Au Bénin, la restauration des mangroves s’impose progressivement comme une réponse stratégique aux effets du changement climatique et à la dégradation des écosystèmes côtiers.
Longtemps considérées comme de simples zones marécageuses, ces formations végétales jouent pourtant un rôle essentiel dans la protection des côtes, la préservation de la biodiversité et le maintien des activités économiques des communautés riveraines. Face à leur recul, le gouvernement béninois et ses partenaires multiplient les initiatives pour leur restauration et leur conservation. Parmi elles, le Projet Résilience Mangroves constitue l’une des interventions les plus ambitieuses engagées dans le Sud du pays.
Dans les zones humides du Sud-Bénin, la mangrove constitue un véritable rempart naturel. Elle protège les berges, contribue à limiter certains effets de l’érosion et offre des habitats à de nombreuses espèces animales et végétales. Elle joue également un rôle important dans la reproduction de certaines ressources halieutiques dont dépendent les communautés de pêcheurs.
Mais cet écosystème est soumis à de fortes pressions. L’exploitation du bois, l’extension des activités agricoles, l’occupation des espaces naturels, certaines pratiques de pêche et la pression démographique contribuent à sa dégradation. À ces facteurs humains s’ajoutent les effets du changement climatique, notamment les modifications du régime des eaux, l’érosion côtière et la montée du niveau de la mer. La dégradation des mangroves ne constitue donc pas uniquement une préoccupation environnementale. Elle touche directement les populations qui vivent autour des lagunes, des lacs et des cours d’eau. La raréfaction des ressources halieutiques peut fragiliser les revenus des pêcheurs et des femmes qui interviennent dans la transformation et la commercialisation des produits de pêche.
C’est dans ce contexte que le Bénin a engagé le Projet « Renforcement de la résilience des systèmes humains et naturels au changement climatique par la conservation et l’utilisation durable des écosystèmes de mangroves du Sud-Bénin », plus connu sous le nom de Projet Résilience Mangroves.


Lancé en mars 2023 pour une durée de cinq ans, le programme couvre neuf communes : Grand-Popo, Comè, Ouidah, Bopa, Kpomassè, Abomey-Calavi, Sô-Ava, Aguégués et Sèmè-Podji. Il intervient notamment dans les zones correspondant aux sites Ramsar 1017 et 1018.
Le projet bénéficie d’une subvention de plus de 7,15 millions de dollars, à laquelle s’ajoutent près de 62,86 millions de dollars de cofinancements. Près de 300 000 personnes, dont 50 % de femmes, sont annoncées comme bénéficiaires directes. Ces chiffres traduisent l’importance accordée à la restauration des mangroves, mais posent également une exigence, celle de résultats mesurables sur le terrain.
Restaurer les mangroves en associant les populations
L’originalité du Projet résilience mangroves réside dans le fait qu’il ne réduit pas la restauration à la plantation de palétuviers. Le programme entend agir simultanément sur les écosystèmes, les moyens de subsistance des populations et la gouvernance des espaces naturels. Le premier défi consiste à restaurer les zones dégradées et à renforcer la capacité des écosystèmes à résister aux effets du changement climatique. Mais cette ambition ne peut être atteinte sans l’implication des communautés. Dans plusieurs localités du Sud-Bénin, les populations dépendent directement des ressources naturelles. La pêche, l’agriculture, la transformation des produits halieutiques, le commerce et certaines activités liées au bois constituent des sources importantes de revenus. La protection de la mangrove ne peut donc être durable si elle est perçue comme une série de restrictions imposées aux populations. Elle doit être accompagnée de solutions permettant aux communautés de maintenir ou d’améliorer leurs revenus. C’est tout l’enjeu du volet consacré à la diversification des moyens de subsistance. En développant des activités génératrices de revenus compatibles avec la conservation, le projet cherche à réduire la pression exercée sur les ressources naturelles. La place des femmes apparaît également importante. Elles sont nombreuses dans les chaînes de transformation et de commercialisation des produits issus des zones humides. Leur implication dans les programmes de restauration peut donc produire des effets à la fois environnementaux et économiques. Le troisième axe concerne la gouvernance. La gestion durable des mangroves suppose des règles connues et respectées, une surveillance des espaces restaurés et une coordination entre l’État, les collectivités territoriales, les organisations communautaires et les partenaires techniques.
D’autres expériences menées au Bénin peuvent servir de référence. À la Bouche du Roy, à Grand-Popo, des initiatives de restauration écologique et de suivi scientifique sont conduites avec l’implication des acteurs locaux. À Togbin-Adounko, des opérations de restauration ont également permis de réhabiliter des espaces de mangrove.
Ces expériences montrent que la réussite d’un programme ne dépend pas uniquement du nombre de plants mis en terre. Le choix des sites et des espèces, le suivi des plantations, le taux de survie et l’entretien des zones restaurées sont tout aussi déterminants.
Garantir la durabilité des investissements
Avec des financements qui dépassent plusieurs dizaines de millions de dollars en subventions et cofinancements, le Projet résilience mangroves représente un investissement important dans la protection des écosystèmes du Sud-Bénin. Mais cette mobilisation financière appelle une exigence de transparence et d’évaluation. Une opération de reboisement ne garantit pas à elle seule la restauration d’un écosystème. Des plants peuvent disparaître après quelques mois, tandis qu’une zone restaurée peut être à nouveau dégradée en l’absence de surveillance ou d’alternatives économiques.
Le Bénin semble d’ailleurs vouloir inscrire la restauration des mangroves dans une stratégie climatique plus large. Sa troisième Contribution déterminée au niveau national (Cdn 3.0) prévoit notamment la plantation et la restauration de 170 hectares de mangroves dans les communes d’Abomey-Calavi, Sô-Ava, Sèmè-Podji et Aguégués.
Cette orientation traduit une évolution importante, la mangrove n’est plus seulement considérée comme un patrimoine naturel à préserver. Elle devient aussi un instrument d’adaptation au changement climatique et de résilience des communautés.
Le véritable défi se situe toutefois dans l’après-projet. Le Projet Résilience Mangroves doit s’achever en 2028. Or, les écosystèmes restaurés auront besoin d’une protection bien au-delà de cette échéance. Les collectivités locales devront pouvoir poursuivre la surveillance des sites et les communautés devront disposer de mécanismes leur permettant de maintenir les bonnes pratiques.
L’enjeu sera également de transformer la conservation en opportunité économique. L’écotourisme, la pêche durable, certaines activités aquacoles et la valorisation des produits issus des zones humides peuvent contribuer à créer des revenus tout en réduisant la pression sur les ressources.
Au fond, le pari du Bénin est donc double, restaurer les mangroves dégradées et faire en sorte que leur protection devienne une réalité durable pour les communautés. La réussite ne pourra pas être mesurée uniquement par les sommes investies ou les arbres plantés. Elle se jugera à la capacité des mangroves à se régénérer, à la biodiversité à retrouver ses espaces et aux populations à bénéficier durablement des ressources de leur environnement.
Face à l’accélération des effets du changement climatique, la restauration des mangroves apparaît ainsi comme un investissement pour l’avenir. Mais pour que le pari soit gagné, il faudra désormais dépasser la logique des projets ponctuels et inscrire la protection de ces écosystèmes dans une véritable politique de long terme.
Sergino Lokossou
















