Les réformes engagées dans le secteur de l’artisanat au Bénin, permettent désormais à l’Etat d’organiser au profit des apprenants en fin de formation ou d’apprentissage dans les ateliers des examens nationaux. L’organisation pratique du Certificat de qualification au métier (Cqm) ou du Certificat de qualification professionnelle (Cqp) implique les acteurs à la base. Cependant, elle constitue une porte ouverte pour certains patrons d’atelier qui se font de l’argent sur le dos des apprentis en augmentant les frais de dossier. Informés par les plaintes des parents, Dah Zèwanon Guézo, chef de la délégation départementale du Zou de la Chambre du métier et de l’artisanat du Bénin et Laurent Kènou, président du collectif des artisans de Bohicon mettent en garde les auteurs contre ces pratiques corruptives.
La phase du dépôt des dossiers de candidature à l’examen du Certificat de qualification au métier (Cqm) ou au Certificat de qualification professionnelle (Cqp) est un moment de business pour certains patrons d’atelier. Obnubilés par le goût du lucre, ils augmentent exagérément les frais de dossier de leurs apprenants. Selon certaines victimes qui n’osent pas en parler, ceux-ci prennent jusqu’à 40.000F par apprenti alors que les frais officiels s’élèvent à 12500FCfa. « Le patron de mon enfant m’a réclamé 25.000F comme frais de dossier alors que je ne lui dois plus un copeck par rapport à ses frais de contrat », se plaint un parent qui a opté pour l’anonymat. Si ce parent a été victime, le second n’a pas pu mordre à l’appât. « Ma fille a fait la haute couture. Son patron a exigé le paiement de 50.000FCfa pour les frais de dossier. Il m’a fallu me rapprocher du président de leur association pour se rendre compte de l’escroquerie. Ce qui a fait que j’ai pu l’éviter », renseigne un autre parent. « C’est vrai ce qu’ils ont dit », confirme Laurent Kènou, président du collectif des artisans de Bohicon. Dah Zèwanon Guézo, chef de la délégation départementale du Zou de la Chambre du métier et de l’artisanat du Bénin (Cma) reconnaît aussi l’existence de cette pratique sur son territoire. « Le problème se situe au niveau des patrons. Ce sont eux qui augmentent les frais de façon abusive», dénonce-t-il. Laurent Kènou va plus loin et pointe du doigt les patrons d’atelier fainéants. A en croire ses confidences, ce sont eux qui organisent la surenchère autour des frais de dossier. « Qu’ils sachent qu’ils ne sont pas venus à l’artisanat pour s’enrichir. Que chacun se préoccupe de son atelier », martèle-t-il. Le chef de la délégation départementale Zou de la Cma-Bénin saisit l’occasion pour mettre en garde les auteurs de ces dérives. « Je l’ai toujours dit, surtout dans mon département, de respecter les principes parce que nul n’est au-dessus de la loi. La loi est pour tout le monde. Ce n’est pas sur les enfants qu’il faut s’enrichir. Non, il y a 99 jours pour le voleur, mais un seul jour pour le propriétaire », avertit-il en précisant qu’ils n’auront aucun soutient le jour ils seront pris en flagrant délit. A Bohicon, le mot d’ordre est clair. « La récréation est terminée à Bohicon par rapport à ces pratiques-là », insiste Laurent Kènou. « Qu’on soit sages, qu’on va déposer à temps les dossiers pour ne pénaliser aucun candidat », recommande Dah Zawanon Guézo qui estime que les enfants à qui des tors sont causés sont appelés à être des patrons demain et donc constituent la relève. « Je pense qu’à partir de cette session, la pratique va reculer parce que j’ai lancé un mot d’ordre par rapport à cela. Nous allons poursuivre nos collègues sur ce sujet-là », annonce-t-il.
Le processus du Cqm,
session d’avril 2026 lancé
Lancé le lundi 23 janvier 2026, les opérations des inscriptions des candidats à l’examen du Certificat de qualification au métier (Cqm) se poursuit jusqu’au 20 février prochain. Dans le département du Zou l’heure est d’abord à l’indifférence. « Puisque nous les artisans, nous remettons tout à demain, il n’y a pas trop d’affluence au début. Les jours à venir, les choses rentreront dans l’ordre », caricature Laurent Kènou, président du collectif des artisans de Bohicon. Même constat fait par le chef de la délégation départementale du Zou de la Cma-Bénin sur l’ensemble de son territoire. « Nous avons l’habitude de traîner les pas. C’est au dernier moment qu’on commence à envoyer les dossiers », déplore Dah Zèwanon Guézo qui entend corriger cette attitude en misant sur la sensibilisation. « Je viens d’un voyage. C’est toujours dans le cadre de l’organisation. On ne va plus attendre le dernier moment pour enregistrer», pense-t-il. Les patrons d’atelier sont donc sensibilisés sur leur rôle et responsabilité dans la réussite pratique de l’organisation de cet examen professionnel. Selon les explications de Dah Zèwanon Guézo, l’apprenant tout comme les patrons d’atelier peuvent collecter les pièces de leurs apprentis à jour et déposer leurs dossiers constitué d’un acte de naissance sécurisé, une pièce d’identité attestant que le candidat est un artisan dans tel centre, une attestation de travail, une fiche d’inscription, deux photos d’identité et le récépissé du paiement des frais de dossier à payer au trésor public ou en ligne selon le cas. Ils s’élèvent à 12.500FCfa. « Seuls les candidats en fin de formation conformément aux clauses du contrat conclu avec le patron peuvent être présentés à l’examen. Ceux-ci doivent pouvoir solder les frais de leur formation avant de déposer leur dossier parce que parmi les documents exigés figure une pièce que le patron doit signer attestant que l’apprenti est en règle», explique Laurent Kènou pour éclairer les parents qui pensent encore que leur enfant peut se présenter à l’examen sans payer la totalité des frais de leur formation. Le président du collectif des artisans de Bohicon soutient les patrons d’ateliers qui refusent de délivrer l’attestation de travail aux apprenants débiteurs. Par contre, il condamne la confiscation des dossiers ou du diplôme par ces derniers. « Les patrons n’ont pas le droit de confisquer le dossier ou le diplôme de leurs apprentis même s’ils ne sont pas à jour», informe Laurent Kènou qui appelle les parents à prendre leur responsabilité. Pour faciliter le dépôt des dossiers au niveau de Bohicon, le collectif, sous le mangement de son président, a mis en place des mécanismes à son siège en vue d’un bon accueil. La clôture des inscriptions le 20 prochain laisse place à la phase d’étude des dossiers puis à la proposition des sujets d’évaluation et leur administration du 20 au 27 avril 2026.
Dans insuffisances dans l’organisation
Tout en reconnaissant que des brebis galeuses sont tapis dans leur rang, les patrons d’atelier rencontrés à Abomey et Bohicon on fait quelques observations relatives à l’organisation pratique et le déroulement du Certificat de qualification au métier (Cqm). Barnabé Effio, coiffeur à Bohicon, applaudit les réformes du secteur de l’artisanat. Néanmoins, il trouve que le matériel souvent mis à la disposition des apprenants le jour de l’examen n’est pas conforme aux consignes données. Du coup, les candidats ont du mal à s’en sortir. Une coiffeuse, responsable d’un centre de formation à Bohicon qui, préfère garder l’anonymat, a aussi fait la même remarque. « C’est pour cette raison que je ne participe plus à leurs travaux. Ils m’invitent, mais je décline souvent l’offre puis que je ne veux pas être comptable du favoritisme », confie-t-elle. Selon elle, cette insuffisance offre des conditions favorables aux candidats à la délibération. « A la délibération on constate qu’il n’y a pas d’échec. Tout le monde est déclaré admis, même les plus faibles. Cet état de chose encourage la paresse chez les apprenants qui ne suivent plus dans les ateliers. « La fois dernière, je faisais le point de celles ayant bouclé leur temps de formation afin de les présenter quand, une apprentie débutante a décidé d’aller à l’examen parce qu’elle sait qu’on n’échoue pas ». Il a va donc falloir repenser les choses histoire de donner plus de crédibilité au parchemin qui leur est délivré. Laurent Kènou ne perçoit pas le problème évoqué ce prisme. Il reconnait que le mécanisme d’évaluation reste à parfaire. « C’est vrai qu’il y a de petits soucis qui ne sont pas majeurs pour qu’on puisse parler de mauvaises organisations au niveau de l’artisanat. Non ! Rien n’est jamais parfait. Il faut essayer tous les jours » souligne le président du collectif de Bohicon. Il soutient que les faiblesses dont ils parlent ne sont pas observables sur le terrain. « Avant la libération, on organisait un examen mais qui n’était pas bien structuré au profit des apprenants pour jauger leur niveau. Mais avec les réformes l’Etat a pris l’organisation en charge. C’est une option en expérimentation qui peut être améliorée au fil des années. Dire qu’il y a examen sans échec, je m’inscris en faux parce que si le Zou n’en pas enregistré, cela ne signifie pas que les autres régions n’ont eu », rectifie Laurent Kènou. Anne-Marie Zinzindohoué, présidente d’une association des coiffeurs des Bohicon, invite le chef de l’Etat et les responsables des faîtières de l’artisanat à repenser les conditions d’exercice du métier pour permettre aux patrons d’atelier de jouir pleinement des fruits de leur travail.
Zéphirin Toasségnitché (Br Zou-Collines)



















