À Parakou, à Cotonou, à Nikki, des familles racontent l’instant où l’hôpital a soigné d’abord et n’a rien réclamé. Voyage dans le Bénin qui n’a plus peur de pousser la porte des urgences.
Il y a des chiffres, et il y a des visages. Derrière la mesure de prise en charge gratuite et immédiate des urgences vitales, désormais effective dans la plupart des hôpitaux du pays, ce sont des centaines de destins qui ont basculé du bon côté. Pour en prendre la mesure, il faut quitter les notes de service et aller écouter ceux qui l’ont vécue, dans la chair et dans l’urgence. Au Centre hospitalier universitaire départemental Borgou-Alibori, la première autorité de l’hôpital, le professeur Julien Didier Adédémi, confirme l’effectivité de la mesure. Mais ce sont les usagers qui en livrent le récit le plus saisissant.
Parakou, un enfant arraché au pire
Le mardi 23 juin 2026, Souleymane A. fait irruption aux urgences pédiatriques du Chud Borgou-Alibori. À ses côtés, sa femme, affolée, serre contre elle un enfant visiblement très mal en point. Le temps se suspend. Mais cette fois, personne ne les renvoie vers une caisse. Sans attendre, le personnel soignant fait le nécessaire et stabilise le petit garçon en un temps record, sans réclamer le moindre kopeck. Le père, encore sous le choc, se confond en gratitude. « Je n’ai jamais su que mon enfant pourrait être sauvé sans qu’on ne me demande rien au préalable. Je suis très content », lâche-t-il. À Nikki, dame Awaou Idrissou a fait la même découverte. Elle raconte comment un ami proche, victime d’un accident de la circulation survenu à hauteur de N’Dali, a été pris en charge automatiquement au Chud Borgou-Alibori. Là encore, les soins ont précédé la question de l’argent, comme une évidence retrouvée.
Cotonou, la parole d’une femme soulagée
Au Centre hospitalier universitaire de la mère et de l’enfant Lagune, Dame Houngnibo n’a pas attendu qu’on la sollicite. Quand on lui apprend la présence des médias venus recueillir des témoignages, elle exulte, pressée de dire au monde tout le bien qu’elle pense de cette mesure et de l’attention reçue. « Ils m’ont pris en charge automatiquement. Ils ne m’ont même pas demandé un franc avant de commencer par me soigner. Je remercie le personnel qui a effectivement mis en pratique la mesure », confie-t-elle.
Quand la peur de l’hôpital recule
Ces témoignages disent une chose plus profonde qu’un simple soulagement individuel : ils signent le recul d’une vieille peur. Celle de l’hôpital, longtemps associé, dans l’imaginaire de beaucoup, à la dépense impossible avant le soin. Au Centre hospitalier départemental du Zou, le directeur, Dr Carlos Eny, l’observe au quotidien depuis les premiers jours de mise en œuvre. « Nous avons constaté que la peur qui habitait les cœurs par le passé en lien avec le manque de moyens financiers avant de solliciter les services de santé du Chd Zou, cette peur a disparu. Ils sont surpris de voir qu’on ne leur demande aucun centime avant de démarrer les soins. Cela les rassure et les apaise », témoigne-t-il. D’un témoignage à l’autre, du Borgou au littoral, la même émotion affleure : l’incrédulité, puis le soulagement, puis la gratitude. Pour ces familles, la mesure n’est pas une ligne dans un communiqué. C’est un enfant qui respire, un ami relevé du bitume, une mère soignée sans avoir à vider ses poches. C’est, tout simplement, la preuve vivante qu’une décision peut se mesurer en vies.
Abdourhamane Touré



















