À la suite de la tentative de coup d’État avortée du 7 décembre 2025, une vaste procédure judiciaire a été enclenchée afin d’établir avec rigueur les faits, d’identifier les responsabilités et de sanctionner, conformément à la loi, toute atteinte portée à la sûreté de l’État. Face à la gravité des événements et à la complexité des implications, la justice béninoise apparaît plus que jamais comme l’ultime rempart institutionnel, appelée à faire toute la lumière sur cette affaire aux ramifications multiples et à préserver les fondements de l’ordre constitutionnel.
Après la tentative de coup d’État déjouée le 7 décembre 2025, des poursuites judiciaires ont été engagées non seulement contre les personnes directement impliquées dans cette entreprise de déstabilisation du pays et de ses institutions, mais également contre celles ayant contribué, de manière indirecte, à sa préparation. Sont aussi concernées les personnes qui, d’une façon ou d’une autre, ont salué cette initiative en tenant des commentaires jugés tendancieux à la suite de la déclaration des mutins diffusée sur les antennes de la télévision nationale. Il ne pouvait en être autrement dans un pays où, depuis plusieurs décennies, le peuple béninois a résolument tourné le dos aux modes anticonstitutionnels d’accession au pouvoir. En optant pour une démocratie pluraliste fondée sur des élections libres, transparentes et crédibles, la nation béninoise a clairement signifié son rejet de toute velléité de prise du pouvoir par la force. La réprobation quasi unanime, tant populaire que politique, consécutive à cette mutinerie constitue en elle-même un appel pressant à ce que toutes les personnes prétendument impliquées dans ce qui aurait pu faire basculer le Bénin dans un chaos sans précédent répondent de leurs actes. Ces réactions, qui sonnent comme un réquisitoire collectif, traduisent une intolérance manifeste à toute atteinte à la sûreté de l’État. À cet égard, la justice béninoise a déjà donné le ton dans des affaires similaires, notamment dans la retentissante affaire de complot contre la sûreté de l’État, au terme de laquelle les principaux mis en cause que sont Oswald Homéky, Rock Nieri et Olivier Boko, ont été condamnés, fin janvier 2025, à vingt ans de réclusion criminelle, assortis du paiement de 4,5 milliards de francs Cfa, sous réserve de dommages et intérêts évalués à 60 milliards de francs Cfa. Dans d’autres dossiers comparables, même lorsque l’exécution n’a pas été entreprise, la justice ne s’est guère montrée clémente, prononçant des sanctions lourdes à l’encontre des auteurs. Dans le cas d’espèce, les instigateurs de la manœuvre sont allés loin dans la mise en œuvre de leur plan de remise en cause de l’ordre constitutionnel. La juridiction compétente ne manquera pas d’en tenir compte au moment de rendre son verdict. Eu égard à la gravité des faits reprochés, il ne serait nullement excessif d’affirmer que les mis en cause s’exposent à de lourdes sanctions.
Zéro tolérance : un signal politique sans équivoque
S’agissant du sort réservé aux auteurs de coups d’État, le président de la république avait déjà donné une indication claire lors de la rencontre tenue le 27 novembre 2023 avec la délégation du parti Les Démocrates au palais de la Marina. À cette occasion, Patrice Talon avait tenu des propos à forte portée dissuasive quant au traitement réservé à toute entreprise attentatoire à la stabilité du pays : « Celui s’attaque à moi, qui veut me tuer, je peux le pardonner politiquement mais celui qui veut tuer mon pays, qui veut organiser des émeutes, tuer des enfants, d’autres personnes, mettre des enfants dans les rues, la personne va répondre de ça », avait-il martelé face à la délégation conduite par Boni Yayi. Ces propos ont été réaffirmés par le porte-parole du gouvernement lors de la conférence de presse animée le mercredi 10 décembre 2025. Interrogé sur l’éventualité de poursuites judiciaires à l’encontre des personnes impliquées dans la tentative de coup d’État, Wilfried Léandre Houngbédji avait déclaré : « Ça va de soi. Vous ne seriez pas surpris que les personnes qui ont fait ça, même si elles étaient nos parents, nos amis, puissent éventuellement être appelées à répondre de leurs actes».
Des personnes interpellées… dans le viseur de la justice
Sans relâche, les unités d’enquête et d’investigation se sont attelées, depuis la survenance des événements du 7 décembre 2025, à identifier et interpeller les personnes impliquées ou ayant fait l’apologie de ces actes. C’est dans ce cadre que le président du parti Restaurer l’espoir, Candide Azannaï, a été interpellé dans la matinée du vendredi 12 décembre 2025. De même, le secrétaire aux relations extérieures du parti Les Démocrates, Chabi Yayi, a été interpellé dans la nuit du samedi 13 au dimanche 14 décembre 2025, avant d’être relâché le lundi 15 décembre. À leur suite, la journaliste Angéla da Matha a été appréhendée mardi 16 décembre 2025 afin de s’expliquer sur le sens des publications jugées tendancieuses qu’elle a diffusées sur sa page Facebook après la déclaration des mutins. Le député du parti Les Démocrates, Sounon Boké Soumaïla, a également été interpellé pour avoir exprimé un commentaire de réjouissance à la suite du message diffusé par les mutins à la télévision nationale. D’autres arrestations ont été opérées dans le cadre de l’enquête en cours. Au terme de cette phase d’investigation, la justice demeure attendue comme l’arbitre suprême, appelée à démêler les écheveaux de cette affaire, à établir les responsabilités individuelles et collectives, et à dire le droit, dans l’intérêt supérieur de la république et de la préservation de l’ordre constitutionnel.
Gabin Goubiyi

















