De la distribution gratuite de fournitures scolaires au renforcement des cantines, en passant par l’amélioration des conditions d’apprentissage et la gratuité de la scolarité des filles dans le secondaire, l’Exécutif béninois entend placer l’année scolaire 2026-2027 sous le signe de l’inclusion, de la qualité et de la performance. Plusieurs décisions ont été prises pour alléger les charges des familles, renforcer les infrastructures et améliorer l’encadrement des apprenants. Mais au-delà des annonces, la réussite de cette rentrée dépendra de la mise en œuvre effective des mesures sur le terrain.
La rentrée scolaire constitue chaque année un moment majeur dans la vie des familles béninoises. Elle représente, pour des millions d’enfants et de jeunes, le retour aux apprentissages, aux activités pédagogiques et à la vie collective dans les établissements. Pour les parents, elle s’accompagne généralement de dépenses importantes liées aux fournitures, aux uniformes, au transport, à la restauration et aux frais de scolarité. Dans ce contexte, la préparation de l’année scolaire 2026-2027 revêt une importance particulière. Le gouvernement du président Romuald Wadagni a annoncé plusieurs mesures destinées à faciliter l’accès à l’éducation, à améliorer les conditions d’apprentissage et à renforcer l’accompagnement des élèves et des étudiants. Ces décisions concernent les trois ordres d’enseignement, maternel et primaire, secondaire, ainsi que supérieur et technique. À travers ces initiatives, l’Exécutif affiche l’ambition de construire un système éducatif plus accessible, plus inclusif et davantage orienté vers la qualité. L’enjeu consiste désormais à traduire ces orientations en résultats concrets dans les écoles, collèges, lycées et universités du pays.
Des fournitures scolaires gratuites
L’une des mesures importantes annoncées à l’approche de la rentrée concerne la distribution gratuite de kits scolaires aux apprenants du primaire. Cette opération, qui s’inscrit dans la continuité des initiatives engagées depuis plusieurs années, vise à réduire les dépenses supportées par les parents et à favoriser une rentrée plus équitable. Le lancement officiel de la campagne nationale de distribution des kits scolaires pour l’année 2026-2027 a eu lieu le 8 septembre 2026 à l’École primaire publique de Touncountouna, dans le département de l’Atacora. La cérémonie a été présidée par le directeur de cabinet du ministère des Enseignements maternel et primaire, Dèwanou Avodagbé, représentant le ministre. Au total, 145 580 apprenants répartis sur l’ensemble du territoire national doivent bénéficier de ces fournitures. L’opération représente un investissement global de 752 393 674 francs Cfa. Elle bénéficie également de l’appui de plusieurs partenaires techniques et financiers, dont l’Agence française de développement, l’Unicef, Plan International Bénin, Educo, WeWorld, Vinci Énergies et Mtn Bénin. Cette initiative répond à une difficulté bien connue des ménages, l’acquisition des fournitures scolaires peut constituer un obstacle à la scolarisation et au maintien des enfants à l’école, notamment dans les familles à revenus modestes. En apportant un soutien matériel aux apprenants, l’État entend réduire les inégalités et améliorer les conditions de démarrage de l’année scolaire. Cependant, la distribution des kits ne doit pas être considérée comme une réponse isolée. La disponibilité des fournitures doit s’accompagner d’un suivi de leur utilisation, d’une meilleure organisation de la distribution et d’une identification précise des besoins des établissements. La qualité de l’apprentissage dépend également de la présence des enseignants, de la disponibilité des salles de classe et de l’existence d’un environnement scolaire adapté. L’alimentation scolaire constitue un autre axe majeur des mesures annoncées pour la nouvelle année. Le gouvernement a décidé d’accroître la couverture des écoles publiques en cantines scolaires afin de toucher davantage d’enfants. L’objectif affiché est de passer d’environ 1,4 million d’écoliers bénéficiaires au cours de l’année scolaire précédente à 1,9 million d’écoliers pour la rentrée 2026-2027. Cette ambition repose notamment sur le renforcement des moyens mis à la disposition de l’Agence nationale d’alimentation et de nutrition. Au-delà de l’aspect alimentaire, les cantines scolaires jouent un rôle social et pédagogique essentiel. Pour de nombreux enfants, particulièrement en milieu rural, la possibilité de bénéficier d’un repas à l’école peut contribuer à améliorer la fréquentation scolaire, à réduire l’absentéisme et à favoriser la concentration en classe. Une alimentation régulière et équilibrée participe également au développement physique et intellectuel des apprenants. Elle peut aider à lutter contre certaines formes de vulnérabilité qui affectent les performances scolaires. L’extension des cantines apparaît donc comme un investissement dans le capital humain. Toutefois, plusieurs défis doivent être relevés pour garantir l’efficacité du dispositif. Il s’agit de la qualité nutritionnelle des repas, la régularité de l’approvisionnement, l’hygiène dans les espaces de restauration et la transparence dans la gestion des ressources. Le renforcement des cantines devra aussi tenir compte des réalités propres aux différentes régions du pays. Les besoins d’une école située dans une zone rurale ne sont pas nécessairement identiques à ceux d’un établissement implanté dans une grande agglomération. Une politique alimentaire scolaire efficace doit donc reposer sur une organisation adaptée aux contextes locaux. La rentrée 2026-2027 est également marquée par l’entrée en vigueur de la gratuité de la scolarité pour les filles inscrites dans les établissements publics d’enseignement secondaire général et technique. Annoncée en Conseil des ministres le 3 juin 2026, cette décision concerne les filles de l’ensemble du territoire national, de la classe de sixième jusqu’à la classe de terminale, dans les établissements publics concernés. Elle vise à réduire les obstacles financiers qui peuvent compromettre l’accès et le maintien des filles dans le système éducatif. Cette mesure s’inscrit dans une politique de promotion de l’éducation des filles et de réduction des inégalités. Dans plusieurs familles, les contraintes économiques peuvent conduire à privilégier la scolarisation de certains enfants au détriment d’autres. La gratuité annoncée entend contribuer à corriger cette situation et à offrir aux filles de meilleures perspectives de réussite. L’éducation des filles représente, en effet, un enjeu qui dépasse le seul cadre scolaire. Elle contribue à renforcer l’autonomie, à améliorer les perspectives d’insertion professionnelle et à favoriser la participation des femmes au développement économique et social. Le gouvernement a également annoncé la gratuité des frais d’inscription pour les filles dans les formations techniques de l’enseignement secondaire public. Cette orientation vise à encourager leur présence dans les filières professionnelles et techniques, traditionnellement moins investies par les filles. Le défi sera désormais de faire connaître ces mesures aux familles et de garantir leur application uniforme dans les établissements. Les responsables scolaires devront veiller à ce que les dispositions prises soient comprises et effectivement respectées, afin d’éviter que des frais indus ne constituent de nouveaux obstacles à la scolarisation. Dans l’enseignement secondaire, le gouvernement a prévu la réalisation d’un premier lot de 12 000 tables-bancs au profit des collèges d’enseignement général. Cette décision vise à répondre aux déficits en mobilier scolaire, dans un contexte marqué par l’accroissement du nombre d’apprenants. La question du mobilier demeure déterminante dans les établissements scolaires. Une salle de classe dépourvue de tables-bancs en nombre suffisant ne permet pas aux élèves de travailler dans de bonnes conditions. Le manque de mobilier peut également affecter l’organisation pédagogique et contribuer à la dégradation du cadre scolaire. Conscient de la nécessité d’une réponse plus globale, le gouvernement a demandé l’élaboration d’un plan de résorption à court et moyen termes, après une évaluation exhaustive des déficits en mobilier et en salles de classe dans les collèges d’enseignement général. Cette approche devrait permettre de dépasser les interventions ponctuelles pour s’inscrire dans une planification durable. L’identification des besoins réels de chaque établissement est indispensable pour orienter les investissements vers les zones les plus déficitaires. Par ailleurs, des travaux de reconstruction, de réhabilitation et d’équipement sont annoncés dans plusieurs établissements secondaires, notamment les lycées de jeunes filles d’Abomey, de Lokossa, de Natitingou, d’Ouidah, de Parakou et de Porto-Novo. Le Prytanée militaire de Bembèrèkè et le Lycée militaire des jeunes filles de Natitingou sont également concernés par la poursuite des travaux de réhabilitation. L’objectif affiché est d’améliorer les standards d’accueil et de formation, particulièrement dans les établissements destinés à accompagner les apprenants à fort potentiel.
Le dialogue avec les enseignants pour une année scolaire apaisée
La préparation d’une rentrée réussie ne peut se limiter aux infrastructures et aux mesures sociales. Elle repose aussi sur la mobilisation des enseignants et sur la qualité du dialogue entre les pouvoirs publics et les acteurs du système éducatif. Dans cette perspective, le ministre des Enseignements secondaire, technique et de la formation professionnelle, Adéyèmi Clément Kouchadé, a engagé une tournée d’échanges avec les acteurs du secteur dans plusieurs départements. Au cours de ces rencontres, plusieurs préoccupations ont été soulevées, le manque de ressources humaines, l’insuffisance de salles de classe et de bibliothèques, les effectifs pléthoriques, les conditions de travail des enseignants et la question du reversement des Aspirants au métier d’enseignant. Les acteurs ont également plaidé pour le recrutement de nouveaux enseignants, le renforcement de la formation continue et l’amélioration des équipements, notamment dans les établissements techniques. Ces échanges témoignent de la nécessité d’une approche concertée de la gestion du système éducatif. Les enseignants sont au cœur du processus d’apprentissage. Leur disponibilité, leur motivation et leurs conditions de travail influencent directement la qualité de l’encadrement des élèves. Le dialogue permanent avec les organisations syndicales, les responsables d’établissements et les structures déconcentrées apparaît donc comme une condition essentielle pour prévenir les tensions et favoriser une année scolaire stable. L’amélioration de la qualité de l’enseignement passe aussi par la formation continue, l’accompagnement pédagogique et la mise à disposition des outils nécessaires au travail en classe. Les réformes éducatives ne peuvent produire des résultats durables sans l’adhésion des personnels chargés de leur mise en œuvre. La sécurité et la continuité des enseignements dans les zones vulnérables. La question sécuritaire constitue un autre enjeu important de la rentrée scolaire. Dans certaines zones frontalières affectées par des actes d’extrémisme violent, les établissements scolaires ont dû faire face à des difficultés particulières. Pour préserver les populations et les apprenants, certaines écoles avaient été délocalisées. Le gouvernement a annoncé l’élaboration d’un plan d’urgence destiné à assurer la continuité de l’enseignement dans ces zones. Ce dispositif prévoit notamment une prise en charge humanitaire et sociale des apprenants et des enseignants. Cette orientation traduit la volonté de ne pas laisser les enfants vivant dans les secteurs fragiles en marge du système éducatif. Dans un contexte de vulnérabilité, l’interruption de la scolarité peut accentuer les inégalités et fragiliser davantage les familles. La continuité pédagogique doit donc être pensée comme une priorité nationale. Elle suppose la sécurisation des établissements, l’accompagnement des communautés scolaires et la mise en place de solutions adaptées lorsque la présence physique dans les salles de classe devient difficile. La réussite de cette politique dépendra de la coordination entre les services éducatifs, les autorités locales, les forces de sécurité et les acteurs humanitaires. Elle nécessitera également un suivi régulier de la situation des élèves déplacés ou affectés par les contraintes sécuritaires.
Une rentrée doit ouvrir la voie à une école plus performante
La rentrée scolaire 2026-2027 s’annonce ainsi comme une étape importante pour le système éducatif béninois. Les décisions prises par le gouvernement répondent à plusieurs préoccupations exprimées par les familles, les apprenants et les acteurs de l’éducation. La gratuité de la scolarité des filles dans le secondaire, la distribution de kits scolaires, l’extension des cantines, la construction de tables-bancs, le renforcement des infrastructures et l’amélioration des conditions de vie des étudiants constituent autant de leviers susceptibles de favoriser une école plus inclusive. Mais l’objectif ultime doit rester la qualité de l’éducation. Il ne suffit pas de permettre à un enfant d’entrer à l’école ; il faut également lui garantir un environnement propice à l’apprentissage, un enseignement de qualité et des perspectives d’avenir. La rentrée doit donc être l’occasion de renforcer la responsabilité collective autour de l’école. L’État doit poursuivre ses investissements et assurer le suivi des décisions. Les enseignants doivent bénéficier de conditions de travail favorables et s’engager pleinement dans leur mission. Les parents doivent accompagner les enfants, tandis que les apprenants sont appelés à faire preuve de discipline, de persévérance et de responsabilité. Au-delà des mesures annoncées, la véritable réussite de la rentrée 2026-2027 se mesurera à la capacité du système éducatif à former des citoyens compétents, autonomes, responsables et capables de contribuer au développement du Bénin. L’école ne doit pas seulement être un lieu de transmission des connaissances ; elle doit demeurer un espace d’égalité des chances, de construction de la citoyenneté et de préparation aux défis du monde contemporain.
Sergino Lokossou




















