Les produits pétroliers sont plus au moins accessibles au Bénin comparativement à d’autres pays de la sous-région. Cet avantage est lié entre autres à la proximité du Nigéria, grand producteur de pétrole dans l’Afrique de l’Ouest. Mais face à la réalité de la crise russo-ukrainienne et des chocs exogènes qu’elle induit, le Bénin risque de ne pouvoir continuer à subventionner les prix de l’essence et du gazoil à la pompe sans mettre en péril son économie.
Depuis l’avènement de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, le gouvernement du Bénin a décidé de subventionner les produits pétroliers à la pompe, notamment l’essence et le gazoil. Ainsi, afin de renforcer le pouvoir d’achat des populations, l’Etat subventionnait les produits pétroliers à hauteur de 5 milliards de FCfa en moyenne par mois, ceci, depuis les effets pervers de cette guerre. Le niveau de subvention est même monté à plus de 12 milliards de FCfa par mois, soit plus de 70 milliards de FCfa en 6 mois. Ce qui représente un effort significatif. Il importe de rappeler en effet que la mesure est censée prendre fin en juin mais sensible aux peines des populations, le gouvernement a continué de subventionner ces deux produits aux fins d’assurer leur disponibilité au niveau des stations. Le Bénin constitue en effet, une exception en cette matière et se démarque de certains pays de la sous-région qui ont déjà procédé, depuis le début de l’année, à 2, 3 ou 4 réajustements des prix à la pompe. Ces variations tiennent en réalité compte de la réalité des prix et des fluctuations au plan international. Au demeurant, elles sont guidées par un souci d’objectivité. A la vérité, le juste prix de l’essence dans le contexte actuel par exemple serait d’environ 900 FCfa/l et celui du gazoil de 1.100 FCfa/l. Ces prix réels montrent que rien que sur le gazoil, c’est une subvention de 400 FCfa/l qui est toujours consentie par l’Etat.
Nécessité de réajuster les prix
Malgré sa bonne volonté et l’engagement du gouvernement à donner un contenu réel au hautement social, le Bénin risque si les choses restaient en l’état d’affecter l’économie nationale et mettre en péril les emplois. Une étude comparative avec les pays de la sous-région montre qu’en Côte d’Ivoire, le litre d’essence est passé de 735 FCfa à 775 FCfa depuis le 1er octobre 2022, celui du gazoil de 615 à 655 FCfa. Au Togo, depuis le mois de juillet dernier, le litre de l’essence est passé de 625 à 700 francs FCfa, celui du gazoil de 660 à 850 FCfa/l soit une hausse de 190 Fcfa par litre. Au Niger, pour compter du 1er août 2022, le prix du litre de gazoil est passé de 538 à 668 FCfa soit une augmentation de 130 FCfa /l. Au Burkina Faso, depuis mi-août 2022, l’essence est passée de 715 à 750 FCfa le litre, et le gazoil de 645 FCfa à 675 FCfa. Les cas du Niger et de la Côte d’Ivoire interpellent le plus puisque les deux pays, quoique producteurs de pétrole, ont été obligés d’ajuster les prix à la hausse. Ces cas démontre à suffire que le Bénin n’a pas le choix et qu’il est possible, au regard de la dynamique mondiale, que le gouvernement consente prochainement à un réajustement des prix à la pompe. Sans cet ajustement, le pays pourrait se retrouver sans carburant ou gasoil, ce qui paralyserait l’économie. Ce qui a amené certains analystes à envisager cette option est la guerre en Ukraine, cause majeure de la cherté de la vie qui n’est toujours pas terminée. Du coup, l’imprévisibilité de la fin de cette guerre incline à prendre des précautions pour maintenir la stabilité économique du pays.
Abdourhamane Touré

















