Le président de la Commission carte de presse, éthique et déontologie à la Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication (Haac), Bastien Salami, n’est pas resté insensible au classement 2021 de Reporters sans frontières (Rsf), sur la liberté de presse où le Bénin a perdu 7 places. Intervenu sur Frissons radio hier, mercredi 4 mai 2022, l’avocat a fait savoir que ce classement n’illustre pas vraiment la réalité de la liberté de presse au Bénin. Lire ci-dessous, l’intégralité de sa déclaration.
Le Bénin continue de perdre des points dans le classement de Reporters sans frontières (Rsf) en ce qui concerne la liberté de presse. Dans le dernier, on a dégringolé de 7 places. Vous, en tant que conseiller à la Haac, qu’est-ce que cela vous inspire ?
Bastien Salami : Nous avons perdu 7 places eu égard au rapport publié par Reporters sans frontières (Rsf) qui est un baromètre de la vitalité de la profession. Cela n’illustre pas vraiment la réalité au Bénin. La liberté de la presse, d’abord instituée par la Constitution est tout une panoplie de dispositifs qui permettent d’avoir une presse libre. D’abord, ce qui est du ressort d’un gouvernant, des institutions de la République, c’est de pouvoir mettre ce cadre-là en place. Il se trouve malheureusement que des professionnels des médias, qui se disent journalistes, se voient privés de liberté. Or, dans notre arsenal juridique, il est dit qu’on ne peut pas mettre un journaliste en prison pour des raisons professionnelles. Et je ne crois pas que vous puissiez me citer des exemples de journalistes qui ont été placés sous mandat de dépôt à l’occasion de l’exercice de leur profession.
Le cas de Ignace Sossou. Il y a eu des confrères de « Soleil Bénin info » qui ont été privés de leurs libertés
J’aime vos illustrations et elles viennent corroborer ce que je dis. Qui est journaliste ? C’est le professionnel des médias qui a la carte de presse, parce que pour le magistrat, n’est journaliste que celui qui détient la carte de presse. Lorsque vous ne respectez pas vous-mêmes les textes qui fondent votre profession, vous vous exposez. Lorsque vous prenez un véhicule sans le permis, attendez que le gendarme en cas d’arrestation ou de contrôle, vous colle des amendes. C’est exactement la même chose.
Est-ce que l’exemple se prête à la circonstance parce qu’on voit ces journalistes dans les médias, on voit leurs signatures ?
Vous renvoyez la question aux responsables d’organes qui ne doivent employer que des professionnels qu’on peut déclarer. Combien d’organes et de professionnels des médias respectent la déclaration des salariés. Il ne faut pas voir dans la cour de l’autre, que ce qui ne va pas. Il faut faire l’autoévaluation. Aidez-nous, pour que les textes soient respectés. Même le Code du numérique, cela ne s’applique pas normalement aux journalistes.
Mais cela se fait dans les faits ?
Pour amoindrir le choc, la Haac a autorisé une quarantaine de médias en ligne pour régulariser la situation, parce que les professionnels des médias estimaient que c’est parce que leurs organes en ligne ne sont pas reconnus, que l’application des textes les pénalise. Ce n’est pas vrai. Donc, pour montrer que ce n’est pas vrai, nous avons autorisé des médias en ligne. Mais si, à l’occasion de l’exercice de leur profession, ils ne sont pas reconnus comme des professionnels des médias, ayant la carte professionnelle, qu’est-ce que vous voulez que le magistrat fasse ?
Qu’est-ce que vous faites à la Haac pour qu’il y ait plus de journalistes avec une carte professionnelle ?
Beaucoup de cartes sont déjà arrivées à expiration et d’autres arrivent à expiration le 30 mai prochain. Les nouvelles demandes de cartes de presse seront satisfaites. Tout demandeur de carte de Presse doit pouvoir l’avoir et dans des conditions meilleures. Aujourd’hui, nous avons 5500 cartes. Quand on va lancer le renouvellement, on verra bien si ces 5500 existaient encore et maintenant il y a les nouveaux arrivés sur le marché qui seront aussi satisfaits pour la carte sécurisée que nous sommes en train de mettre en place.
Votre mandature est considérée comme une Haac à la solde du pouvoir. Qu’est-ce que vous répondez ?
Je ne sais pas si cela vient de vous ou si vous avez fait une pétition ou une enquête parce que moi, je n’ai pas le sentiment qu’on puisse dire qu’une institution soit à la solde d’une autre. C’est vous qui le dites. Sérieusement, vous pensez qu’une institution doit être en confrontation avec une autre pour qu’il y ait harmonie dans la République? Nous, nous ne sommes pas un parti politique, ni une association. Donc, nous n’avons pas de raison d’être opposée à telle ou telle institution.
Peut-être pas en opposition, mais complètement libre de réguler ?
Nous sommes neutres et nous sommes arbitres. En ces qualités, nous devons faire la part des choses. N’oubliez pas que la Constitution nous donne des prérogatives très larges qui amènent à promouvoir la liberté de la presse. Ceci dit, je ne vois pas en quoi, dans notre fonction, nous pouvons être amenés à être à la solde d’une autre institution.
Avec les attaques dans le nord du pays, certains journalistes ont eu des ennuis judiciaires parce qu’on leur a reproché de s’être rapprochés d’un périmètre dangereux. Qu’est-ce que la Haac a fait pour les aider ?
Il y a des journalistes, dites-vous, qui se sont retrouvés pas loin du périmètre de danger. Dans votre question, vous avez déjà la réponse. C’est vrai, beaucoup de journalistes prennent des risques. Ce qui nous intéresse nous, c’est le contenu. Est-ce que ce qu’on publie contribue à l’information utile. Lorsque moi je vois des images de nos braves militaires balancées sur les réseaux sociaux, sur les plateformes de vos organes en ligne, ce sont des gens qui ont des familles. Votre conscience vous refuse même de publier des choses. Par contre, je n’ai pas eu l’information selon laquelle, des journalistes, auraient fait l’objet de griefs, je n’ai pas eu cette information-là.
On va finir avec une doléance de l’Upmb qui veut savoir où on en est avec le financement des médias ?
Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Vous allez nous aider à assainir la maison. Vous vous imaginez que vous soyez 10 journalistes et que vous recevez 1 million. Ce n’est pas pareil lorsque vous êtes 100 et que sur les 100, il n’y a que 10 journalistes. L’argent ne se jette pas à la fenêtre. Il faut que l’argent aille vers ceux qui exercent vraiment. Si on en arrive là, on pourra continuer le plaidoyer. Mais nous devons être responsables aussi pour dire, voilà le nombre d’organes en règle, pouvoir justifier leur existence légale et c’est ce que nous sommes en train de faire. Si on fait le nettoyage ensemble et que la maison est propre, on pourra avoir les coudées franches pour pouvoir plaider. Vous savez, les faitières, que ce soit les patrons, l’Upmb et l’institution de régulation doivent pouvoir se retrouver. C’est une affaire d’heure. Nous allons nous retrouver pour pouvoir mettre les choses dans le bon ordre.
Source : Frissons radio

















