Le Bénin, pays leader du coton en Afrique, vient d’inscrire une nouvelle page de son histoire agricole. Le mercredi 3 décembre 2025, sur le site expérimental de l’Okpara, la Société nationale de mécanisation agricole (Sonama) a procédé, en partenariat avec la société Case Ih, à la première démonstration officielle d’une récolteuse de coton sur le sol béninois. Un moment qualifié d’“historique” par les acteurs de la filière et les délégations étrangères venues du Mali, du Nigeria, du Togo, de la Côte d’Ivoire, du Maroc et d’autres pays de la sous-région.
Le cœur de la cérémonie a été la présentation de la nouvelle récolteuse de coton Ce 220 (110 Cv), un modèle spécialement conçu pour répondre aux réalités africaines. Selon Valerio Domenici, directeur marketing Afrique & Moyen-Orient de Case Ih, « cette machine représente un point de non-retour : elle allie productivité, économie de carburant et adaptabilité aux variétés africaines ». Les caractéristiques clés : 3 modèles existent, dont le Ce 220 (110 Cv), Ce 420 (275 Cv) et Ce 630 (373 Cv). Le Ce 220 est le seul disponible en Afrique, et le Bénin est le premier pays du continent à l’expérimenter. Jusqu’à 5 hectares récoltés par jour, 20 litres de gasoil par hectare, soit un rapport consommation/productivité jamais atteint. La machine est capable de récupérer 90 à 95 % du coton sur pied et ses pièces de rechange sont disponibles. Pour les autorités agricoles, cette innovation est une réponse directe à un problème persistant : le manque de main-d’œuvre pour la récolte. Le Directeur général de l’Atda pôle 2, Issifou Dado Doko, rappelle que « La récolte est l’opération la plus pénible. Pour un hectare, il faut parfois mobiliser plus de 200 personnes. Avec cette machine, ce défi est derrière nous. » La démonstration réalisée sur une parcelle d’Okpara a impressionné l’auditoire. En 15 minutes, la quantité de coton récoltée était supérieure à celle que 200 personnes peuvent produire sur la même durée.
Une volonté politique affichée
Depuis plusieurs années, le gouvernement béninois, à travers la Sonama, le Fnda, investit massivement dans la mécanisation. Tracteurs, semoirs, pulvérisateurs, et bientôt… services d’essouchage à grande échelle dès 2026, selon Jean-Patrick Yèkpè, Directeur des opérations commerciales de la Sonama. Le gouvernement, fidèle à sa politique d’accessibilité, prévoit également des dispositifs de location et de prestation afin d’accompagner les producteurs, surtout ceux ayant de grandes superficies mais des moyens limités. Le directeur général de l’institut de recherche sur le coton (Irc), Bertin Adeossi, parle d’une « révolution attendue depuis longtemps ». Les producteurs présents, tout en saluant la performance de la machine, ont proposé certaines améliorations pour garantir un coton encore plus propre à la sortie, afin d’optimiser la valeur marchande. Ils ont également insisté sur la nécessité de faciliter l’acquisition ou la location de la machine. Avec l’introduction officielle du Cotton Picker 220, le Bénin devient le pays pionnier en Afrique à tester une récolteuse adaptée aux réalités du continent.
Romuald Affédjou (Coll.)

















