervention de proches, il a finalement accepté de l’inscrire en apprentissage chez Paulin Kinhou en 2007. Seule femme parmi seize apprentis, elle a dû faire ses preuves face aux doutes de son patron et aux regards moqueurs. Pire encore, elle a subi des menaces de harcèlement sexuel de la part de collègues et clients. Mais sa détermination a payé : elle a terminé sa formation avant certains hommes et s’est installée à son compte en 2012. Aujourd’hui membre de l’Association des vulcanisateurs d’Abomey (Ava), Edwige Edjèkpoto, l’une des femmes qui défie les normes, continue de s’imposer dans un milieu masculin, portant haut la voix des femmes lors des réunions professionnelles. Son histoire est une invitation à toutes les jeunes filles : « Engagez-vous dans des métiers porteurs, osez briser les barrières. L’émancipation passe par l’audace et le travail bien fait. » À travers son parcours, Edwige Edjèkpoto incarne la résilience, l’innovation et le courage, une véritable source d’inspiration pour Abomey et au-delà.
Zéphirin Toasségnitché (Br Zou-Collines)



















