La salle de conférence de la préfecture de Parakou a abrité, mercredi 6 août 2025, une rencontre stratégique entre le préfet du Borgou et les principaux acteurs impliqués dans la lutte contre le mariage des enfants. Rassemblant maires, imams, dignitaires religieux et chefs traditionnels représentants des huit Communes du département, il s’agit de faire le bilan des actions de plaidoyer menées depuis 2019, en particulier la mise en place des registres de demande de mariage dans les mosquées.
Pour une rencontre qui s’inscrit dans un contexte global de la protection des droits fondamentaux des filles, à l’occasion, le préfet Djibril Mama Cissé a salué la mobilisation des participants et rappelé les enjeux liés au phénomène du mariage précoce. «Le mariage des enfants constitue une violation grave des droits fondamentaux de la personne humaine. Il prive les filles de leur adolescence, interrompt leur scolarité, affecte leur santé physique et mentale et les enferme prématurément dans un rôle auquel elles ne sont ni prêtes ni préparées», a-t-il déclaré. Revenant sur la situation alarmante du département en 2016, il a souligné : «Le Borgou était pratiquement en tête de tous les départements du Bénin avec un taux de 51,8 %. Une telle situation qui n’honore guère notre département n’a pas manqué de susciter mon indignation. » Face à ce constat, plusieurs initiatives ont été prises, notamment la sensibilisation communautaire et le plaidoyer auprès des autorités religieuses et traditionnelles. Le préfet a mis un accent particulier sur la mesure phare consistant à doter les mosquées de registres de demande de mariage y compris dans les campements pastoraux : «Cette action inédite et salutaire permet aux célébrants de vérifier que les futurs époux ont bien atteint l’âge légal de 18 ans avant de procéder à leur union. Elle contribue également à la protection des droits de l’enfant et à la collecte des données fiables sur les mariages précoces ou forcés. » Parlant de la portée de l’engagement religieux, Noma Setevi Kpoteina, directrice départementale des affaires sociales et de la microfinance a déclaré : «Nous le savons tous, le mariage des enfants est une réalité douloureuse qui continue de compromettre l’avenir de nombreuses filles dans nos communautés (…) La mise en place et l’utilisation du registre de demande de mariage représentent une avancée importante. Cet outil simple mais stratégique permet de vérifier l’âge légal des futurs époux avant toute célébration religieuse. » Elle a salué la volonté des imams, qu’elle qualifie de « gardiens actifs de l’enfance », soulignant que « leur implication devient un levier central dans la prévention du mariage précoce». Bernard Agbangla, chef du bureau de zone de l’Unicef à Parakou, a, pour sa part, rappelé les grandes étapes de l’initiative. « Suite à l’alerte de l’Union africaine, le Bénin a lancé en 2017 la campagne « Tolérance zéro au mariage des enfants ». Le positionnement des registres de demande de mariage dans les mosquées a démarré sous le leadership du préfet en octobre 2019. » Il continue en faisant savoir qu’: « En 2022, 5187 demandes de mariage ont été enregistrées, dont 425 rejetées pour non-respect de l’âge légal. » Grâce à ces efforts conjugués, le taux de mariage des enfants dans le Borgou est passé de 40 % en 2014 à 32,2 % en 2022. «L’écart n’est pas grand, mais on peut se réjouir des pas effectués», a-t-il reconnu. La rencontre a été le creuset pour les différents acteurs de partager leurs expériences, de relever les défis encore existants et de définir de nouvelles orientations pour consolider les acquis. Un engagement collectif des leaders communautaires et religieux qui constitue la clé pour éradiquer durablement le mariage des enfants dans le Borgou.
Abdourhamane Touré


















