De Lagos à Bruxelles, de Niamey à Rabat, en passant par Ouagadougou, Lomé, Abidjan, Dakar, Bamako et Bissau, Romuald Wadagni a choisi de faire de la diplomatie l’un des premiers instruments de son action présidentielle. En cent jours depuis sa prise de fonction, le nouveau chef de l’État a multiplié les déplacements, les audiences et les rencontres de haut niveau. Une intense activité qui laisse voir les contours d’une diplomatie de proximité, mais surtout d’une diplomatie conçue comme un levier de développement, de sécurité et de rayonnement.
Loin de se fier aux usages protocolaires, cette offensive diplomatique mise en branle par le président de la République, Romuald Wadagni depuis son accession au pouvoir met sur la table des sujets très concrets. Il s’agit, entre autres, du pouvoir d’achat, du partenariat gagnant-gagnant, de l’ouverture des frontières, de la fluidité des corridors, du commerce, des investissements, de l’industrialisation, de la sécurité, du financement du développement et de la formation et coopération régionale. La tournée sous-régionale engagée dès le 1er juin, soit quelques jours seulement après son investiture, constitue dès lors le premier marqueur de cette nouvelle séquence. Le choix du Nigeria comme première destination n’était d’ailleurs pas anodin. Premier partenaire commercial et voisin stratégique du Bénin, le géant de l’Est occupe une place déterminante dans l’économie béninoise.
Nigeria : sécuriser le voisinage et consolider le poumon commercial

Le premier déplacement de Romuald Wadagni à l’étranger donne immédiatement le ton. À Abuja, les discussions avec Bola Ahmed Tinubu ont porté sur la sécurité, le commerce et l’intégration régionale. Le message est clair. Pour Cotonou, la relation avec Abuja ne peut être une simple relation de voisinage. Elle doit être un partenariat stratégique. Au cours de la visite, les deux Chefs d’État ont conduit des entretiens approfondis portant sur les grands axes de la coopération bilatérale dont la sécurité, le commerce, l’intégration régionale dans un esprit de franchise et de vision partagée. Depuis des années, le Bénin et le Nigéria entretiennent des liens d’interdépendance profonde sur les plans économiques, humains et culturels. Cette orientation s’est confirmée le 24 juillet 2026 avec la venue au Bénin du vice-président nigérian Kashim Shettima. Au-delà des questions économiques et sécuritaires, la visite de la Zone industrielle de Glo-Djigbé a produit un résultat symboliquement fort. À l’issue de l’audience, le Vice-Président Kashim Shettima a souligné que le Nigéria entend s’inspirer de l’expérience béninoise dans le développement des zones industrielles. Alors que son pays déploie actuellement huit zones industrielles dédiées à la transformation agroalimentaire, il a indiqué que la réussite de la Gdiz constitue une source d’inspiration majeure. Pour le Bénin, le bénéfice est double, consolider sa sécurité à ses frontières et accroître son attractivité en faisant de la Gdiz une vitrine de son industrialisation.
Niger : la diplomatie au service de la réouverture de la frontière

À Niamey, le 2 juin, la diplomatie de Wadagni s’est attaquée à l’un des dossiers les plus sensibles de la sous-région : les relations entre le Bénin et le Niger. Les deux dirigeants ont décidé de renforcer leur coopération politique, économique, scientifique et culturelle afin de répondre aux aspirations de leurs peuples en matière de paix, de sécurité et de développement. Les questions sécuritaires ont occupé une place importante dans les échanges. Face à la persistance de la menace terroriste au Sahel et en Afrique de l’Ouest, les deux dirigeants ont réaffirmé leur engagement à mutualiser leurs efforts pour lutter contre le terrorisme et le banditisme transfrontalier et surtout de travailler à la levée des obstacles qui entravent les relations bilatérales. La mise en place d’un comité d’experts chargé d’identifier les difficultés et de proposer des solutions, notamment autour de la réouverture de la frontière, constitue l’un des acquis majeurs de cette rencontre. Pour Cotonou, l’enjeu dépasse le simple rétablissement d’une circulation transfrontalière. Il s’agit de préserver les axes économiques, de sécuriser les échanges et de restaurer une relation stratégique avec un pays dont la stabilité influence directement celle du Bénin.
Burkina Faso : défendre le corridor de Ouagadougou – Cotonou
Après Niamey, Romuald Wadagni s’est rendu à Ouagadougou. Ici, la diplomatie économique prend une dimension particulièrement concrète. Le Port autonome de Cotonou a occupé une place importante dans les discussions, le Burkina Faso étant fortement dépendant des corridors régionaux pour son approvisionnement. Les deux dirigeants ont affiché leur volonté d’améliorer la fluidité du transport et du transit. Ils ont également évoqué le commerce, l’industrie, l’artisanat, la formation technique, les infrastructures et la promotion des investissements. La prochaine tenue de la cinquième session de la Grande Commission mixte de coopération doit permettre de transformer les intentions en mécanismes opérationnels. Pour le Bénin, maintenir ce corridor ouvert et performant revient à protéger une partie de l’activité de son port et à renforcer sa position de plateforme logistique régionale. La situation sécuritaire dans l’espace ouest-africain a occupé une place importante dans les discussions. Face à la persistance de la menace terroriste, de la criminalité transfrontalière et des différentes formes d’extrémisme violent, les deux Chefs d’État, Romuald Wadagni et Ibrahim Traoré, ont souligné la nécessité d’un renforcement de la coopération entre États voisins. Ils ont réaffirmé leur détermination à œuvrer ensemble pour la paix, la stabilité et le développement durable dans la sous-région.
Togo : voisinage, sécurité et intégration
À Lomé, le 3 juin, la diplomatie présidentielle s’est concentrée sur la proximité géographique et les intérêts partagés. Avec Faure Gnassingbé, Romuald Wadagni a insisté sur la fluidification des échanges, les infrastructures de connectivité et l’investissement privé. Sur le plan économique, les deux responsables au plus haut niveau du Bénin et du Togo se sont réjouis de la progression constante des échanges commerciaux entre leurs pays. Ils ont convenu de poursuivre les efforts destinés à améliorer les infrastructures de connectivité, à fluidifier les échanges transfrontaliers et à favoriser les investissements privés afin de renforcer les complémentarités économiques entre les deux Nations. Le volet sécuritaire n’a pas été oublié. Les deux pays veulent intensifier les échanges de renseignements et mieux sécuriser leurs frontières communes face au terrorisme et à la criminalité transfrontalière. Ils ont également réaffirmé leur attachement à l’intégration régionale et à la libre circulation des personnes, des biens et des services. Les questions liées à l’intégration régionale ont également occupé une place importante dans les échanges. Le bénéfice pour le Bénin est évident, un voisinage stable et lié constitue une condition préalable à la croissance des échanges et à la sécurisation de son territoire.
Côte d’Ivoire : élargir les partenariats économiques
À Abidjan, le 4 juin, le président béninois a poursuivi son offensive diplomatique avec Alassane Ouattara. Les échanges ont porté sur les relations bilatérales, le commerce, l’intégration économique et les secteurs stratégiques susceptibles de favoriser le développement. Au cours de leurs échanges, les deux Chefs d’État, Romuald Wadagni du Bénin et Alassane Dramane Ouattara de la Côte d’Ivoire ont également examiné les opportunités de coopération dans des secteurs stratégiques susceptibles de contribuer au développement des deux pays. La rencontre a, par ailleurs, porté sur les enjeux de paix, de sécurité et de stabilité dans l’espace ouest-africain. Face aux défis sécuritaires auxquels la sous-région demeure confrontée, les Présidents ont réaffirmé leur attachement au dialogue, à la solidarité entre les États et à une coopération renforcée pour préserver la stabilité régionale. Derrière cette démarche, Cotonou cherche à densifier ses partenariats au sein de l’Afrique de l’Ouest et à éviter une diplomatie limitée aux relations avec ses seuls voisins immédiats.
Sénégal : renforcer les convergences politiques et économiques
Le 9 juin, Dakar constitue une nouvelle étape de cette diplomatie tout feu tout flamme. Avec Bassirou Diomaye Faye, les discussions ont porté sur la coopération économique et financière, les relations bilatérales et les défis sécuritaires de la sous-région. L’objectif affiché est de donner une nouvelle impulsion au partenariat entre les deux pays. Les échanges ont permis aux deux pays d’approfondir les discussions sur les mécanismes de consolidation du partenariat entre le Bénin et le Sénégal. Les deux Chefs d’État ont exprimé leur volonté commune de donner une nouvelle impulsion aux relations entre Dakar et Cotonou, dans un contexte marqué par la recherche d’une intégration régionale plus efficace. Pour le Bénin, le Sénégal représente notamment un partenaire important dans la construction d’une nouvelle dynamique ouest-africaine fondée sur le dialogue, la solidarité et la recherche de mécanismes d’intégration plus efficaces.
Mali : renforcer les liens avec les États du Sahel
La visite de Bamako présente une autre particularité. Elle place le Bénin dans une démarche de dialogue avec les pays sahéliens. Avec Assimi Goïta, Romuald Wadagni a examiné les perspectives de coopération économique, commerciale et culturelle. Soucieux de donner un nouvel élan à leur partenariat, ils ont convenu d’encourager les échanges de délégations et de relancer les mécanismes de concertation bilatérale, notamment à travers la tenue de la deuxième session de la Grande Commission Mixte de Coopération Bénin-Mali. Les questions sécuritaires ont occupé une place importante dans les discussions. Les deux Chefs d’État ont passé en revue l’évolution de la situation politique et sécuritaire en Afrique de l’Ouest et dans le Sahel. L’axe Cotonou – Bamako prendra en compte la coordination dans la lutte contre le terrorisme et les menaces transnationales. Le calcul diplomatique est stratégique. Maintenir les voyants au vert avec le Sahel permet au Bénin de défendre ses intérêts économiques et sécuritaires tout en évitant l’isolement dans une région profondément divisée.
Guinée-Bissau : étendre l’influence béninoise
À Bissau, Wadagni a achevé sa tournée du 9 juin. Les discussions ont porté sur le développement économique, les échanges commerciaux et l’intégration régionale. Au cours de cette rencontre, les Présidents Romuald Wadagni et Horta Inta-A Na Man ont réaffirmé leur volonté commune de renforcer la coopération entre le Bénin et la Guinée-Bissau. Les discussions ont notamment mis l’accent sur la nécessité d’une collaboration accrue pour relever les défis auxquels sont confrontés les pays de la sous-région. Le président béninois a également rencontré la communauté béninoise vivant dans le pays. Cette étape montre que la diplomatie béninoise ne se limite pas aux grands pôles économiques. Elle cherche également à entretenir des relations politiques avec l’ensemble des États de la sous-région.
Mauritanie : le Bénin dans les réseaux diplomatiques africains
Le 12 juin, l’audience accordée au Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Mauritaniens de l’Extérieur de la République islamique de Mauritanie, Mohamed Salem Ould Merzoug, a illustré une diplomatie qui dépasse les seuls enjeux bilatéraux. Les discussions ont porté sur les questions régionales et internationales, mais également sur l’Organisation de la coopération islamique. La Mauritanie a salué le soutien du Bénin à une de ses requêtes au sein de cette organisation. Les deux États entretiennent une concertation régulière sur les grands enjeux diplomatiques, sécuritaires et de développement, témoignant de la solidité de leur partenariat et de leur convergence de vues sur de nombreux dossiers. Pour Cotonou, cette relation permet d’entretenir des convergences diplomatiques sur des dossiers dépassant le cadre ouest-africain et de renforcer sa présence dans les espaces multilatéraux.
Union européenne : transformer le partenariat en financements
À Bruxelles, le 24 juin, la diplomatie du Président de la République, Romuald Wadagni change d’échelle. Les rencontres avec António Costa et Ursula von der Leyen ont porté sur la transformation économique, la sécurité, le développement durable et la mobilisation des investissements. Trois axes prioritaires ont été identifiées pour renforcer cette coopération. La première concerne la transformation de l’économie et l’innovation, avec un accent sur l’industrialisation, la création d’emplois, le développement des corridors économiques autour du Port de Cotonou, la transformation locale des produits agricoles et la formation professionnelle des jeunes. La deuxième priorité porte sur le développement territorial et la sécurité dans le nord du Bénin, avec un soutien accru aux communautés locales, au renforcement des infrastructures de base, aux opportunités économiques et aux actions de prévention contre l’extrémisme violent. La troisième concerne la finance durable, notamment à travers la Global Green Bond Initiative, un mécanisme destiné à faciliter le financement d’infrastructures durables dans les domaines des énergies renouvelables, des transports et de l’agriculture. La stratégie européenne Global Gateway doit notamment accompagner les infrastructures de transport et d’énergie, les compétences et l’accès au financement. A ce niveau, la diplomatie vis-à-vis de l’Union européenne qui est le premier partenaire du Bénin produit un bénéfice directement lié aux politiques publiques : mobiliser des ressources pour les infrastructures, l’emploi, l’industrialisation et la sécurité.
Éthiopie : amorcer le front de la finance panafricaine
À Addis-Abeba, le 13 juillet, Wadagni a combiné diplomatie bilatérale et diplomatie économique. Sa rencontre avec le Premier ministre Abiy Ahmed s’est doublée d’un échange avec le président-directeur général d’Afreximbank. Le signal est important. La diplomatie présidentielle entend également rechercher des partenaires financiers capables d’accompagner les ambitions économiques du Bénin.
Cedeao et Ghana : inscrire le Bénin dans les débats régionaux
La participation au 69e sommet ordinaire de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest, à Freetown, le 19 juillet, témoigne de la volonté de Cotonou de rester présent dans les principaux espaces de décision régionale. Trois jours plus tard, Wadagni était à Accra pour le sommet extraordinaire de l’Union africaine consacré à la santé, avec une visite de travail auprès du président ghanéen John Dramani Mahama. Ces déplacements donnent au Bénin une capacité supplémentaire de dialogue au moment où l’Afrique de l’Ouest cherche de nouveaux équilibres institutionnels et sécuritaires.
Maroc : passer de l’amitié aux projets
Avec Rabat, le discours diplomatique se traduit déjà par des résultats palpables. La septième session de la Commission mixte de coopération Bénin-Maroc, tenue le 21 juillet à Cotonou, a débouché sur quatorze accords. Les deux pays ont notamment prévu de renforcer les échanges commerciaux et les investissements, d’accroître le nombre de bourses accordées aux étudiants et cadres béninois et d’examiner la possibilité d’une exemption de visa pour les détenteurs béninois de passeports ordinaires. Un comité de suivi doit accompagner la mise en œuvre de ces engagements. Le président Romuald Wadagni a reçu en audience Nasser Bourita, Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger en visite officielle au Bénin. Les échanges ont porté sur les perspectives d’approfondissement de la coopération économique entre les deux pays. Selon le Ministre marocain, les deux parties entendent donner une nouvelle impulsion à leur partenariat à travers une plus forte implication du secteur privé, une mobilisation accrue des ministères sectoriels et la mise en œuvre de projets à fort impact. L’objectif est de capitaliser sur les excellentes relations qui unissent Cotonou et Rabat pour créer davantage d’opportunités de développement au bénéfice des deux peuples. Le contexte sécuritaire régional a également occupé une place importante dans les discussions.
Canada : la diplomatie comme outil de financement
L’axe Cotonou – Ottawa offre également un exemple de diplomatie directement connectée aux priorités nationales. La signature d’un protocole d’entente sur les consultations politiques et diplomatiques instaure un mécanisme permanent de dialogue. Par ailleurs, la visite de la ministre canadienne des Affaires étrangères a débouché sur des annonces financières importantes : 26 millions de dollars pour la modernisation et la résilience climatique du Port autonome de Cotonou, plus de 5 millions de dollars canadiens pour trois initiatives de sécurité régionale et environ 11,5 millions pour l’autonomisation économique des femmes, la transformation numérique et l’inclusion sociale. La progression de 77 % des échanges commerciaux entre 2024 et 2025, pour atteindre 77,1 millions de dollars canadiens, confirme par ailleurs le potentiel de cette relation. Le plus grand acquis est l’ouverture de l’ambassade du Canada au Bénin. Les deux pays disposent désormais d’un cadre renforcé pour suivre leurs engagements et faire avancer des coopérations concrètes au service des populations.
Une diplomatie performante
Au terme de ces cent premiers jours, une réalité se dessine. Le président de la République, Romuald Wadagni a définitivement rompu avec cette conception essentiellement protocolaire de la diplomatie. Ses déplacements et audiences sont régulièrement articulés autour de trois préoccupations, sécuriser l’environnement régional, ouvrir des débouchés économiques et mobiliser des financements pour les priorités nationales. La réception, le 10 juillet, de treize nouveaux ambassadeurs accrédités au Bénin complète ce dispositif de renforcement du maillage diplomatique du pays. De même, le ministre des Affaires étrangères, Corinne Amori Brunet entretient des séances d’échanges avec les diplomates accrédités au Bénin pour examiner de nouvelles axes de coopération. Le pari est donc clair. Les corridors doivent servir l’économie. Les partenariats doivent attirer les investisseurs et la coopération sécuritaire doit protéger les populations. Il fine, les relations bilatérales doivent produire des avantages mesurables. En cent jours, la diplomatie est ainsi devenue l’un des marqueurs les plus visibles du début de mandat du chef de l’État, Romuald Wadagni.
Mohamed Yasser Amoussa




















