Au Bénin, notamment dans les départements du Zou et des Collines, le respect des droits à la santé sexuelle et reproductive (Dssr) se heurte à plusieurs facteurs dont les stéréotypes. Ce qui ne permet pas aux jeunes, notamment aux filles de prendre conscience de l’importance de leur sexe en vue d’avoir une vie sexuelle responsable et épanouie.
Le sexe est source de vie, mais aussi source de mort lorsqu’on l’utilise de façon irresponsable. Géraud T. l’a appris à ses dépens. Et pour cause. Adepte du sexe, il ne se protège pas lors de son papillonnage. Approché pour s’informer de son secret, il confie qu’il lui est souvent difficile de se procurer de préservatifs lorsqu’il a envie de faire des rapports sexuels. «Souvent dans nos pharmacies à Abomey, Bohicon et partout ailleurs, on s’adresse le plus à un personnel féminin. J’ai alors honte de m’y rendre », confie-t-il. Poursuivant dans cette vie d’inconscience, il découvre un jour, suite à un don de sang au Centre hospitalier et départemental d’Abomey, qu’il est porteur du Vih/Sida. Comme lui, Anicette S. élève en classe de 3ème dans un collège de la région Agonlin, a été victime d’une grossesse inattendue alors que son rêve est d’avoir son premier enfant après avoir décroché son doctorat en médecine. Elle s’est donc mordue les doigts. Dans son regret, elle a finalement compris que la planification familiale était très importante, mais qu’elle a banalisé. Elle donne les raisons qui justifient son refus de se planifier. «La responsable du service de planification est très intime à mes parents. De peur qu’elle me signale ou qu’elle m’étiquette comme une prostituée, j’ai décidé de ne pas y aller. Face à la pression de mon partenaire, j’ai dû céder et voilà les dégâts », confesse-t-elle en sanglots. Les jeunes filles comme les jeunes continuent donc de tomber dans ces pièges parce qu’ils sont mal renseignés et aussi ils n’ont pas accès, pour la plupart, aux services de santé et de planification. Conséquence, le jeune Géraud a perdu son emploi parce qu’il n’est plus productif. Sa santé étant fragile, il est souvent absent au service pour cause de maladie. Quant à Anicette son rêve est brisé. A cause de sa grossesse, elle a raccroché ses études sans avoir son Brevet d’études du premier cycle. Après l’accouchement, elle s’est convertie en vendeuse de bouillie. Ce qui ne lui permet pas forcément d’être épanouie. Bon nombre de jeunes trempés dans cette situation constituent une énorme perte pour le développement de la Nation. Les femmes dans le lien du mariage en sont aussi victimes. Parce que l’éducation informelle reçue de la tradition ne leur permet pas de décider de l’orientation à donner à leur vie sexuelle. Ainsi, sous la dominance de leur époux, elles se retrouvent avec plusieurs naissances sous le bras lesquels végètent dans la précarité sans soins, sans protection et sans une bonne alimentation. Toutes choses qui inhibent les efforts du progrès social.
Le respect aux droits à la santé sexuelle et reproductive, une nécessité
La recrudescence des cas de viols, de mariages forcés, des maladies sexuellement transmissibles interpelle au premier chef les parents qui continuent d’entourer le sexe de mythe. Beaucoup pensent qu’en parlant du sexe, ils encouragent ainsi l’enfant à faire de son sexe ce qu’il veut. Florance Allognon, agent communautaire à Covè, refute cette compréhension de la chose. « Non, non, pas du tout. Le droit à la santé sexuelle et reproductive ne va même pas dans ce sens», rectifie-t-elle. Au contraire, selon elle, le droit à la santé sexuelle et reproductive permet à l’enfant de se connaître lui-même, d’avoir une responsabilité sexuelle et de savoir que lorsqu’il s’engage dans le sexe, il y a aussi des risques. Et qu’il doit lui-même garantir sa dignité, son intégrité et la dignité de la personne avec qui il pense s’engager. Cela lui permet aussi de comprendre que l’être qu’il incarne est indépendant au même titre que son partenaire. Par conséquent, le droit qui est le sien doit pouvoir être le droit de l’autre. « Si dans un commun accord, que ce soit l’homme ou la femme, s’ils connaissent leurs droits, chacun doit se donner de limites et pouvoir fonctionner pour ne pas entraver la santé de l’autre. En réalité, c’est de cela qu’il s’agit si les parents ont cette même compréhension du sujet, nous aurons moins de problème dans la société et dans nos communautés. », détaille-t-elle. Elle poursuit son explication en indiquant que les droits à la santé sexuelle et reproductive promeuvent aujourd’hui le droit à l’intégrité humaine, le dialogue entre les parents et les jeunes. De ce fait, il est la clef qui accède aux autres sens vitaux de l’homme. L’agent communautaire va plus loin en établissant le rapport entre le sexe et le développement. A l’entendre, le sexe conditionne le développement. «C’est le sexe qui définit l’être. Si cet organe n’est pas en bonne santé, l’être en lui-même est malade. Comme la santé étant un droit, et le sexe faisant partie intégrante de cette santé, alors il faut garantir une bonne santé sexuelle, à l’être pour que la reproduction qui devrait être ne soit pas hypothéquée. Sans le sexe, il n’y a pas de reproduction. Pour qu’il y ait une bonne reproduction, il faut que le sexe soit en bonne santé. Si non, dès que le sexe est touché, ce sont des enfants malformés qui naissent avec des pathologies, des handicaps. Dans ces conditions, c’est toute l’économie de la famille qui en pâtit. Cela joue sur le développement socioéconomique de la communauté et de la Nation », complète-t-elle.
Le dialogue parent-enfant comme mesure
corrective
Il est apparu que le dialogue entre les parents et les enfants est la solution innovante qu’il faut encourager et soutenir en vue de limiter les dégâts liés à vie sexuelle. A ce titre, les parents ont un grand rôle à jouer. « Ce n’est que par le dialogue qu’on pourra y parvenir. Plusieurs actions ont été menées par les Ong internationales telles que Plan international Bénin, Weworld et bien d’autres organisations nationales comme Foddeb appuyées par leurs partenaires, Union européenne, Banque mondiale, Unicef, Unesco pour accompagner le Gouvernement. Des guides de causerie éducative et des boîtes à images ont été mises à disposition des parents, des patrons d’atelier et des enseignants par Weworld pour faciliter et promouvoir ce dialogue entre les apprentis et les élèves. Calixte Vital Aimé Ekanmian, Directeur du Ceg3 de Covè a réussi à rétablir la confiance entre ses apprenants et l’administration grâce à ces outils. Ce qui a d’ailleurs favorisé la baisse du taux des grossesses en milieu scolaire. Des creusets d’échanges entre les jeunes et les clubs d’hommes ont été institués pour inverser la tendance. Pour sauter le verrou des pesanteurs sociologiques, les leaders traditionnels sont impliqués. Le vénérable Dah Awélé Azalokonon, chef traditionnel à Covè a très tôt compris l’utilité de ce dialogue au point qu’il l’a déjà institué pour ses enfants. Il soutient que grâce à ce dialogue, ses enfants ne sont jamais allés aux dérives sexuelles. Pour réussir ce dialogue, Florence Allognon estime que le parent doit se documenter en vue de servir la vraie information à l’enfant en fonction de son âge. «Le parent ne doit jamais mentir à l’enfant parce que s’il découvre autre information que celle que son père lui a servie, il perd la confiance de ses parents et s’accroche aux informations biaisées du dehors et bonjour les dégâts », prévient-elle.
Plaidoyer à l’endroit des décideurs politiques
Des efforts significatifs ont été faits aussi bien par le Gouvernement que les partenaires techniques et financiers. Cependant, que de chemin reste à parcourir. Ce sont les jeunes d’Avlamè et de Koussoukpa, dans la Commune, légalement constitués, qui ont fait des plaidoyers à l’endroit de l’Etat via le maire. Ils ont remarqué que très peu de ressources sont allouées aux services de santé sexuelle après analyse des documents de planification (budget 2022, Pai et le Pdc3). Conséquences, les jeunes n’ont pas accès aux intrants (préservatifs, et les produits de contraception). Il y a donc rupture de ces produits dans les centres de santé de la Commune. Un contact que confirme le Major du centre de santé d’arrondissement d’Avlamè. «Les jeunes ont bien caricaturé ce que nous vivons. Ce qu’ils ont dit à travers leur sketch reflète ce que nous vivons. Souvent, nous sommes en rupture des produits de Planification familiale (Pf).» certifie Alain D. Ahannouto. Il profite de ce plaidoyer pour dire au maire de faire un effort en vue de rendre disponible ces produits. L’édile de la Commune de Zogbodomey en est bien conscient.«Si ce n’est que notre soutien pour réussir, vous l’avez déjà. L’engagement est déjà pris dans le budget en exécution. Il y a une ligne par rapport à cela même si elle n’est pas importante pour gérer un projet », annonce le maire en rassurant les jeunes. «Cette ligne sera renforcée davantage les années à venir », promet-il. Il cite en exemple le Burkinay-Faso où les intrants de la Pf se distribuent gratuitement. «Ce que j’ai vu est vraiment touchant. Si ce mythe a été brisé au Bénin grâce à la rigueur du chef de l’Etat, Patrice Talon, on ne peut qu’accompagner. C’est pour l’évaluation de nos enfants. Le train de vie en campagne est différent de celui des villes. Nous allons mobiliser des partenaires pour vous », a martelé David Zinsou Towèdjè. L’autorité s’est alors engagée à intégrer les associations des jeunes d’Avlamè et Koussoukpa dans les projets de la Communauté des communes du Zou (Ccz). Les Organisations de la société civile ont de leur côté plaidé pour l’installation des centres d’écoute pour renforcer les centres de promotion sociale, les doter de personnel adéquat. Quant aux députés, Florence Allognon les invite à vulgariser les textes. Ce n’est qu’à ce seul prix qu’on pourra vaincre la violation des droits à la santé sexuelle et reproductive puis accéder au développement durable. Pour finir, l’agent communautaire a exhorté les élus du peuple à penser à la situation des homosexuels, une pratique en vogue au Bénin au mépris des textes qui ne la reconnaissent pas.
Zéphirin Toasségnitché (Br Zou-Collines)

















