Le Bénin amorce un tournant décisif dans la gestion et la valorisation de ses ressources aurifères. Par décret n°2025-643 pris en octobre 2025, le gouvernement béninois a accordé à Xinquan Sarl, une société de droit chinois, une convention d’exploitation de l’or sur le site de Kouatèna, dans l’arrondissement de Perma, commune de Natitingou. Le permis, d’une durée de dix ans renouvelables, s’inscrit dans le cadre de la convention minière n°2025/002/Meem/Sp du 24 avril 2025.
À travers cette décision, l’État béninois affiche clairement sa volonté de moderniser un secteur longtemps dominé par l’orpaillage artisanal et clandestin, avec pour ambition d’en tirer des retombées économiques durables tant pour l’État que pour les collectivités locales, notamment la commune de Natitingou. Selon plusieurs témoignages, cette initiative gouvernementale est perçue comme une opportunité de structuration, de sécurisation et de création de richesse autour de l’or. Kouatèna abrite désormais une base opérationnelle de la société Xinquan Sarl, dont les activités sont visibles dans la zone de Koussigou Montagne. Les travaux préliminaires ont déjà démarré, avec l’ouverture de voies d’accès, la construction d’une base de vie, l’installation progressive des équipements et le balisage du périmètre concédé. Cette dynamique traduit l’engagement du Bénin à développer son secteur minier, en s’appuyant sur des partenariats avec des investisseurs étrangers, notamment chinois. D’autres sociétés minières seraient également annoncées pour intervenir dans les sites aurifères de Perma, dans une logique de diversification et de développement du secteur extractif.
Un cadre légal bien défini
Selon l’article 2 du décret n°2025-643, le permis couvre un périmètre de 38,25 km², matérialisé par un polygone dont les sommets sont définis par les points A, B, C et D. L’article 3 précise que le permis est valable pour une période initiale de dix ans, renouvelable sous réserve du respect par la société bénéficiaire de ses obligations légales et réglementaires. Toutefois, pour respecter le calendrier d’exploitation prévu, la libération effective des sites concernés demeure une étape cruciale. Sur le terrain, les autorités locales intensifient les séances de concertation avec les orpailleurs, dont certains opposent encore une résistance persistante.
Résistances et mise en demeure
Dans un communiqué n°61-3/001/Mcn/Se/Cc/Dcj/-Sa en date du 5 janvier 2026, le maire de la commune de Natitingou, Taté Ouindéyama, a rappelé les diligences entreprises en vue de la libération des sites aurifères. Le communiqué, adressé aux exploitants illégaux et traditionnels de l’or dans l’arrondissement de Perma et les autres sites de la commune, souligne que la société Xinquan Sarl dispose d’un contrat légal, formel et en vigueur, conformément aux lois minières de la République du Bénin. Le maire déplore que, malgré les démarches administratives, les séances de sensibilisation et les tentatives de règlement pacifique, certains exploitants continuent d’occuper illicitement les sites, entravant ainsi le démarrage effectif des travaux. Il rappelle par ailleurs que toute exploitation minière sans titre légal constitue une infraction, passible de sanctions, et qu’aucune opposition ne peut légalement faire obstacle à l’exécution d’un contrat approuvé par l’État. Un délai de rigueur fixé au 11 janvier 2026 a été accordé pour la libération complète des sites, faute de quoi les contrevenants s’exposeraient à des poursuites pénales.
Koussigou Montagne : entre survie économique et risques humains
À Koussigou Montagne, où des milliers d’orpailleurs sont installés, la situation demeure délicate. Considéré par ses occupants comme une propriété privée, le site s’est transformé au fil des années en un véritable village informel, avec commerces, bars et activités connexes. Mais derrière cette effervescence économique, se cache une réalité alarmante : les risques humains liés à l’orpaillage clandestin. Des tunnels creusés à la main, parfois à plus de quarante mètres de profondeur, s’effondrent régulièrement, causant des pertes en vies humaines. Burins, marteaux, torches frontales et motopompes rudimentaires constituent l’essentiel de l’arsenal de ces chercheurs d’or, exposés en permanence au danger. « On n’a pas la possibilité de feinter », confie un jeune orpailleur.
Relogement et mécanisation en perspective
Pour réduire ces risques, les autorités envisagent le relogement des orpailleurs sur un nouveau site, où leur activité serait mécanisée et mieux encadrée, après la libération du périmètre concédé à la société Xinquan Sarl. Située dans la zone des 38,25 km² attribués, Koussigou Montagne est directement concernée par cette mesure. Des avantages et mesures d’accompagnement sont annoncés pour permettre aux orpailleurs de poursuivre leurs activités dans un cadre légal et sécurisé. Mais pour l’heure, l’urgence reste la libération immédiate du site, jugée imminente et nécessaire dans l’intérêt supérieur de la nation et de la commune de Natitingou. Le compte à rebours est désormais lancé.
G.A.
(Br Atacora-Donga)


















