L’ex-première dame sud-coréenne Kim Keon-hee, épouse de l’ancien président destitué Yoon Suk-yeol, a été arrêtée mardi soir 12 août dans le cadre de plusieurs affaires de corruption. Plusieurs bijoux de luxe retiennent l’intention des enquêteurs.
L’ancienne première dame de Corée du Sud, Kim Keon-hee, a nié toutes les accusations lors d’une audience de quatre heures à Séoul mardi. Mais le tribunal a émis un mandat d’arrêt contre elle, invoquant le risque d’une destruction des preuves. Son arrestation et son placement en détention provisoire signifient que les deux membres du précédent couple présidentiel sont désormais derrière les barreaux, une première en Corée du Sud. Kim Keon-hee, 52 ans, est accusée de manipulation boursière, en ayant artificiellement fait gonfler la valeur du titre d’une entreprise de commerce automobile entre 2009 et 2012. Les enquêteurs estiment qu’elle a gagné plus de 800 millions de wons (500 000 euros environ) en participant à un système de fraude impliquant les stocks de Deutsch Motors, un distributeur de BMW en Corée du Sud.
Le collier de diamants
Mais elle est aussi soupçonnée d’avoir accepté des cadeaux de luxe alors qu’elle était la première dame, en dépit des lois contre la corruption. Parmi ces articles, un collier en diamants Van Cleef & Arpels, d’une valeur de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Kim Keon-hee portait ce pendentif en or blanc 18 carats et serti de diamants, lorsqu’elle accompagnait son mari pour leur premier voyage à l’étranger en tant que couple présidentiel au sommet de l’Otan en juin 2022. Le bijou ne figurait pas dans la déclaration financière du couple, comme l’exige la loi. Le bureau de Yoon a d’abord affirmé que Kim avait emprunté le collier à une connaissance. Mais, dans une déclaration écrite adressée aux procureurs en mai, Kim a avancé que le collier était une contrefaçon. Lors de son interrogatoire par l’équipe du procureur spécial le 6 août, Kim a expliqué avoir acheté la contrefaçon à Hong Kong en 2010 pour l’offrir à sa mère, puis l’avoir empruntée pour le voyage à l’Otan. Le 12 août, l’équipe du procureur spécial a révélé avoir obtenu le témoignage de Seohee Construction confirmant que la société avait acheté le collier et l’avait offert à Kim.
La montre haut de gamme
Une montre Vacheron Constantin est également au centre de l’affaire. Les enquêteurs soupçonnent qu’un modèle Historic American 1921 de la marque haut de gamme, aurait été remis à Kim par un homme d’affaires du nom de Seo. Ce dernier a affirmé avoir acheté la montre à un prix réduit de 35 millions de wons grâce à une « remise VIP ». Alors que M. Seo dit avoir simplement rendu service à l’ancienne première dame, les enquêteurs soupçonnent que la montre de luxe ait pu être offerte en échange d’une faveur commerciale. Car un accord a été signé par la société de M. Seo avec la présidence en septembre 2022, qui portait sur un programme pilote utilisant des chiens robots pour la sécurité. Le service de sécurité présidentielle avait alloué 800 millions de wons (près de 500 000 euros) à l’achat de plusieurs exemplaires de ces machines. Un projet qui a été abandonné après avoir été révélé par le quotidien local Hankyoreh.
Les cadeaux de l’Église de l’Unification
Des perquisitions au domicile de Kim et de sa famille ont également permis de découvrir d’autres articles de luxe, notamment des chaussures Chanel qui auraient été offertes par des personnes liées au groupe religieux Family Federation for World Peace and Unification. La justice sud-coréenne s’intéresse de près à cette organisation, aussi appelée l’Église de l’Unification, qui pourrait être au centre d’un trafic d’influences. Le mois dernier, les enquêteurs ont perquisitionné le siège de l’institution à Gapyeong suite à des accusations visant un ancien haut responsable de l’Église.
Yoon Young-ho aurait versé des pots-de-vin à Kim Keon-hee en 2022 sous forme de produits de luxe afin d’obtenir l’accès à un projet de développement financé par Séoul au Cambodge. Yoon a depuis été arrêté. Alors que l’Église de l’Unification a insisté sur le fait qu’il s’agissait d’une « faute individuelle », le responsable aurait déclaré aux enquêteurs qu’il agissait sur ordre de l’institution pour faire pression sur l’ancien couple présidentiel. Il a également affirmé avoir vu la dirigeante de l’organisation religieuse, Han Hak-ja – veuve du fondateur Sun Myung-moon – remettre deux sacs remplis d’argent liquide à Kweon Seong-dong, alors chef du groupe parlementaire du Parti du pouvoir au peuple (PPP), pendant la campagne présidentielle de 2022. Kweon n’a pas encore répondu à cette accusation.
Le scandale du sac à main
La première dame avait déjà été impliquée dans une controverse après avoir accepté un sac à main de luxe Christian Dior, d’une valeur de 3 millions de wons (2 000 euros), offert par un pasteur coréen-américain en 2022. Leur rencontre avait été secrètement enregistrée par une caméra cachée, et les images diffusées par un média en ligne en novembre 2023. Mais la justice avait conclu qu’il n’y avait pas lieu d’entamer des poursuites criminelles dans cette affaire. Le pasteur Choi Jae-young s’était défendu en expliquant avoir réalisé un reportage en infiltration « pour montrer le vrai visage du président et de son épouse ». Il était même allé plus loin dans ses déclarations, rapportait à l’époque notre correspondante à Séoul, Chloé Borgnon : « Hormis mon cadeau, un sac à main de luxe, d’autres personnes étaient attendues dans le couloir de la maison de l’épouse du président avec des cadeaux dans les mains.
Rfi




















