Invité de l’émission « Grand Format » sur Canal 3 Bénin ce dimanche 31 mai 2026, le Dr Kamel Lafia, médecin cardiologue et conseiller à l’Ordre national des médecins du Bénin (Onmb), a décrypté les grandes réformes sanitaires en cours, notamment la gestion systématique des urgences.
Tête de la « Liste Essor » pour les prochaines élections ordinales, il plaide pour une transformation profonde de l’institution. Son ambition : dépasser les simples rôles traditionnels réglementaire et disciplinaire pour faire de l’Ordre, un ordre professionnel qui s’intéresse également au professionnel, en servant de bouclier protecteur et de levier de formation, car selon lui, l’excellence des soins et l’intégration de la diaspora dépendent d’abord de l’épanouissement des praticiens.
Traditionnellement perçu comme le « gendarme » de la profession, l’Ordre national des médecins du Bénin doit opérer sa propre révolution. C’est la conviction profonde défendue par le Dr Kamel Lafia sur le plateau de Canal 3 Bénin.
Saluant au passage la reconduction du Professeur Benjamin Hounkpatin au ministère de la Santé — signe de la continuité des grandes réformes étatiques —, Dr Kamel Lafia estime que l’institution ordinale doit intégrer les nouveaux textes légaux en l’occurrence le décret n°2025-395 du 16 juillet 2025, pour ne pas rester dans une posture purement disciplinaire. Si l’Ordre reste le garant du code de déontologie, la « Liste Essor » qu’il conduit entend déplacer le curseur vers l’amont dans un objectif d’anticipation : moderniser, former, accompagner et protéger le médecin béninois. Les nouvelles dispositions réglementaires offrent désormais des outils juridiques pour défendre les praticiens persécutés, une opportunité que la liste du candidat veut saisir pour sanctuariser la profession. Face aux mutations technologiques, professionnelles et populationnelles, l’ambition est d’instaurer un véritable système de management de la qualité, véritable virage managérial naturel pour ce médecin, par ailleurs titulaire d’un master en gestion de projet et certifié en management. Pour le Dr Kamel Lafia, l’équation est simple : « Un médecin épanoui, c’est un médecin qui soigne mieux la population. »
Le défi de la diaspora : séduire plutôt que contraindre
L’autre grand chantier de la modernisation sanitaire béninoise repose sur l’attractivité des compétences de haut niveau, notamment celles installées à l’étranger. À la question de savoir s’il faut durcir les conditions d’intégration pour garantir l’excellence, la réponse du Dr Kamel Lafia est sans équivoque : il faut privilégier le dialogue et l’incitation plutôt que la barrière réglementaire. « Un médecin qui part a une raison de partir, mais nous devons lui trouver mille raisons de revenir », martèle-t-il, rappelant les décennies de sacrifices que représente le cursus médical. Pour concrétiser cette vision, la « Liste Essor » propose une innovation majeure : la création d’un Observatoire de la Santé dédié à la diaspora médicale. Cet outil servira de passerelle pour cartographier les compétences des professionnels béninois de l’extérieur, échanger avec eux et faciliter le transfert de technologies et de savoir-faire (télémédecine, intelligence artificielle). L’objectif n’est pas d’exiger un retour physique définitif, mais de permettre au système de santé local de capitaliser sur l’expertise de ses enfants, où qu’ils se trouvent dans le monde.
Relation médecin-patient : briser le mur de glace par la communication
Le grand oral du Dr Lafia sur Canal 3 Bénin a également abordé un sujet sensible, les récriminations récurrentes des usagers concernant la qualité de l’accueil et le coût des soins d’excellence. Loin de fuir le débat, le conseiller ordinal attribue une grande partie de ces tensions à un déficit de communication institutionnelle. Le rôle du médecin est de lutter contre la mort, mais il doit aussi apprendre à mieux dialoguer avec la cité. Pour briser ce mur de glace, le projet de la « Liste Essor » prévoit de sortir les instances de l’Ordre des bureaux et des salles de consultation pour aller au contact du public. Il s’agira de déployer une stratégie de communication transparente, y compris en gestion de crise, pour expliquer aux populations les réalités, les contraintes et la noblesse de la profession médicale. En parallèle, l’Ordre accentuera la formation des praticiens sur la relation soignant-soigné. C’est à ce prix, conclut le Dr Kamel Lafia, que l’efficience économique des réformes se conjuguera harmonieusement avec l’éthique médicale et la sécurité des patients.



















