Alors que son départ de la scène présidentielle est prévu dans moins d’un an, Patrice Talon entre dans une phase déterminante de son second et ultime mandat. Si les avancées économiques, sociales et infrastructurelles sont saluées, de nombreux chantiers restent ouverts. L’eau potable pour tous, la consolidation des acquis en matière de santé, la sécurisation du territoire, la question de l’emploi des jeunes, les tensions diplomatiques sous-régionales, ainsi que l’organisation des élections générales de 2026 figurent parmi les dossiers brûlants. Huit mois durant lesquels le président devra à la fois préserver l’élan de ses réformes et garantir une transition démocratique apaisée.
Sauf événement exceptionnel, Patrice Talon quittera le pouvoir en 2026, mettant ainsi fin à deux mandats présidentiels marqués par une série de réformes structurelles. Malgré quelques spéculations sur une éventuelle prolongation, le chef de l’État a fermement réaffirmé sa position à l’occasion d’une rencontre avec la jeunesse le 28 juillet 2025 : « En 2026, personne ne m’attachera au fauteuil présidentiel. Il n’est pas bon qu’une seule personne reste longtemps au pouvoir. ». Fidèle à sa ligne, Talon entend poursuivre le travail engagé jusqu’au dernier jour. Il souhaite, selon les propos de son porte-parole Wilfried Léandre Houngbédji, proposer aux Béninois une alternative politique capable de prolonger la dynamique actuelle, laquelle a, selon lui, placé le pays sur la voie irréversible du développement. « Le Bénin, notre pays, a trouvé son chemin et cela est irréversible, peu importe l’opinion des nostalgiques d’un passé révolu. », avait-il indiqué à l’occasion dans son message sur l’état de la nation devant la Représentation nationale en décembre 2024. En somme, pour Patrice Talon, la fin du mandat doit être sans ambiguïté mais le successeur devra poursuivre la dynamique et même aller au-delà.
Eau, emploi, santé, sécurité : des progrès notables, mais des défis à parachever
Sous l’impulsion du président Talon, des progrès remarquables ont été accomplis dans des secteurs clés : amélioration de l’accès à l’eau potable, professionnalisation du système de santé, développement de zones économiques spéciales et programmes d’employabilité des jeunes. Toutefois, la couverture intégrale en eau potable, un système de santé équitable et efficace, la sécurité nationale renforcée, ainsi que la création d’emplois pérennes demeurent des enjeux urgents. L’administration Talon est appelée à transformer ces succès en acquis durables, en intensifiant les efforts, notamment en matière de désenclavement des zones rurales, d’accès aux soins spécialisés, de lutte contre le chômage et d’anticipation sécuritaire face aux menaces internes et transfrontalières.
Lutte contre le terrorisme : une urgence permanente
Depuis 2019, le nord du Bénin est confronté à une résurgence des attaques terroristes. Durant le premier semestre de 2025, l’opération Mirador a subi une perte tragique avec la mort d’une trentaine de soldats au point dit « Triple frontière ». Une attaque sanglante qui illustre la résilience de la menace djihadiste. Pour les huit derniers mois de son mandat, Patrice Talon devra adopter des réponses plus robustes et mieux coordonnées avec les pays voisins. L’objectif : neutraliser durablement les groupes armés et rassurer les populations. La sécurité intérieure est désormais un levier majeur de stabilité politique et sociale.
Relations avec le Niger : un test diplomatique
Depuis le coup d’État de juillet 2023 au Niger, les relations entre Niamey et Cotonou sont au plus bas. Les autorités nigériennes reprochent au Bénin son opposition assumée au putsch et accusent, sans preuves tangibles, la présence de bases militaires françaises sur son sol. Ces tensions ont conduit à la fermeture des frontières terrestres avec des conséquences économiques sévères pour les deux pays. Patrice Talon a pris l’initiative d’un apaisement avec la levée des sanctions de la Cedeao. Mais la balle reste dans le camp du Niger. Réussir à normaliser les relations dans les mois à venir serait un exploit diplomatique et une bouffée d’air pour les opérateurs économiques béninois, particulièrement ceux liés au Port de Cotonou.
Élections générales de 2026 : le test ultime
Pour la première fois de son histoire, le Bénin organisera des élections générales : communales, législatives et présidentielle, entre janvier et avril 2026. Ces échéances seront hautement symboliques puisqu’elles marqueront le départ de Patrice Talon. Mais elles sont également source de tension. La révision du Code électoral en mars 2024 a introduit des conditions de parrainage plus strictes pour les candidats à la Présidentielle (15 % des élus issus de 3/5 des circonscriptions), ainsi qu’un seuil de représentativité relevé à 20 % pour les Législatives. Si la majorité présidentielle s’en félicite, l’opposition y voit une tentative de verrouillage du jeu politique. À moins d’un revirement depuis le 11 juillet 2025, aucune modification du texte n’est possible, selon les normes de la Cedeao. Dans ce contexte, le chef de l’État devra veiller à ce que ces élections se déroulent dans la transparence et la paix, afin d’honorer sa promesse d’un départ démocratique réussi.
Une sortie à la hauteur des enjeux
Les huit mois à venir seront cruciaux pour Patrice Talon. Ils seront jugés non seulement à l’aune des résultats concrets qu’il pourra encore obtenir dans des secteurs sensibles, mais aussi à la manière dont il préparera la transmission du pouvoir. L’histoire retiendra moins la durée de son mandat que la hauteur de sa sortie. S’il parvient à relever ces derniers défis avec rigueur et hauteur d’État, il laissera derrière lui un héritage institutionnel et républicain solide.
Gabin Goubiyi
















