L’Institut de formation en soins infirmiers et obstétricaux (Ifsio) de Parakou a connu, jeudi 1er octobre 2026, le lancement officiel du projet « Renforcement des capacités des prestataires de soins de maternité pour des soins de maternité néonataux respectueux (Smnr) dans le nord du Bénin ». Déployé dans les départements du Borgou, de l’Alibori, de l’Atacora et de la Donga, le projet ambitionne de renforcer les capacités d’environ 1 500 professionnels et apprenants et d’améliorer l’expérience de soins de quelque 20 000 femmes, nouveau-nés et familles. La cérémonie a réuni autorités, partenaires techniques et financiers, responsables sanitaires, enseignants et étudiants de l’Ifsio et de l’Université de Parakou.


Faire de la maternité un espace où chaque femme est accueillie avec respect, écoutée, informée et accompagnée. Telle est l’ambition affichée par Médecins du monde Suisse et l’Ifsio à travers ce nouveau projet qui s’étendra sur 20 mois. Pour Isabelle Floreani, coordonnatrice générale de Médecins du monde Suisse au Bénin, l’initiative répond à une préoccupation majeure : les violences obstétricales et leurs conséquences sur le recours aux services de santé. « Les violences obstétricales contribuent à la réticence des femmes à se rendre dans des centres de santé », a-t-elle relevé, soulignant que les expériences négatives peuvent affecter la confiance des femmes envers le système sanitaire et, par ricochet, exposer davantage les mères et leurs enfants aux complications. Cette situation appelle, selon elle, une réponse qui ne soit pas seulement médicale ou technique. Le projet entend ainsi agir simultanément sur les dimensions humaines, organisationnelles, pédagogiques et institutionnelles de la prise en charge.
Former pour transformer les pratiques
Au cœur du dispositif figure la formation. Le programme prévoit la formation de formateurs et formatrices, le renforcement des capacités des professionnels et apprenants, mais également l’intégration des principes des soins de maternité néonataux respectueux dans les cursus de formation. Au total, environ 1 500 professionnels et apprenants sont ciblés. L’objectif est de faire de l’écoute, du consentement, de la confidentialité, de la dignité et de la bienveillance des composantes concrètes de la pratique quotidienne. Le projet prévoit également l’équipement de 30 maternités pilotes dans les quatre départements du Nord, ainsi que des actions de sensibilisation communautaire, de plaidoyer, de recherche et de capitalisation. Ces maternités devront également servir d’espaces de stage et d’apprentissage pour les futurs professionnels.
Une réponse aux violences obstétricales
Dans son intervention, le directeur de l’Ifsio, le professeur Montcho Adrien Hodonou, a replacé le projet dans le prolongement des échanges scientifiques organisés la veille autour des déterminants socioculturels de la santé et des droits sexuels et reproductifs. Les discussions avaient notamment mis en évidence la question des violences obstétricales. « Donner la vie ne devrait jamais être une preuve de violence », a-t-il martelé, appelant à faire des maternités des espaces où la femme peut accoucher dans la sécurité et la dignité. Pour le directeur de l’Ifsio, le projet constitue ainsi une réponse à un « cri silencieux » entendu dans certaines salles d’accouchement. Il invite les quatre départements sanitaires concernés à s’approprier pleinement l’initiative et à faciliter l’accès aux centres de santé ainsi que la disponibilité des professionnels pour les formations.
De la formation à l’institutionnalisation
Le représentant du ministre de la Santé, le professeur Julien Didier Adeyemi, a insisté sur la nécessité d’aller au-delà des compétences techniques. La qualité des soins, va-t-il expliqué, dépend également de la manière dont les patientes sont accueillies et prises en charge. Le projet repose ainsi sur trois axes majeurs : la formation, l’amélioration de l’environnement de soins et la pérennisation de l’approche. L’ambition est que les pratiques développées ne disparaissent pas à la fin du financement, mais s’inscrivent progressivement dans le fonctionnement ordinaire des services de santé. Même préoccupation du côté du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Représentant la ministre, Dr Agounkpé M. Michael a souligné que la qualité des soins commence par la formation. Il a appelé à faire des soins respectueux non pas une simple activité de projet, mais une véritable culture professionnelle soutenue par l’enseignement, la recherche, l’innovation et l’évaluation de la qualité.
Une alliance entre savoir, pratique et communauté
Pour le vice-recteur chargé de la Recherche universitaire de l’Université de Parakou, Professeur Nasser Mohamed Baco, le projet répond aux trois missions fondamentales de l’université : former, produire de la recherche et servir la communauté. Financé par Expertise France, avec l’appui de partenaires institutionnels et techniques, le projet repose sur la complémentarité entre l’expertise de terrain de Médecins du monde Suisse et les compétences pédagogiques et académiques de l’Ifsio. À travers les 30 maternités pilotes, les 1 500 professionnels et apprenants ciblés et les quelques 20 000 femmes et familles concernées, les partenaires entendent inscrire progressivement les soins de maternité et néonataux respectueux dans les pratiques sanitaires du Nord-Bénin. Au terme des 20 mois, l’enjeu sera donc de capitaliser les acquis, documenter les expériences et favoriser leur intégration durable dans le système de formation et de soins. Une dynamique dont la finalité reste la même : permettre à chaque femme de franchir la porte d’une maternité avec confiance et d’y recevoir des soins compétents, respectueux et dignes.




















