(Un seuil décisif qui redistribue les cartes du jeu politique béninois)
À un mois des élections législatives du 11 janvier 2026, les cinq partis retenus entrent dans une phase cruciale. Avec le nouveau seuil électoral fixé par l’article 146 du Code électoral révisé, seuls ceux capables de réunir les suffrages requis pourront prétendre à des sièges. Tandis que quatre partis bénéficient d’accords de gouvernance leur abaissant l’exigence à 10%, Les Démocrates devront, seuls, atteindre 20 % sous peine d’être exclus de la 10ème législature et, par ricochet, de perdre toute possibilité de parrainer un candidat pour la présidentielle de 2033.
La récente modification du Code électoral, consacrée par la loi n°2024-13 du 15 mars 2024, continue de remodeler en profondeur le paysage politique béninois. Au cœur de cette réforme figure l’article 146 nouveau, dont les exigences redéfinissent les conditions d’accès aux sièges parlementaires. En effet, l’article 146 nouveau pose un seuil électoral plus sélectif. Il dispose : « Seules sont éligibles à l’attribution des sièges, les listes ayant recueilli au moins vingt pour cent (20%) des suffrages valablement exprimés dans chacune des circonscriptions électorales législatives. Toutefois, pour les partis ayant conclu et déposé à la Commission électorale nationale autonome préalablement à la tenue du scrutin, un accord de coalition parlementaire, il sera procédé, pour le calcul du seuil prévu à l’alinéa précédent, à la somme des suffrages de ceux ayant recueilli au moins dix pour cent (10%) des suffrages exprimés au plan national. » En clair, pour obtenir des députés, un parti doit désormais rassembler au moins 20% des suffrages exprimés dans chaque circonscription. Seules les formations ayant formalisé un accord de coalition parlementaire bénéficient d’un assouplissement, rendant éligibles les partis atteignant 10% des voix au plan national, sous réserve que leurs suffrages cumulés franchissent le seuil exigé.
Une réforme qui change radicalement les règles
Avec cette refonte du Code électoral, le législateur entend renforcer le rôle des partis politiques, éliminer les formations peu structurées et encourager un véritable maillage national. Le seuil de 20 %, ou 10 % en coalition, pousse les partis à sortir du cadre régional, à conquérir des électorats variés et à asseoir leur légitimité sur l’ensemble des 24 circonscriptions. Les micro-partis ou ceux misant sur des popularités locales se retrouvent mécaniquement écartés. Le nouveau baromètre de la représentativité se fonde désormais sur la capacité d’un parti à convaincre largement et de façon homogène.
Cinq partis retenus, des défis inégaux
Pour les élections législatives du 11 janvier 2026, cinq formations politiques ont été retenues. Il s’agit de la Force cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) ; l’Union progressiste le Renouveau (Up-R) ; le Bloc républicain (Br) ; le Mouvement des élites engagées pour l’émancipation du Bénin (Moele-Bénin) ; Les démocrates (Ld). Parmi elles, quatre ont conclu et déposé un accord de gouvernance à savoir Fcbe, Up-R, Br et Moele-Bénin. Grâce à cette formalisation, elles ne sont tenues que d’atteindre 10% des voix au plan national pour espérer une répartition des sièges. À l’opposé, le parti Les démocrates, ayant refusé tout accord de coalition, doit impérativement atteindre 20% des suffrages dans chaque circonscription. La tâche s’annonce ardue et décisive.
Les Démocrates face à grosse équation
Pour Ld, les implications sont lourdes. S’il n’atteint pas les 20% exigés, le parti n’obtiendra aucun député dans la 10ème législature. Sans députés, il ne disposera d’aucun parrain pour porter un candidat à la présidentielle de 2033, si la révision constitutionnelle en cours est promulguée. Il risque d’être temporairement marginalisé de la scène institutionnelle. Le parti devra donc déployer un effort exceptionnel pour consolider son ancrage national, reconquérir l’électorat et se poser comme un acteur incontournable dans ce nouvel environnement politique.
Une compétition électorale plus exigeante et plus nationale
La réforme adoptée à plus de 70% des députés marque la volonté d’assainir la vie politique et de renforcer les partis structurés à l’échelle du territoire. En réaffirmant le lien entre représentativité nationale, seuil électoral et parrains à la présidentielle, le nouveau dispositif ferme la porte aux formations éphémères ou à ancrage strictement régional. À quelques semaines du scrutin, chaque parti devra désormais « avoir la tête dans le guidon ». La mouvance présidentielle, confiante, et l’opposition, assurée de son ancrage populaire, entrent dans une compétition où rien n’est acquis. Les élections du 11 janvier 2026 s’annoncent donc comme un test majeur, peut-être même historique, pour la recomposition du paysage politique béninois.
Gabin Goubiyi


















