La ville de Bohicon est plongée dans la consternation après la découverte macabre de tombes profanées au cimetière musulman du quartier Dokon. Plus d’une dizaine de crânes humains auraient été emportés par des individus non identifiés, relançant le débat sur la sécurisation des lieux de sépulture.
Les autorités du deuxième arrondissement de Bohicon, alertées par les habitants, se sont rendues au cimetière musulman de Bohicon pour constater l’ampleur des dégâts. Paulin Kimkpétodé, chef de quartier, raconte : « On nous a informés qu’ils creusaient les tombes et enlevaient les ossements. Nous avons aussitôt saisi le commissaire de police et fait le constat ensemble.» Face à l’horreur, les autorités locales ont pris des décisions immédiates, celles du nettoyage et de la remise en état des abords du cimetière, la demande à la Commune de solliciter la Sbee pour installer des lampadaires autour de la clôture, de la recommandation à l’imam de recruter un gardien pour renforcer la surveillance. Cette profanation suscite de vives inquiétudes et de nombreuses interrogations. Les habitants redoutent une recrudescence de pratiques occultes et dénoncent l’absence de sécurité dans les lieux de sépulture. Pour l’heure, les autorités préfèrent garder le silence, le temps que les enquêtes en cours livrent leurs conclusions. Au-delà du choc, cette affaire remet sur la table la question de la sécurisation des cimetières dans la commune de Bohicon. Les populations réclament des mesures durables pour protéger la mémoire des défunts et éviter que de tels actes ne se reproduisent. La profanation des tombes n’est pas seulement une atteinte aux morts, mais aussi une blessure infligée à toute une communauté.
Une blessure spirituelle et sociale
Bien plus qu’un acte de vandalisme, ce crime porte atteinte à la dignité des défunts, aux valeurs spirituelles et au vivre-ensemble. L’islamologue Arimi Soglo éclaire sur les conséquences religieuses, sociales et juridiques d’un tel sacrilège. Respecter les morts, c’est respecter les vivants. Ce principe universel, partagé par toutes les sociétés et religions, a été gravement bafoué il y a quelques semaines à Bohicon. Des individus non identifiés ont profané plusieurs tombes musulmanes, suscitant une onde de choc dans la cité et bien au-delà. Pour Arimi Soglo, islamologue, l’acte est d’une gravité extrême. « Profaner une tombe en islam est considéré comme un crime à l’endroit des parents du défunt, de ses amis, du défunt lui-même et de Dieu. La tombe est sacrée et ne peut être ouverte qu’en cas de nécessité absolue, comme une autopsie ou une contrainte liée à l’aménagement d’une voie publique», précise-t-il. Le spécialiste rappelle que le respect dû au corps humain ne s’arrête pas avec la mort. « Nos défunts doivent être traités avec dignité et respect. Ceux qui profanent les tombes n’ont jamais la paix. Ils sont hantés, car en islam, la tombe est l’endroit le plus sacré après les lieux de culte», insiste l’islamologue. La référence coranique est claire : « C’est de la terre que nous vous avons créés, et c’est de cette même terre que vous retournerez vers Dieu, et c’est d’elle que vous serez ressuscités» (Coran, chapitre 20, verset 55). Ainsi, ouvrir une tombe revient à briser le lien sacré entre l’homme et son Créateur. Au-delà de la dimension religieuse, cette profanation interroge la société sur ses valeurs. Elle fragilise la mémoire collective, ébranle la cohésion sociale et appelle à une réponse ferme des autorités. Sur le plan juridique, les auteurs encourent des sanctions pénales pour atteinte à la dignité humaine et violation de sépulture. Face à ce drame, des mesures s’imposent : renforcer la surveillance des cimetières, sensibiliser les populations au respect des morts, et rappeler que la mémoire des défunts est un patrimoine commun. Car protéger les tombes, c’est protéger l’âme de la société.
Zéphirin Toasségnitché (Br Zou-Collines)

















