Avec le Pag 2026-2033, le gouvernement ne promet pas d’abord plus de croissance, mais une croissance mieux répartie. Ce choix de priorité, l’objectif de 7,7 % par an et le pari d’un financement majoritairement privé dessinent une stratégie dont la cohérence se jugera à l’épreuve des moyens et des indicateurs.
Le vocabulaire d’un programme gouvernemental dit souvent davantage que ses chiffres. Celui du Programme d’activité du gouvernement 2026-2033, approuvé par le Conseil des ministres du 4 novembre 2026, s’articule autour d’un verbe : convertir. Il s’agit, selon la présentation du porte-parole du gouvernement, de convertir la croissance en retombées concrètes, en revenus, en opportunités et en services. Le gouvernement de Romuald Wadagni formule ainsi un diagnostic implicite : la performance macroéconomique ne s’est pas encore suffisamment traduite dans la vie des ménages.
Le déplacement du centre de gravité
Le Pag succède au programme Bénin révélé, qui a encadré la décennie précédente. L’exécutif ne présente pas sa nouvelle feuille de route comme une rupture. Il parle de passer du potentiel à la réalité, ce qui suppose une continuité dans les fondations et un déplacement des priorités.
Ce déplacement se lit dans la hiérarchie des trois défis majeurs. L’éradication de l’extrême pauvreté arrive en tête, devant l’élargissement de la base productive et la consolidation de la gouvernance. Le premier défi n’est pas conçu comme une politique sectorielle. Il associe santé, protection sociale, cadre de vie et services de proximité. Le gouvernement en fait une condition du bien-être « pour tous et partout », la formule officielle de son objectif principal.
Les notes distinguent par ailleurs trois sources d’inspiration : le projet de société du candidat, la Vision Bénin 2060 Alafia et le Plan national de développement 2026-2035. Le Pag se situe donc à la jonction d’un engagement électoral et d’une planification de long terme. Il devra servir les deux. La tension n’est pas théorique. Un programme électoral obéit au rythme d’un mandat, quand la planification nationale raisonne sur plusieurs décennies. En faisant du PND 2026-2035 l’un de ses ancrages, le gouvernement s’oblige à des choix compatibles avec un horizon qui dépasse le septennat.
Ce qui est établi, ce qui est attendu
Il faut séparer les registres. Sont établis : l’approbation du programme, son intitulé, sa durée, ses trois défis, ses six filières, ses deux leviers transversaux, ses deux phases d’exécution et la répartition prévue du financement. Ce sont des décisions.Relèvent en revanche de la prévision le taux de croissance réelle moyen de 7,7 % sur le septennat et le maintien du déficit budgétaire global sous 3 % du PIB. Ces deux paramètres sont liés. Une croissance soutenue élargit l’assiette fiscale et facilite la tenue de la contrainte budgétaire. Si elle fléchit, l’équilibre se tend. Le respect de ce plafond conditionne aussi la part publique du financement.Relèvent enfin de l’ambition politique les formules qui accompagnent le programme : « zéro exclusion, 100 % d’opportunités », un « bouclier social et économique », une économie « décomplexée ». Elles expriment une intention, non un résultat.
Le pari du secteur privé
Le choix le plus structurant est sans doute celui du financement. Avec 55 % des ressources attendues du secteur privé contre 45 % pour le secteur public, le PAG repose majoritairement sur des capitaux que l’État ne contrôle pas. Le gouvernement y voit une alliance audacieuse.
Ce schéma a une conséquence directe. Le rythme d’exécution dépendra de la capacité de l’État à mobiliser les investisseurs, à sécuriser leurs projets et à lever les contraintes logistiques, énergétiques et numériques que le deuxième défi désigne lui-même comme des freins. La figure d’un « État facilitateur », mise en avant par l’exécutif, n’est donc pas un simple slogan : elle décrit le rôle dont dépend la part privée.
Les six filières locomotives – agriculture, industrie, tourisme, logistique, éducation et savoir, énergie – indiquent où ces capitaux sont attendus. Le gouvernement assume une stratégie fondée sur les avantages comparatifs du pays. La liste appelle une remarque. L’éducation et le savoir y figurent au même titre que l’agriculture ou l’énergie. L’exécutif les présente comme le socle d’une industrie de pointe. C’est une manière de traiter la formation non comme une dépense sociale, mais comme un investissement productif, dont les effets ne se mesureront toutefois qu’à long terme, au-delà peut-être de la première phase.
La mesure comme règle
Reste la question de l’évaluation. Le programme revendique une gestion par les résultats et des outils de redevabilité. Ces outils n’ont pas été détaillés. La première phase, de 2026 à 2029, dite de mise en service, offrira le premier point d’étape. La territorialisation, qui adapte l’action aux six pôles de développement, impose en outre de mesurer les résultats pôle par pôle, et non seulement à l’échelle nationale.
Pour savoir si la croissance a été « convertie », il faudra des indicateurs de revenus, d’accès aux services et de réduction de la pauvreté. Ce sont eux, plus que le taux de 7,7 %, qui diront si le PAG a atteint son objectif principal.
Abdourhamane Touré



















