Il y a des matins où le bruit d’une cloche résonne comme une promesse. Des matins où les uniformes reprennent vie, où les cartables retrouvent leurs épaules et où les salles de classe s’apprêtent à accueillir les rêves de toute une génération. Ce matin-là, c’est celui de la rentrée scolaire. Mais derrière les sourires des apprenants et l’enthousiasme des parents, une préoccupation mérite attention. Quelle école voulons-nous construire pour le Bénin de demain ?
Cette rentrée scolaire 2026-2027 revêt une dimension particulière. Elle est la première du mandat du président Romuald Wadagni. Elle intervient dans un contexte où les attentes sont nombreuses, où les défis éducatifs demeurent importants et où chaque décision prise dans le secteur des enseignements peut avoir des conséquences sur l’avenir de milliers d’apprenants. Pour que cette rentrée soit apaisée, il faut reconnaître les efforts engagés par le gouvernement pour répondre aux préoccupations des acteurs du système éducatif. L’école ne se résume pas à l’ouverture des portes des établissements.
Une rentrée réussie, c’est une rentrée où les enseignants sont disponibles, où les parents peuvent accompagner leurs enfants, où les infrastructures offrent un cadre digne et où les élèves retrouvent le chemin du savoir dans la sérénité. C’est aussi une rentrée où l’État, les collectivités, les responsables d’établissements et les partenaires de l’éducation assument pleinement leurs responsabilités. La première rentrée du président Wadagni doit donc être plus qu’un simple rendez-vous administratif. Elle doit être l’occasion de réaffirmer une ambition, celle de faire de l’éducation une priorité concrète, visible dans la qualité des apprentissages et dans le quotidien des élèves.
Sous le tableau noir, il y a une figure que nous devons saluer, l’enseignant. Qu’il exerce dans le préscolaire, le primaire, le secondaire ou dans l’enseignement technique et professionnel, il porte une responsabilité immense. C’est lui qui accompagne les premiers pas de l’enfant dans la lecture, qui éveille sa curiosité, qui transmet les savoirs et qui contribue à former son caractère. Enseignantes et enseignants du Bénin, votre métier ne consiste pas seulement à transmettre des connaissances. Il consiste à préparer des citoyens capables de réfléchir, de comprendre leur société et de participer à sa transformation. Mais cette mission exige des conditions de travail dignes, une formation continue, une reconnaissance professionnelle et un dialogue permanent avec les autorités. On ne peut pas exiger une école performante sans investir dans ceux qui la font vivre. On ne peut pas demander à l’enseignant de former des citoyens éclairés tout en négligeant leurs propres préoccupations. En cette rentrée, il faut donc encourager les enseignants à renouveler leur engagement, à cultiver la patience, la rigueur et l’innovation pédagogique. Mais il faut également leur rappeler qu’ils sont les partenaires essentiels de toute réforme éducative.
Une école qui s’éveille, des défis qui persistent
L’école béninoise s’éveille. Les cours vont reprendre, les cahiers vont s’ouvrir et les leçons vont recommencer. Mais derrière cette apparente routine, plusieurs défis demeurent. Il y a d’abord la qualité des apprentissages. Un enfant qui fréquente l’école doit pouvoir réellement lire, écrire, comprendre, raisonner et développer son esprit critique. Il y a ensuite la question des infrastructures, des équipements pédagogiques et de l’accès aux outils numériques. Comment parler d’une école moderne si certains établissements manquent encore de ressources essentielles pour assurer un enseignement de qualité ? Il y a également la question de l’inclusion. Chaque enfant, quelles que soient ses origines sociales, ses capacités ou son lieu de résidence, doit avoir les mêmes chances de réussir. À cela s’ajoutent les défis de l’orientation scolaire, de la formation professionnelle, de l’adéquation entre les compétences enseignées et les besoins du marché de l’emploi. L’école ne doit plus seulement préparer les élèves à réussir des examens. Elle doit les préparer à comprendre le monde, à s’y adapter et à y apporter des solutions.
Pour une école moderne, libre et éclairée
La modernisation de l’école béninoise ne saurait être l’affaire du seul gouvernement. Elle doit mobiliser tous les acteurs du secteur des enseignements. Aux autorités publiques, il revient de poursuivre les investissements, d’améliorer la gouvernance du système éducatif et de garantir des conditions d’apprentissage acceptables. Aux enseignants, il revient de continuer à transmettre le savoir avec passion, tout en s’ouvrant aux nouvelles méthodes pédagogiques et aux évolutions technologiques. Aux parents, il revient de suivre les enfants, de dialoguer avec les établissements et de faire de l’éducation une priorité familiale. Aux responsables d’établissements, il revient de promouvoir la discipline, la transparence, l’écoute et l’excellence. Aux élèves enfin, il faut rappeler que l’école est une chance. Une chance d’apprendre, de comprendre, de se construire et de devenir acteur de son destin.
Mais quelle école voulons-nous vraiment ? Une école qui fabrique des diplômés ou une école qui forme des citoyens ?
Une école qui récompense uniquement la mémorisation ou une école qui encourage la réflexion, la créativité et l’esprit critique ? Le Bénin a besoin d’une école qui forme des femmes et des hommes libres dans leur pensée, éclairés dans leurs choix et responsables dans leurs actes. Le véritable défi commence maintenant. La rentrée scolaire est un nouveau départ. Elle est aussi un miroir qui nous renvoie nos responsabilités. Derrière chaque tableau noir, il y a un avenir qui se dessine. Derrière chaque cahier, il y a un rêve qui cherche à prendre forme. Et derrière chaque enseignant, il y a une mission qui dépasse les murs de la classe. La première rentrée du président Romuald Wadagni doit être celle de la mobilisation, du dialogue et de l’action. Une rentrée où les efforts sont reconnus, mais où les attentes sont également entendues. Car l’école ne se construit pas uniquement avec des discours. Elle se construit avec des enseignants respectés, des élèves accompagnés, des parents engagés, des infrastructures adaptées et une vision claire de l’avenir. Sous le tableau noir, ce ne sont pas seulement des leçons qui s’écrivent. C’est le destin du Bénin qui se prépare. À tous les élèves, bonne rentrée scolaire. À tous les enseignants, bon courage et bonne mission. Et à tous les acteurs de l’éducation, une seule invitation, agissons ensemble pour que l’école béninoise ne soit pas seulement le lieu où l’on apprend à réussir, mais celui où l’on apprend à devenir libre, éclairé et responsable.
Sergino Lokossou

















