Selon l’édition 2025 de l’Open Budget Survey, Cotonou devance l’ensemble du continent et talonne les meilleurs élèves de la planète sur l’association des citoyens à la décision budgétaire. Un résultat porté par une décennie de réformes, mais que la mise sous cloche d’un rapport d’audit vient nuancer.
C’est une percée que peu de pays d’Afrique de l’Ouest peuvent revendiquer. Dans la dixième édition de l’Open Budget Survey (Obs), publiée par l’International Budget Partnership et couvrant 82 pays, le Bénin obtient une note de 52 sur 100 pour la participation du public au processus budgétaire. Un score qui place le pays largement en tête du continent et parmi les tout premiers au monde sur ce critère, là où la moyenne mondiale plafonne à 17 et la moyenne subsaharienne à 16.
Le contraste avec le voisinage immédiat est saisissant. Sur ce même indicateur, la République démocratique du Congo obtient 31, le Cameroun et le Mali 9, la Côte d’Ivoire et le Sénégal 6, le Burkina Faso 4, le Niger et le Tchad zéro. Le Bénin n’écrase pas seulement la région. Il s’inscrit dans le peloton de tête planétaire, à un niveau que l’Obs qualifie d’adéquat.
Une dynamique de dix ans
Ce classement ne tombe pas du ciel. Il couronne une trajectoire engagée de longue date. Le score de transparence du Bénin est passé de 39 sur 100 en 2017 à 49 en 2019, puis 65 en 2021, avant d’atteindre 79 en 2023. Il s’établit à 77 dans l’édition 2025, un niveau jugé suffisant et très au-dessus de la moyenne mondiale, fixée à 45.
Cette progression repose sur des fondations concrètes. Sur les huit documents budgétaires clés évalués par l’enquête, le Bénin affiche des contenus d’une exhaustivité remarquable : 100 sur 100 pour le document de cadrage budgétaire préalable, 95 pour le budget voté, 92 pour le budget citoyen, cette version simplifiée destinée au grand public, et 83 pour le projet de budget de l’exécutif. Autant de pièces désormais accessibles, dans les délais, à quiconque souhaite comprendre comment l’État lève et dépense l’argent public.
Ce que mesure vraiment le classement
Il faut toutefois lire ce résultat pour ce qu’il est. Le « deuxième rang mondial » qui circule renvoie au pilier de la participation citoyenne, non à un classement général. L’Obs, faut-il le rappeler, évalue trois dimensions distinctes : la transparence des documents, la participation du public et la surveillance exercée par le Parlement et la Cour des comptes. Sur ce troisième volet, le Bénin obtient 72 sur 100, une note qualifiée d’adéquate, portée à parts égales par le contrôle législatif et le contrôle juridictionnel. Le détail de la participation éclaire la performance. Le pays atteint 87 sur 100 au stade de la formulation du budget, grâce aux consultations prébudgétaires instaurées par le ministère de l’Économie et des Finances, 55 à l’approbation parlementaire et 67 à l’exécution. Un seul maillon reste à zéro : l’association du public au travail de la Cour des comptes, encore inexistante.
La fausse note de l’audit
Seul bémol, le tableau comporte une ombre, et l’enquête ne la dissimule pas. Dans cette édition, le Bénin a reculé sur un point précis : le rapport d’audit de la Cour des comptes a été produit pour un usage interne uniquement, sans publication en ligne. Ce repli explique pourquoi la note de transparence, à 77, s’effrite légèrement par rapport aux 79 de 2023.
L’International Budget Partnership en fait sa première recommandation : rétablir la publication en ligne du rapport d’audit dans les délais légaux, afin de garantir un accès public sans restriction et de préserver la trajectoire ascendante du pays. L’institution invite également le Bénin à enrichir le projet de budget d’une information plus complète sur les risques budgétaires, les actifs détenus par l’État et les arriérés de paiement, et à détailler davantage l’exécution des dépenses sociales.
Un atout de crédibilité
Au-delà de la symbolique, ce positionnement constitue un argument tangible. Une gestion budgétaire jugée ouverte et lisible renforce la crédibilité du pays auprès des bailleurs de fonds et des investisseurs internationaux, à l’heure où le Bénin mobilise des financements sur les marchés et auprès de ses partenaires. La transparence devient, dans ce contexte, un actif économique autant qu’un gage démocratique.
Reste l’essentiel, que l’enquête ne mesure pas : la traduction de cette ouverture en services publics améliorés, en dette maîtrisée et en dépenses efficaces. Un classement se conserve par la continuité des réformes, non par l’effet d’annonce. Le Bénin a su, en dix ans, faire de la participation citoyenne au budget une exception continentale. Il lui faut désormais la consolider, à commencer par rouvrir au public les comptes que la Cour des comptes a, cette année, gardés pour elle.
Abdourhamane Touré




















