Réunis en séance plénière le mercredi 24 juin 2026, les députés ont adopté à l’unanimité la loi modificative portant sur l’institution du médiateur de la République. Cette réforme, présentée comme un outil de rationalisation de l’action publique, établit désormais un lien organique entre le Conseil économique et social (Ces) et le Médiateur de la République. Les débats ont toutefois permis de mettre en lumière certaines limites structurelles de l’institution.
L’Assemblée nationale a adopté, mercredi 24 juin 2026, la loi n°2026-11 portant modification de la loi n°2009-22 du 3 janvier 2014 instituant le médiateur de la République. Le texte, examiné au préalable par la Commission des lois, de l’administration et des droits de l’homme lors de ses séances des 17 et 22 juin, a été voté à l’unanimité des députés présents et représentés. Présentée en présence du garde des sceaux, ministre de la Justice et de la législation, Yves Detchénou, ainsi que des cadres de son ministère et du Conseil économique et social, la réforme vise à renforcer la cohérence institutionnelle tout en optimisant les ressources publiques. Dans son rapport, la Commission des lois a rappelé que l’administration publique, qu’elle soit centrale, déconcentrée ou décentralisée, joue un rôle essentiel dans la satisfaction de l’intérêt général. Cependant, les différends pouvant survenir entre les usagers et l’administration justifient l’existence d’un mécanisme de médiation chargé de favoriser des règlements amiables. Depuis sa création, le Médiateur de la République s’est imposé comme un acteur important du dialogue entre l’administration et les citoyens. La nouvelle loi entend consolider cette mission tout en l’inscrivant dans une nouvelle architecture institutionnelle.
Le vice-président du Ces devient médiateur de la République
La principale innovation introduite par la réforme réside dans l’attribution des fonctions de Médiateur de la République au premier vice-président du Conseil économique et social. Selon les initiateurs de la proposition de loi les députés Aké Natondé et Assan Seibou respectivement présidents des Groupes parlementaires Union progressiste le renouveau et Bloc républicain, cette évolution ne signifie ni la suppression du Médiateur de la République ni une remise en cause de son indépendance. Au contraire, elle vise une meilleure rationalisation de l’action publique grâce à la mutualisation des ressources et à une plus grande cohérence entre les institutions. Le nouveau dispositif maintient l’indépendance du Médiateur, qui ne peut recevoir d’instructions d’aucune autorité politique ou administrative dans l’exercice de ses fonctions. Il conserve également son rôle d’intercesseur entre l’administration publique et les administrés. La réforme précise par ailleurs les conditions de saisine de l’institution. Toute personne physique ou morale estimant qu’une administration publique, une collectivité territoriale ou un établissement public n’a pas correctement rempli sa mission de service public peut désormais saisir le Médiateur par requête. Les partisans de la loi mettent en avant plusieurs avantages, notamment le renforcement du dialogue entre les citoyens et l’administration, l’amélioration des mécanismes de prévention des conflits administratifs et la consolidation de la confiance des populations envers les institutions de la République.
Des limites structurelles relevées au cours des débats
Malgré le soutien général recueilli par la réforme, le député Joel Godonou a attiré l’attention de la plénière sur certaines faiblesses persistantes de l’institution. Parmi les principales réserves évoquées figure l’absence de caractère contraignant des décisions du Médiateur. Ses avis, recommandations et suggestions ne s’imposent pas juridiquement à l’administration, ce qui limite parfois leur portée pratique. Les parlementaires ont également rappelé l’incompétence juridictionnelle du Médiateur, qui ne peut intervenir dans une procédure en cours devant une juridiction ni remettre en cause une décision de justice déjà rendue. L’autre limite soulignée est le champ d’intervention de l’institution qui selon l’élu de l’Up le renouveau, demeure restreint. Les litiges entre personnes privées ainsi que les différends opposant l’administration à ses propres agents sont exclus de sa compétence. Le président de la Commission des lois a d’ailleurs tenu à rappeler explicitement cette exclusion lors des débats. Enfin, certains intervenants ont regretté que l’institution ne bénéficie pas d’un ancrage constitutionnel, estimant que sa création par la seule loi la rend plus vulnérable à d’éventuelles modifications législatives. Répondant à ces observations, le ministre de la Justice a indiqué que ces limites sont inhérentes à la nature même de l’institution et s’inscrivent dans le cadre juridique et constitutionnel actuellement en vigueur au Bénin. À l’issue des débats et de l’examen des articles, la loi portant modification de l’institution du Médiateur de la République a été adoptée à l’unanimité, ouvrant ainsi une nouvelle étape dans l’organisation des mécanismes de médiation entre l’administration publique et les citoyens au Bénin.
Gabin Goubiyi




















