Au cœur du programme 2026-2033 du président Romuald Wadagni, la valorisation des trésors royaux et la réhabilitation de la route des Esclaves ne sont plus seulement un devoir de mémoire, mais le moteur d’un plan de relance historique de 1 250 milliards de Fcfa pour faire du tourisme historique le nouveau pilier de l’économie béninoise.
Le Bénin se trouve à la croisée des chemins de son destin économique et culturel. Le programme de Romuald Wadagni pour la période 2026-2033 propose une rupture conceptuelle majeure. Cesser de voir la culture et l’histoire comme de simples objets de fierté contemplative, mais les ériger en industries lourdes, génératrices de richesses et d’emplois. Avec une enveloppe financière historique de 1 250 milliards de Fcfa dédiée au secteur, le candidat entend déclencher un véritable électrochoc touristique en s’appuyant sur les pages les plus glorieuses et les plus poignantes de l’histoire béninoise. Le retour au pays en 2021 des 26 trésors royaux pillés pendant la colonisation a constitué un séisme émotionnel et culturel pour le peuple béninois. Romuald Wadagni fait le pari de transformer cette ferveur mémorielle en un pôle d’attraction international majeur. L’épicentre de cette ambition se situe à Abomey, l’ancienne capitale du royaume du Dahomey. Le programme 2026-2033 prévoit une restructuration globale de la cité historique. Il ne s’agit plus seulement de restaurer des murs, mais de bâtir des infrastructures muséales de classe mondiale, capables de rivaliser avec les plus grands standards européens et américains. L’investissement massif permettra de doter les musées d’Abomey de technologies de pointe (scénographies immersives, guides audio multilingues, réalités virtuelles) pour raconter l’épopée des rois du Dahomey de manière vivante et mémorable. Cette modernisation architecturale et technologique vise à capter une clientèle touristique haut de gamme, avide d’authenticité et d’histoire politique africaine. Le récit de la résistance face à l’envahisseur colonial et la mise en scène de la grandeur passée deviennent ainsi le produit d’appel d’une marque pays forte appelée ‘’Monde de splendeurs’’.
Toutefois, la vision de Wadagni refuse l’écueil d’un tourisme de façade. L’ambition mémorielle s’enracine dans le tissu économique local. À Abomey, le projet prévoit la structuration et le financement des corporations d’artisans. Les tisserands de pagnes traditionnels, les fondeurs de bronze et les sculpteurs sur bois, héritiers des savoir-faire de la cour royale, seront intégrés directement dans la chaîne de valeur touristique. Des centres de formation aux métiers de l’artisanat d’art seront créés pour garantir la transmission des techniques ancestrales, tout en adaptant la production aux exigences du marché international. L’histoire devient ici une école de l’excellence artisanale et une source directe de revenus pour des milliers de familles.
La route des esclaves à Ouidah
Le second pilier de cette stratégie mémorielle se déploie le long du littoral, à Ouidah, ville martyre et haut lieu de la traite transatlantique. Le tourisme de mémoire y prend une dimension solennelle et universelle. Le programme de Romuald Wadagni propose une réhabilitation profonde et respectueuse de la Route des Esclaves. De la Place des Enchères à la Porte du Non-Retour, en passant par l’Arbre de l’Oubli, chaque étape de ce chemin de croix historique sera restaurée pour offrir un parcours immersif, propice au recueillement et à la compréhension historique. Cette démarche s’adresse en priorité à un public ciblé. Il s’agit de la diaspora afro-descendante. Des millions de personnes à travers les Amériques et les Caraïbes sont en quête permanente de leurs racines et d’une reconnexion avec la terre de leurs ancêtres. En faisant de Ouidah le sanctuaire mondial de la mémoire de la traite, le plan Wadagni positionne le Bénin comme la porte d’entrée incontournable de ce pèlerinage mémoriel. Les infrastructures d’accueil seront repensées pour intégrer des centres de recherche généalogique et des espaces de conférence internationale sur l’histoire de la diaspora. Pour densifier cette expérience, la Route des esclaves ne fonctionnera pas en vase clos. Elle sera connectée par des corridors touristiques modernes au Fort Portugais de Ouidah, témoin de l’histoire coloniale, mais aussi au quartier historique de Porto-Novo. Dans la capitale administrative, le programme prévoit la valorisation de l’architecture afro-brésilienne unique, héritée des Agoudas, ces anciens esclaves revenus du Brésil. Ce grand circuit mémoriel permettra de retenir le visiteur sur plusieurs jours, augmentant ainsi la durée moyenne de séjour et, par conséquent, les retombées économiques par touriste.
Un tourisme pour créer des emplois de masse
Derrière l’émotion légitime que suscitent les trésors royaux et la route des esclaves, l’ambition mémorielle de Romuald Wadagni reste guidée par un pragmatisme économique rigoureux. L’objectif global du programme est d’accueillir 2,5 millions de visiteurs par an à l’horizon 2033 et de doubler la contribution du tourisme au Produit Intérieur Brut (Pib). Pour y parvenir, l’investissement de 1250 milliards de Fcfa fonctionnera comme un levier pour créer des emplois de masse, en particulier pour la jeunesse. La grande innovation de ce plan réside dans la décentralisation des gains. Historiquement, le tourisme africain souffre d’une concentration des bénéfices au sein de grands complexes hôteliers balnéaires souvent détenus par des capitaux étrangers. La stratégie Wadagni inverse cette tendance en investissant directement dans l’hôtellerie de charme, les gîtes ruraux et la restauration locale à proximité immédiate des sites historiques d’Abomey, de Ouidah et de Porto-Novo. Ce modèle permet de diffuser la richesse directement au cœur des communautés locales.
Les opportunités d’emploi offertes par cette économie de la mémoire sont vastes et diversifiées. Le programme prévoit la formation massive et la certification d’une nouvelle génération de guides touristiques, d’historiens locaux, de conservateurs et de gestionnaires de patrimoine. Au-delà des métiers traditionnels de l’accueil (hôtellerie, restauration), ce sont des filières entières qui vont émerger. Des entrepreneurs culturels, créateurs de contenus numériques pour la médiation culturelle, traducteurs, et professionnels du transport touristique. En transformant le patrimoine matériel et immatériel en un écosystème dynamique, le candidat propose une réponse concrète au défi du chômage des jeunes, en valorisant leur identité plutôt qu’en la reléguant au second plan.
Le projet n’est pas un simple slogan de campagne, mais une stratégie de développement global qui réconcilie le Bénin avec son histoire. En investissant 1250 milliards de Fcfa pour moderniser et sanctuariser ses hauts lieux de mémoire, le programme 2026-2033 fait la démonstration que la culture peut être hautement rentable sans perdre son âme. À travers ce plan, Romuald Wadagni offre au pays une trajectoire où la dignité retrouvée et la prospérité partagée marchent main dans la main, faisant du passé béninois la fondation solide de son émergence future.
Sergino Lokossou



















