Dans une récente intervention sur Bénin Télévison, la chaîne de télévision publique, Maître Robert Dossou, ancien président de la Cour constitutionnelle a apporté des nuances sur les termes putsch ou coup d’Etat. Il a également mis l’accent sur l’engagement de l’Armée béninoise lors de la Conférence nationale des forces vives de la nation de février 1990.
Pour l’ex-président de la Cour constitutionnelle, les événements qui se sont déroulés le dimanche 7 décembre 2025, sont ni plus ni moins un putsch ou pronunciamento. A en croire ses propos, le mot pronunciamento nous a été donné par l’Amérique latine très habituée au putsch. Selon l’acteur expérimenté du droit et des sciences politiques Robert Dossou, le putsch, c’est lorsqu’une institution de l’État non investie de pouvoir politique s’empare de pouvoir politique pour l’exercer. Il a fait la nuance par rapport au coup d’État, en précisant que c’est lorsqu’un organe de l’État investi de pouvoir politique prive les autres organes de leur mission politique et s’accapare de toute la fonction politique. « Maintenant, ça c’est ce que moi j’ai appris techniquement en sciences politiques. Il y a ce qu’on appelle l’évolution sémantique, l’usure sémantique qui fait des glissements et fait qu’on emploie coup d’État à tout. Parfois, on ajoute des qualificatifs inappropriés. Lorsqu’on parle de coup d’État constitutionnel, ça laisse entrevoir que le coup d’État est validé par la constitution alors qu’on devrait dire coup d’État à la constitution ou contre la constitution, il y a d’autres expressions qu’on peut aussi utiliser », a-t-il confié. Il a souligné que le putsch relève d’un statut juridique bien précis et le coup d’État aussi relève d’un statut juridique qui parfois s’apparente au putsch. Il a révélé que des coups d’État graves peuvent tomber sur le coup de certaines lois. Lors de son intervention sur Bénin Tv, l’ancien président de la Cour constitutionnelle a déclaré que l’Armée béninoise pendant la Conférence nationale des forces vives de la nation de 1990, par l’entremise du chef d’état-major de l’époque, le colonel Vincent Guézodjè, s’est engagée à ne plus faire de putsch et de rester dans les casernes. « Lorsque nous avons rédigé la première mouture de la Constitution du 11 décembre 1990, nous avons fait ce qu’on a appelé la popularisation. On a distribué cette Constitution partout sur l’étendue du territoire national, même dans les casernes. Mais les militaires nous ont dit que, parce que nous avons prévu que le militaire une fois qu’il est élu donne sa démission de l’armée. Les soldats ont dit ah non, ils donnent sa démission avant d’être candidats », a-t-il expliqué. Il a ajouté que « l’Armée béninoise s’est engagée dans le projet de société, sous la signature de leur chef de l’époque, a envoyé au Comité national préparatoire de la Conférence nationale, signé des chefs supérieurs de l’armée et au cœur de la Conférence nationale de 1990, le chef d’état-major de l’époque, le colonel Vincent Guézodjè, s’est levé lorsqu’il y a eu des rumeurs de putsch qui ont circulé dans la salle et il a dit qu’au nom de toute l’Armée béninoise, il nous déclare que l’engagement est pris, qu’ils resteront dans leur caserne, qu’ils ne se mêleront plus de putsch ». Pour finir, il a dit que le 7 décembre 2025, l’armée a rompu ce pacte que leur chef avait fait à l’époque, mais les loyalistes ont respecté ce pacte-là. « Il faut les saluer et il faut en être fier. Mais il y a des leçons à tirer », a conclu l’ex-président de la Cour constitutionnelle.
Sergino Lokossou




















