Le jeudi 30 juillet 2026 a marqué un tournant important dans l’histoire des institutions politiques et administratives du Bénin. Les membres du Sénat à l’exception de l’ancien président de la République Nicéphore Dieudonné Soglo (empêché pour raison de maladie), ont été installés à Porto-Novo. Derrière la solennité de cette cérémonie d’installation, c’est le cœur politique du Bénin qui bat la chamade. Les regards sont plus que jamais tournés vers les personnalités qui pourraient prendre la tête de cet organe de régulation pour garantir la paix sociale et la stabilité institutionnelle, d’autant plus que la Cour constitutionnelle a validé, lundi 3 août 2026, le règlement intérieur de l’institution.
Sauf changement de calendrier, l’élection du président du Sénat et des membres du bureau définitif devrait intervenir dans le courant de cette semaine. Dans certains milieux politiques et cercles intellectuels fermés, les analyses se concentrent sur certains membres de droit l’institution. Il s’agit des anciens présidents Boni Yayi et Patrice Talon. Le nom de Louis Vlavonou ancien président de l’Assemblée nationale et celui de Sacca Lafia sont également cités pour prendre la tête de la Haute chambre du parlement béninois. L’arbitrage pour le perchoir du Sénat du Bénin entre Boni Yayi, Patrice Talon, Louis Vlavonou et Sacca Lafia met en confrontation quatre figures majeures de la vie politique béninoise, représentant deux différentes logiques institutionnelles. On note avec chez Yayi, le symbole de l’apaisement national contre l’expérience de la gestion institutionnelle avec Vlavonou, Talon et Lafia. Farouchement opposé à la création de cette chambre haute, Boni Yayi a opéré un volte-face stratégique en acceptant d’y siéger. Sa candidature au perchoir répond à une logique de contre-pouvoir. Le placer à la tête de l’institution, enverrait aux dires de nombre d’observateurs, un message de cohésion nationale au peuple béninois et aux partenaires internationaux. L’homme a récemment affirmé vouloir faire du Sénat un haut lieu de débat pour aborder la libération des détenus politiques (comme Reckya Madougou et Joël Aïvo) et le retour des exilés. Une préoccupation qu’il a beaucoup agité ces dernières années et même avant l’élection présidentielle d’avril 2026. Son élection pourrait être mal perçue par la mouvance au pouvoir, car le parti Les Démocrates dont il a porté les profondes aspirations jusqu’à sa démission début mars 2026, a voté contre la révision constitutionnelle de 2025, qui a instauré le Sénat. Bien qu’ayant dirigé le pays pendant dix ans, il n’a jamais géré le fonctionnement interne quotidien d’une assemblée parlementaire. Et ça pourrait jouer dans la balance et réduirait ses chances d’être porté à la tête de l’institution.
Quant aux autres candidats, ils marquent la continuité et de la technicité, maîtrisant les réalités actuelles des rouages politiques. Au bout de dix années assidues de gestion du pouvoir d’Etat, Patrice Talon a imposé une nouvelle méthode de gouvernance basée sur la rigueur démontré une maîtrise parfaite de la classe politique. Sous son magistère, de profondes et courageuses réformes ont été opérées notamment aux plans politique, économique, numérique, culturel et bien d’autres. Louis Vlavonou par exemple a posé un acte fort en démissionnant de son mandat de député début juillet 2026 pour rejoindre la chambre haute. Son profil, selon plusieurs analystes, coche toutes les cases de la rigueur législative. Avec plus de six ans passés à la tête de l’Assemblée nationale et vingt ans de vie parlementaire, il possède le parfait savoir-faire technique pour structurer les textes et le règlement intérieur d’une institution totalement nouvelle. En tant que pilier de la mouvance, ayant participé activement à la révision constitutionnelle de 2025, son élection garantirait une fluidité totale dans les navettes parlementaires avec l’Assemblée nationale de Joseph Djogbénou et le gouvernement du président Romuald Wadagni. Pour ce qui est de Sacca Lafia, son expérience aussi bien au gouvernement, au parlement, au Cos-Lépi et récémment à la Commission électorale nationale autonome (Céna) constituent un grand atout politique qui le prédispose à assumer les premiers rôles au sein Du Sénat.
Un vote de toutes les attentions
Après la validation du règlement intérieur du Sénat par la Cour constitutionnelle, les regards sont désormais fixés sur le Bénin, qui ouvre une nouvelle page en ce qui concerne l’organisation des institutions politiques et administratives. Le dernier acte qui va mettre définitivement le Sénat sur les rails, c’est à dire le vote secret des 25 sénateurs va certainement permettre à l’opinion publique nationale ou internationale de savoir si le pays veut confier sa chambre haute à un acteur à même de concilier les ardeurs et de faire baisser la tension politique, ou à un acteur expérimenté des lois indispensable pour huiler la machine institutionnelle sur le plan légal ? L’influence en coulisses de l’ancien président Patrice Talon (artisan numéro de la réforme du Sénat) et de la majorité présidentielle, largement représentée parmi les membres désignés, fera certainement pencher la balance. Wait and See.
Sergino Lokossou




















