L’actualité politique s’anime depuis plusieurs semaines au rythme des élections législatives du 8 janvier 2023. Dans cette effervescence politique où l’opposition radicale ne cache pas son intention de figurer dans les starting-blocks du scrutin, une question agite constamment les esprits : quelle sera la posture de l’ancien président de la République Boni Yayi vis-à-vis de son parti « Les démocrates » ?
Sauf cataclysme ou changement de dernière heure, les élections législatives du 8 janvier 2023 ne seront pas à l’image de celles du 28 avril 2019 qui n’a connu que la participation de deux partis politiques : l’Union progressiste et le Bloc républicain, tous deux partis de la majorité présidentielle. En tout cas, l’opposition ne cesse d’annoncer les couleurs et met les bouchées doubles pour être de la compétition électorale. Entre la volonté de participer à une élection et la concrétisation de cette ambition, il y a bien évidemment du chemin à faire. Et sur ce chantier, l’opposition radicale dont le porte flambeau est le parti « Les démocrates », ne baisse pas les bras. Les assauts sont multipliés à l’endroit des populations en même temps que les diligences nécessaires sont en train d’être accomplies pour établir les listes et candidatures et réunir la caution exigée conformément aux dispositions du Code électoral. Mais la grande interrogation reste la posture qu’affichera Boni Yayi à ces élections. Il convient de rappeler que l’ancien chef de l’Etat est le président d’honneur du parti « Les démocrates », un titre prestigieux qui fait de lui le leader charismatique de cette formation politique de l’opposition. Depuis plusieurs mois, l’homme semble avoir pris ses distances vis-à-vis du parti qui s’est pourtant constitué autour de sa personnalité. Du coup, Eric Houndété et les siens évoluent en cavalier solitaire. Pour certains, l’attitude de Boni Yayi vis-à-vis du parti s’explique par les récentes évolutions de la situation sociopolitique notamment caractérisée par son rapprochement avec l’actuel chef de l’Etat, Patrice Talon. Deux fois en l’espace de dix mois en effet, Patrice Talon a reçu son prédécesseur au palais de La Marina. Des rencontres à l’occasion desquelles, le calumet de la paix a été fumé par les deux hommes. La hache de guerre étant dorénavant enterrée, Boni Yayi a changé de grille de lecture relativement à la situation politique du pays et son opposition jadis radicale, s’est sensiblement assouplie vis-à-vis de son successeur. Cette évolution des choses quoique salutaire pour le renforcement et la consolidation de l’unité nationale ne fait pas forcément les affaires du parti « Les démocrates » qui voit se créer, à son corps défendant, une distance entre lui et son leader charismatique. Dès lors, le parti a pris son destin en main, non sans caresser l’espoir de voir l’ancien président de la République, dont la popularité reste intacte, prendre le devant des choses. Ce qui ne ferait qu’huiler le rouleau compresseur du parti.
Yayi entre deux feux
Quoique grande personnalité de la République en vertu de son titre d’ancien président, Boni Yayi reste avant tout un citoyen. A ce titre, il lui est loisible entre autres droits civiques, d’appartenir à un parti politique et donc d’œuvrer à la victoire dudit parti notamment en mettant les moyens qu’il faut et déployer la stratégie nécessaire au profit du parti. Dans ce cas de figure, Boni Yayi aurait été pris intuitu personae même si l’aura dont il jouit en sa qualité d’ancien chef d’Etat va beaucoup peser dans la balance. Mais le problème qui pourrait se poser à ce niveau est le discours quelque peu tranché du parti auquel appartient Yayi. Il lui serait matériellement impossible de battre campagne aux côtés des siens sans critiquer vertement le régime en place ou remettre en cause certaines de ses actions. Cette posture pourrait faire monter l’adrénaline au point de brouiller à nouveau les relations entre les deux cadors de la politique béninoise, et éventuellement embraser le pays à l’image du scénario de 2019. Or, Boni Yayi, au-delà de son étiquette partisane, est avant tout et de par sa qualité, une personnalité prestigieuse dont a besoin le Bénin pour le renforcement de l’unité nationale et de la paix. Du coup, l’ancien président se retrouve entre deux feux dans la perspective des élections législatives du 8 janvier prochain. Entre la sauvegarde des intérêts des siens et ceux du pays, le choix ne semble pas compliqué mais il n’est pas non plus aisé.
Gabin Goubiyi


















