Le Canada a confirmé une enveloppe de plus de 5 millions de dollars canadiens, soit 2,03 milliards de FCfa, dédiée à la sécurité régionale et à la lutte contre l’extrémisme violent. Un montant ciblé, orienté vers les zones les plus exposées du territoire béninois et vers deux périls jumeaux : la propagation du terrorisme en Afrique de l’Ouest et la piraterie qui menace les côtes.
Il y a, dans la carte du Golfe de Guinée et du Sahel, une géographie de la menace que nul responsable ouest-africain n’ignore plus. Attaques terroristes qui débordent des frontières sahéliennes vers les États côtiers, piraterie maritime qui grève les routes commerciales : le Bénin se sait exposé sur ces deux fronts. C’est dans ce contexte que la visite d’Anita Anand à Cotonou, le mercredi 5 août, a scellé un volet moins visible mais décisif du partenariat renouvelé : un appui canadien direct à la sécurité régionale. « Ce n’est pas un chèque symbolique, insiste un analyste des questions sécuritaires basé à Cotonou. C’est un appui fléché vers les territoires du nord et vers la façade maritime, là précisément où se joue la résilience du pays. » Le choix des priorités traduit une lecture partagée de la menace. Dans les régions septentrionales, exposées aux incursions de groupes armés venus du Sahel, l’enjeu est de consolider la présence de l’État et de couper les logiques de contagion. Sur le littoral, il s’agit de sécuriser un couloir maritime vital pour l’économie béninoise et sous-régionale.
« Vacciner les territoires » contre l’extrémisme
Les diplomates béninois parlent volontiers d’un « pacte d’incubation sécuritaire ». L’image dit l’ambition : ne pas se contenter d’éteindre les foyers, mais immuniser les territoires vulnérables avant que la menace ne s’y enracine. Sécuriser les côtes d’un côté, prévenir la radicalisation de l’autre : la doctrine assume une double temporalité, celle de l’urgence et celle de la prévention. « On ne combat pas seulement le terroriste, on combat le terreau, explique un officier béninois familier des dossiers de coopération. L’appui canadien nous aide à agir en amont, sur la gouvernance locale, l’accès aux services, la présence de l’État. C’est là que se gagne ou se perd la bataille. » Cette approche préventive rejoint les orientations affichées par Cotonou depuis plusieurs années, qui conjuguent réponse militaire et développement des zones fragiles. L’apport canadien vient renforcer une stratégie déjà à l’œuvre, plutôt que de lui substituer un modèle importé.
Une convergence de vues érigée en méthode
Au-delà des montants, c’est la convergence des analyses qui frappe les observateurs. Bénin et Canada partagent une même lecture des défis de stabilité régionale et une même conviction : les réponses doivent être concrètes, coordonnées, inscrites dans la durée. Le mémorandum de consultations politiques signé ce mercredi institutionnalise précisément cette coordination sur les questions régionales et internationales d’intérêt commun.
« La force de ce partenariat, c’est qu’il ne se contente pas de constater la menace : il propose des réponses opérationnelles », se félicite un cadre du ministère des Affaires étrangères. La ministre Anand a elle-même souligné l’engagement partagé des deux pays en faveur de la paix, de la sécurité et du développement durable.
Un front commun à consolider
Reste que le péril ne faiblit pas. La pression jihadiste sur les États côtiers demeure forte, et la sécurisation du Golfe de Guinée exige une vigilance de tous les instants. L’appui canadien, aussi bienvenu soit-il, ne dispensera pas le Bénin d’un effort national soutenu ni d’une coopération régionale élargie. Mais le signal envoyé ce mercredi compte. En adossant sa sécurité à un partenaire du poids du Canada, Cotonou élargit son cercle d’alliés sur le terrain le plus sensible qui soit. Et transforme une visite diplomatique en engagement tangible contre les menaces qui pèsent sur la stabilité ouest-africaine.
Abdourhamane Touré

















