Pour propulser l’agriculture béninoise vers l’autosuffisance, le programme « Plus loin, ensemble » (2026-2033) du président Romuald Wadagni place la modernisation technique au centre de sa stratégie. En déployant massivement des équipements modernes et des systèmes d’irrigation, le projet ambitionne de briser la pénibilité du travail de la terre pour tripler les rendements des producteurs.
Alors que le secteur emploie la majorité de la population active, la question de sa modernisation demeure le pivot central de tout développement économique durable. En dévoilant son programme de société « Plus loin, ensemble » pour la période 2026-2033, Romuald Wadagni apporte une réponse forte et pragmatique à ce défi structurel. Au cœur de cette feuille de route ambitieuse, la mécanisation des campagnes ne se résume pas à une simple mise à niveau technique. Elle s’impose comme le moteur indispensable pour tripler les rendements nationaux et affranchir les producteurs de la pénibilité du travail de la terre. En associant équipements modernes, maîtrise de l’eau et transformation locale, ce projet dessine les contours d’une véritable révolution agropastorale, capable de faire passer le Bénin de l’ère de la subsistance à celle de la souveraineté industrielle.
Pendant des décennies, le manque d’équipements adaptés a constitué le principal goulot d’étranglement de la productivité agricole au Bénin. Conscient de cette réalité, le programme de Romuald Wadagni fait de la mécanisation le premier pilier de sa stratégie de rupture. Il ne s’agit plus seulement d’accompagner les producteurs, mais de transformer radicalement leur quotidien en remplaçant les outils rudimentaires par des équipements motorisés de nouvelle génération. Cette transition à grande échelle vise à réduire drastiquement la pénibilité du travail de la terre, tout en permettant aux exploitants de cultiver des superficies nettement plus importantes en un temps record.
L’Agritech et l’irrigation pour sécuriser les rendements
Pour atteindre l’objectif ambitieux de tripler les rendements, la mécanisation lourde s’accompagne d’une numérisation des pratiques à travers l’Agritech. Le projet prévoit le déploiement d’outils technologiques de pointe pour optimiser le suivi des cultures, analyser les sols et rationaliser l’usage des intrants. Surtout, cette modernisation intègre un volet massif de maîtrise de l’eau. En généralisant les systèmes d’irrigation modernes, le programme ambitionne d’affranchir définitivement la production des caprices du climat, garantissant ainsi des récoltes stables et prévisibles tout au long de l’année. L’augmentation massive des volumes produits grâce aux machines n’a de sens que si elle alimente une économie locale. La vision de Romuald Wadagni interconnecte directement la mécanisation des champs et l’essor industriel du pays. En instaurant le principe de « zéro exportation brute », la feuille de route 2026-2033 prévoit d’orienter ce surplus de production vers des « packs industriels régionaux ». Installées au plus près des bassins de production, ces usines de transformation locale transformeront le coton, le soja ou le manioc en produits finis à forte valeur ajoutée, créant ainsi des milliers d’emplois pour la jeunesse.
L’ère Talon pose les fondations
Avant 2016, le paysage agricole béninois souffrait d’un déficit chronique d’équipements, contraignant une majorité de producteurs à l’usage d’outils rudimentaires. La présidence de Patrice Talon a opéré une véritable rupture structurelle en créant la Société nationale de mécanisation agricole (Sonama). Ce guichet unique a permis d’importer, d’assembler et de distribuer des tracteurs et des équipements subventionnés à travers tout le pays.
Couplée aux mécanismes financiers du Fonds national de développement agricole (Fnda), cette politique a permis de quadrupler les superficies irriguées et de hisser le Bénin au rang de première puissance cotonnière de la sous-région. L’objectif de l’ère Talon était de professionnaliser le secteur, maximiser la production brute et sortir le paysan de l’agriculture de subsistance. Tandis que le programme 2026-2033 de Romuald Wadagni ne renie pas cet héritage, il en industrialise l’usage. Là où le modèle Talon fournissait l’outil mécanique de base, le plan Wadagni y injecte l’intelligence numérique à travers l’Agritech. L’ambition affichée de tripler les rendements repose sur une mécanisation de précision. Le suivi satellitaire des parcelles, automatisation fine des systèmes d’irrigation et numérisation de la gestion des intrants.
De plus, la mécanisation sous Wadagni ne s’arrête plus à la préparation des sols. Elle englobe désormais l’intégralité de la chaîne, du semis automatisé au traitement post-récolte (battage, stockage), touchant de manière inclusive toutes les filières, du coton au riz, en passant par le soja et le manioc. La divergence fondamentale entre les deux approches réside dans l’intégration de la machine au sein du tissu économique national. Le modèle Talon a fonctionné selon une logique de flux. Mécaniser pour saturer les capacités de production, la transformation locale s’organisant en fin de cycle, notamment avec l’essor de la Zone Industrielle de Glo-Djigbé (Gdiz). Le modèle Wadagni inverse la perspective en imposant le dogme du « zéro exportation brute ». Ici, le rythme de la mécanisation dans les champs est directement dicté par la demande des futurs « packs industriels régionaux ». Les machines agricoles deviennent les fournisseurs exclusifs d’usines de transformation implantées au plus près des bassins de production.
L’humain au cœur du projet
La rupture conceptuelle la plus marquante s’observe dans l’accompagnement des producteurs. Sous Patrice Talon, l’accès au matériel reposait essentiellement sur la solvabilité bancaire des exploitants et les garanties du Fnda. Romuald Wadagni y ajoute une dimension humaine inédite : la création d’une réserve financière dédiée à la retraite des paysans. En apportant cette sécurité sociale historique au monde rural, le programme lève le frein de la peur de l’investissement technique à long terme. Mieux protégé, le producteur béninois devient un véritable entrepreneur agricole, capable de piloter la modernisation de ses terres en toute dignité.
Sergino Lokossou



















