La date du dimanche 7 décembre 2025 restera gravée comme l’une des pages les plus sombres et les plus honteuses de notre histoire récente. Une poignée de soldats égarés, manipulés ou serviteurs de forces obscures ont cru pouvoir ramener le Bénin à l’époque des convulsions, en attaquant des institutions de la République et en tentant de semer la terreur dans la ville de Cotonou. Heureusement, leur aventure criminelle a été rapidement maîtrisée.
Les Forces de défense et de sécurité ont opposé une riposte républicaine exemplaire, faisant échouer le complot avant qu’il ne se transforme en tragédie nationale. Ceux qui ont orchestré et soutenu cette mutinerie portent une responsabilité immense. Ils ont tenté de salir l’héritage sacré des bâtisseurs de notre démocratie. Il s’agit de ceux qui ont permis à notre pays de sortir du chaos des années 80 ; ceux qui, à la Conférence nationale de 1990, ont montré au monde qu’un peuple peut choisir la liberté plutôt que la violence ; et ceux qui, depuis lors, ont œuvré pour faire du Bénin un exemple de stabilité et de maturité démocratique dans la sous-région. Vouloir renverser un ordre constitutionnel issu de tant de sacrifices, c’est insulter l’histoire, mépriser le peuple, et trahir la nation. Les mutins et leurs commanditaires ont voulu replonger notre pays dans l’incertitude, au moment même où le Bénin connaît une transformation économique et sociale sans précédent. Ils ont voulu casser l’élan de développement, interrompre une dynamique qui, depuis plusieurs années, fait du Bénin un pays respecté, attractif et envié. Ce qui s’est passé dimanche n’était pas un simple incident militaire. C’était une attaque contre la paix, une attaque contre la stabilité, une attaque contre l’avenir de nos enfants. Aucun Béninois patriote, digne de cette terre, ne peut cautionner cela.
Rien, absolument rien…
Le Bénin n’est pas un pays orphelin de démocratie. Il n’est pas une nation en dérive. Il n’est pas un État sans institutions. Depuis des années, il est cité en exemple en Afrique pour la solidité de son cadre institutionnel, la maturité de son système politique et la rigueur de sa gouvernance. Dans un tel pays, aucun prétexte, aucun mécontentement, aucune manipulation ne peut justifier une tentative de renversement par les armes. L’histoire récente de la sous-région l’a démontré. Aucun pays n’est sorti de l’ombre grâce à un coup d’État ; aucun peuple n’a prospéré sous la menace des armes ; aucun putsch n’a créé l’emploi, garanti la sécurité ou assuré le développement. Au contraire, partout où les coups de force sont passés, ils ont laissé derrière eux le chaos, la misère, la fuite des investissements et la souffrance des populations. Il est regrettable que certains compatriotes aient trouvé matière à se réjouir, sur les réseaux sociaux ou dans des cercles irresponsables, alors que le pays frôlait une catastrophe. Ces compatriotes fragilisent la République et oublient qu’une crise militaire, lorsque cela commence : c’est la mère de famille qui souffre, c’est l’enfant qui cesse d’aller à l’école, c’est le commerçant qui perd son gagne-pain, et c’est la nation entière qui paie le prix fort. Il n’y a jamais de “spectateurs” dans une mutinerie. Il n’y a que des victimes. Face à la trahison d’une poignée de mutins, notre armée a été admirable, professionnelle, loyale et résolument républicaine. Elle a protégé la Nation avec honneur, discipline et vigilance. Elle a prouvé que le Bénin possède l’une des forces armées les plus responsables de la sous-région. Courage également au président de la république, chef suprême des armées, qui, par son sang-froid, son leadership et sa vision, a assuré la continuité de l’État et la protection de nos institutions.
La nation unie, désapprouve
L’histoire se répète parfois, mais elle donne aussi des leçons. Comme en Janvier 1977, lorsque des mercenaires avaient tenté de renverser le Général Mathieu Kérékou, le peuple béninois s’est levé comme un seul homme. Dimanche dernier encore, la solidarité nationale et la mobilisation citoyenne ont montré que notre démocratie n’est pas une façade, mais une valeur partagée. La réaction populaire ne s’est pas fait attendre. Partout, des voix se sont élevées pour condamner sans ambiguïté la mutinerie et dénoncer l’irresponsabilité de ces militaires égarés. Des citoyens et des personnalités publiques indignés, ont spontanément exprimé leur refus collectif de voir le pays replonger dans le désordre et la violence. Dans les milieux politiques, la désapprobation a été tout aussi ferme, transcendant les divergences habituelles. Fait rare et hautement symbolique, des partis politiques de la mouvance présidentielle comme de l’opposition se sont retrouvés pour tenir un meeting lundi dernier à Cotonou, affichant une unité républicaine exemplaire. À cela s’ajoutent les nombreux communiqués rendus publics par diverses formations politiques, et même des syndicats, tous convergeant vers un même message : le Bénin ne cédera jamais aux ennemis de la démocratie et de la paix. Cette mutinerie est un avertissement. La paix est fragile, elle doit être protégée à tout instant. Mais elle aura aussi rappelé une vérité fondamentale : le Bénin est plus fort que les mutins, la république est plus solide que leurs armes, le peuple béninois restera toujours du côté de la démocratie. Et à ceux qui rêvent encore de coups de force, qu’ils entendent ceci : le Bénin ne reculera jamais.
Félicien Fangnon




















