Au Bénin, une réforme est engagée dans le secteur de l’exploitation de sable. L’État a annoncé, le mercredi 28 février 2024, la réorganisation de la filière en vue de mettre fin à la pagaille et aux dysfonctionnements.
La réforme vise à apporter une solution durable à “la cohabitation difficile entre les sociétés de dragage et les populations riveraines des zones impactées”. Elle devrait également mettre fin à “la perception incontrôlée de la fiscalité de même que le non-respect des dispositions des plans de gestion”, selon le compte rendu du conseil des ministres. La réorganisation touche au volet dragage de la filière d’exploitation de sable dans le Grand Nokoué que composent les communes d’Abomey-Calavi, de Cotonou, de Ouidah, de Porto-Novo et de Sèmè-Podji. La réorganisation engagée est à la fois institutionnelle, technique et financière. Elle consiste, entre autres, à faire “la cartographie précise des zones d’exploitation par dragage de sable impliquées (…) et les autres projets envisagés dans les communes” et “l’analyse des mesures économiques, environnementales et de gouvernance aux fins d’une gestion efficiente” des sites d’exploitation.
Axes d’implémentation
La réforme se décline en plusieurs axes. C’est une stratégie adoptée en vue d’assurer sa bonne implémentation, renseigne le gouvernement. Il sera procédé à : la prise d’un décret pour régir en particulier l’activité de dragage de sable lagunaire dans les communes du Grand Nokoué, l’association de l’Etat à de partenaires privés ayant de solides expériences dans les domaines d’exploitation de carrières et de pesage de véhicules, la mise en place de deux centres de suivi-contrôle des données au niveau des points de chargement et de pesage à l’essieu sur les axes de transport, l’obligation faite à chaque concessionnaire de disposer de tout le matériel technique et des ressources humaines nécessaires pour un dragage qui respecte les normes techniques et environnementales, l’élaboration d’un business plan qui définit tous les contours financiers de la réforme destiné à faire ressortir les potentiels de revenus pour le compte de l’Etat, puis le contrôle des poids à l’essieu sur les routes des véhicules de transport de sable et la transmission informatisée des données au niveau des points de site situés sur les routes.

Incidence et perceptions des populations sur le dragage
Les perceptions des populations de Togbin par exemple sur l’activité de dragage de sable ont permis de se rendre compte que la majorité des riverains n’approuvent pas cette activité.
En effet, 62% des populations considèrent le dragage comme une mauvaise pratique à cause des nombreux impacts négatifs qu’il engendre, notamment les inondations et la dégradation des voies d’accès. Il est essentiel de ne pas juger cette activité comme défavorable en se basant exclusivement sur ses conséquences négatives, car il est tout aussi important de prendre en considération ses aspects positifs pour en avoir une appréciation plus équilibrée. En effet, l’activité de dragage permet, entre autres, de réduire les affres de l’inondation dans les milieux marécageux, ce que les riverains ont du mal à cerner. En faisant ressortir les effets négatifs du dragage de sable, la perception des populations sur l’impact que cette activité a sur la faune a été souligné. Le dragage perturbe le cycle de l’eau lorsque les rivières s’assèchent et entraîne la désertification.
Les incidences du dragage sur les éléments écologiques

Les incidences du dragage sur les éléments écologiques, en mettant en lumière les conséquences de cette activité sur la faune, la flore et les écosystèmes lagunaires. Les activités de dragage entrainent d’énormes dégâts sur le milieu biologique par l’augmentation de la turbidité de l’eau, du changement de la qualité physico-chimique de l’eau et de la diminution de la faune. En mettant l’accent sur l’augmentation de la productivité halieutique en absence de dragage, des études ont montré qu’un changement de la qualité physico-chimique de l’estuaire (due au dragage) entrainait un changement de la composition de l’assemblage des poissons. La densité de plusieurs espèces de poissons a considérablement changé pendant les périodes au cours desquelles le dragage a été pratiqué. S’inscrivant également dans cette même optique d’enjeux écologiques, pense que dans le milieu marin, les actions d’extraction perturbent les polluants qui se sont accumulés sur les fonds marins pendant plusieurs années, les libérant ainsi dans la chaîne alimentaire. De plus, les travaux de dragage et l’immersion des déchets en mer entraînent une détérioration de l’environnement en rendant l’eau trouble, ce qui nuit aux espèces vivant au fond de la mer. En plus, le bruit des machines est susceptible d’engendrer des dommages aux mammifères marins. Les enjeux écologiques du dragage en milieu marin sont similaires à ceux qu’on peut retrouver en milieu lagunaire, quand bien même les conditions physico-chimiques et géologiques ne soient pas les mêmes. Dans l’optique d’établir le lien entre le dragage de sable et les inondations, on peut observer aisément à travers une projection dans le futur que le dragage de sable entrainera une augmentation des inondations par la crue du cours d’eau.


















