Pour la première fois depuis l’avènement du renouveau démocratique au Bénin, un parti politique béninois refuse officiellement des adhésions. L’Union progressiste le Renouveau (Up-R) a décidé de suspendre l’intégration de tout élu ou responsable du Bloc républicain, une mesure inédite qui soulève des interrogations et relance le débat sur la transhumance politique.
C’est une première au Bénin. Un parti politique qui refuse des adhésions. Cette décision inédite a été prise par la Haute direction politique du parti Union progressiste le Renouveau. «La Haute direction politique (Hdp), décide, à compter de la date de signature de la présente directive, de suspendre provisoirement toute adhésion de membre exerçant un mandat électif ou assumant une fonction prépondérante au sein des instances dirigeantes du Bloc républicain (Br) vers l’Union progressiste le Renouveau (Up-R), et ce, jusqu’à nouvel ordre.» Tel est in extenso, un extrait de la directive référencée nº16/Hdp/Up-R/2025 en date du 25 août 2025 signée du Secrétaire général de la plus haute instance de l’Up le Renouveau, Gérard Gbénonchi. Une décision qui, depuis son annonce, suscite moult interrogations au sein de l’opinion publique. En effet, c’est pour la première fois depuis l’avènement du renouveau démocratique au Bénin, qu’un parti politique, interdit de manière formelle, des adhésions d’une autre formation politique, lesquelles adhésions sont pourtant perçues comme une bonne nouvelle pour toute formation politique étant donné que la logique politique est guidée par la règle de l’addition et celle de la multiplication. S’il est vrai que l’Up le Renouveau et le Bloc républicain entretiennent plus ou moins de bonnes relations en matière de collaboration politique, et que cette directive participe de la sauvegarde du climat de bon voisinage qui prévaut entre ces deux formations politiques de la mouvance présidentielle, il n’en demeure pas moins que le parti présidé par Joseph Djogbénou vient là de donner une belle leçon d’élégance à l’ensemble de la classe politique béninoise. En effet, les formations politiques ont souvent du mal à dire non à certaines dérives de leurs militants qui, pour une raison ou une autre, retournent leurs vestes, pour atterrir dans une autre famille politique parfois sans y apporter grand résultat.
Vers une thérapie contre la transhumance politique ?
La décision que vient de prendre l’Up le Renouveau fera certainement date dans l’histoire des partis politiques au Bénin en ce que certains analystes y voient un pas pour limiter le sempiternel phénomène de la transhumance politique. Un mal résiduel qui est perçu à tort ou à raison comme une faiblesse de cette réforme majeure. A l’approche de chaque élection, le fléau s’amplifie avec son corollaire de duperie sur fond de marchandage politique. Des personnes ne pouvant se prévaloir d’aucune base politique, s’illustrent dans ce que d’aucuns qualifient de « mercato politique » ou encore « danse des gamètes ». Le mal a défié jusque-là tous les régimes et toutes les tentatives pour y mettre fin se sont heurtées à une pseudo-violation du droit à la liberté d’association. Et pourtant, il est un secret de polichinelle que cette pratique est loin d’être une preuve de la vitalité de la démocratie encore moins de l’animation de la vie politique. Au demeurant, elle pose le problème de la conviction politique ou de la fidélité à une idéologie politique quand on sait que la réforme du système partisan ne saurait s’arrimer avec ces pratiques qui pourrissent l’environnement politique. L’Union progressiste le Renouveau vient peut-être de donner le ton de la partition que devraient jouer les partis politiques pour mettre fin à cette fantaisie qui n’apporte aucune plus-value à la démocratie.
Gabin Goubiyi




















