A l’espace culturel Le Centre, les ferues des arts sont invités à un voyage entre fatigue, épuisement, sommeil, addictions et violences faites aux femmes. À travers son exposition « Entre deux », Carlos Sodokpa croise photographie et peinture pour raconter, avec son image et ses toiles, une société qui court sans toujours se donner le temps d’une pause.
Les œuvres de Carlos Sodokpa révèlent l’ambiance de la rue qui refait surface. Dans des lieux peu ordinaires, l’artiste à travers son objectif met en lumière une réalité vécue au quotidien. Pendant que dans certaines photographies un homme dort, dans d’autres, Carlos semble somnoler ou abandonner son corps aux exigences du repos. Dans « Entre deux efforts », série de douze photographies, l’artiste se met en scène dans des endroits dont un atelier de mécanique moto, une scierie, un jardin, sur un pont, dans une boutique de tomates, sur un stand de chaussures, au milieu de la brousse ou encore sur une moto vêtu en zemidjan. À travers ces autoportraits, Carlos Sodokpa raconte une société où chaque minute doit être rentabilisée. « C’est un moment où le sommeil nous surprend dans des moments ou des endroits insolites et on ne peut pas résister » a indiqué l’artiste. En poursuivant le parcours, les photographies laissent place à la peinture. Les tableaux « Shootés 1 et 2 » plongent dans l’univers des psychotropes. Deux jeunes y apparaissent comme prisonniers de leur propre corps, figés sous l’emprise de substances qui contrôlent leur existence. Derrière « Mortbet », se cache l’addiction pour les jeux de hasard et des paris sportifs. Le titre composé à partir des mots dont « mort » et « bet » est une manière pour l’artiste de montrer qu’à force de miser son argent, son temps et son équilibre, le parieur peut finir par se consumer lui-même. L’œuvre « Pièges » rassemble les différentes formes d’obstacles dont le harcèlement, les violences, les contraintes familiales et sociales, l’excision, les menstrues ou encore l’avortement qui entravent l’émancipation féminine . À travers cette diversité de thèmes, l’exposition « Entre deux » apparaît comme un miroir de la société. Le sommeil dans la rue ou au travail, la consommation de psychotropes, l’addiction aux paris, les violences faites aux femmes, des situations reliées par une même problématique sur l’homme. Selon Berthold Hinkati, Directeur général de l’espace culturel Le Centre, l’exposition marque également une étape importante dans le parcours de Carlos Sodokpa, dont le travail est suivi depuis plusieurs années. « La nouveauté, c’est au niveau du second médium, la peinture. Je pense que là aussi, il a surpris agréablement tout le monde », a-t-il laissé entendre. Photographe de formation et fervent amateur du noir et blanc, Carlos Sodokpa se donne à un autre medium. La photographie lui permet de saisir le réel pendant que la peinture lui offre un autre espace pour l’interpréter. Il fine, l’exposition « Entre deux » amène à se reconnaître dans les corps fatigués, les dépendances ou les combats. Après six semaines de résidence de création, l’artiste offre une exposition située entre deux états.
Mohamed Yasser Amoussa (Coll)




















