De la cité historique d’Abomey à la capitale Porto-Novo, le projet de société 2026-2033 de Romuald Wadagni, devenu président de la République, place la valorisation du patrimoine culturel au cœur de ses ambitions pour le Bénin. À travers des projets structurants, notamment le développement de nouveaux espaces mémoriels et la réalisation de l’esplanade des trois religions, le programme entend faire de la richesse historique et de la diversité culturelle du pays des instruments de développement, de cohésion sociale et d’attractivité internationale. Une vision qui ambitionne de transformer le patrimoine en véritable richesse nationale.
Le développement d’un pays ne se mesure pas uniquement à la hauteur de ses infrastructures, à la croissance de son économie ou à la modernisation de ses équipements. Il se nourrit également de la capacité d’un peuple à préserver son histoire, à transmettre ses valeurs et à faire connaître au monde ce qui fonde son identité. C’est dans cette perspective que s’inscrit le volet culturel du projet de société 2026-2033 de Romuald Wadagni. À travers son ambition de faire du Bénin une référence africaine en matière de patrimoine et de tourisme culturel, le président de la République entend inscrire la culture dans une dynamique de transformation durable. Longtemps considéré essentiellement comme un domaine de conservation des traditions et de célébration des identités, le patrimoine culturel est désormais perçu comme une ressource stratégique. Il participe à la construction du sentiment d’appartenance nationale, favorise la transmission intergénérationnelle et constitue un potentiel économique considérable. Pour le Bénin, dont l’histoire est marquée par de grandes civilisations, des royaumes prestigieux, des traditions religieuses vivaces et une diversité artistique remarquable, les possibilités sont importantes. Le projet de société de Romuald Wadagni entend précisément capitaliser sur ces atouts. Il propose de poursuivre et d’amplifier la dynamique de revalorisation du patrimoine historique, architectural et immatériel, avec une attention particulière portée à des villes emblématiques comme Abomey et Porto-Novo. Deux cités dont l’histoire, les traditions et les patrimoines constituent des marqueurs essentiels de l’identité béninoise.
Rayonner l’héritage du royaume du Danxomè
À Abomey, ancienne capitale du royaume du Danxomè, l’ambition affichée est de franchir une nouvelle étape dans la valorisation du patrimoine royal. Cette ville n’est pas un simple espace géographique. Elle représente un pan fondamental de l’histoire politique, militaire, diplomatique et culturelle du Bénin. Ses palais royaux, ses traditions, ses récits historiques, ses œuvres d’art et la mémoire de ses souverains constituent un héritage dont la portée dépasse largement les frontières nationales. La vision portée par Romuald Wadagni consiste à faire de cette richesse un véritable moteur d’attractivité. L’objectif est de positionner Abomey comme une capitale internationale de la culture et du tourisme, capable d’attirer des visiteurs, des chercheurs, des passionnés d’histoire et des acteurs du monde culturel. Il ne s’agit donc plus seulement de préserver les traces du passé, mais de leur donner une visibilité nouvelle, de les rendre davantage accessibles et de les inscrire dans une économie touristique structurée. Dans cette perspective, le Musée des Rois et des Amazones du Danxomè constitue un élément majeur du dispositif de valorisation patrimoniale envisagé. À travers cet espace, l’histoire du royaume pourra être présentée dans une approche muséographique moderne, permettant de mieux faire connaître les grandes figures historiques, les institutions royales, les traditions et les événements qui ont façonné cette civilisation. La restitution, en novembre 2021, de 26 trésors royaux du Danxomè par la France a déjà constitué un tournant dans la réappropriation de ce patrimoine. Leur exposition au palais de la Marina avait attiré plus de 220 000 visiteurs venus de 78 pays. Cette mobilisation internationale a démontré l’intérêt que suscite l’histoire béninoise lorsqu’elle bénéficie d’une mise en valeur appropriée. Le retour, en mai 2025, du tabouret royal Kataklé, restitué par la Finlande, est également venu renforcer cette dynamique. Pour le projet de société, l’enjeu est désormais de consolider cette attractivité et de faire d’Abomey une destination culturelle incontournable. Cela suppose de renforcer la conservation des biens historiques, d’améliorer les conditions d’accueil des visiteurs, de développer la médiation culturelle et de créer des circuits touristiques cohérents autour des différents sites patrimoniaux. Au-delà des infrastructures, la valorisation de la cité royale représente également une opportunité pour les populations locales. Guides touristiques, artisans, restaurateurs, hôteliers, artistes et petits entrepreneurs peuvent tirer profit de l’augmentation de la fréquentation touristique. La culture devient ainsi un facteur de création d’emplois et de redistribution des retombées économiques. Cette ambition implique toutefois une exigence fondamentale, associer les communautés détentrices de cet héritage à sa conservation et à sa transmission. Les dignitaires traditionnels, les historiens, les artisans, les acteurs culturels et les populations doivent pouvoir participer à la construction de cette nouvelle dynamique. Car un patrimoine vivant ne se limite pas aux objets exposés dans les musées. Il repose aussi sur les pratiques, les savoir-faire, les récits et les traditions qui continuent de donner sens à l’identité collective.
Porto-Novo et l’esplanade des trois religions, un symbole du vivre-ensemble
Si Abomey incarne la grandeur historique du royaume du Danxomè, Porto-Novo représente une autre dimension essentielle de l’identité béninoise. Ancienne cité royale, capitale politique du pays et ville au patrimoine architectural et religieux remarquable, la capitale dispose d’un potentiel culturel considérable. Son histoire s’est construite au croisement de plusieurs influences africaines, européennes et religieuses, qui ont façonné son architecture, ses traditions et son organisation sociale. C’est dans cette richesse plurielle que s’inscrit l’un des projets les plus symboliques du programme de Romuald Wadagni : la création de l’esplanade des trois religions. Cette initiative ambitionne de faire de Porto-Novo un haut lieu du dialogue interreligieux, de la tolérance et de la coexistence pacifique entre les différentes communautés confessionnelles. Le projet repose notamment sur la rénovation de la cathédrale, la construction d’une nouvelle mosquée et la mise en valeur du patrimoine vodun à travers un musée international. La réunion de ces trois dimensions religieuses sur un même espace traduit une volonté de donner une expression concrète à la diversité spirituelle du Bénin. Dans un contexte international marqué par des tensions confessionnelles et des fractures identitaires, cette initiative porte une signification particulière. Le Bénin possède une tradition de coexistence entre les religions traditionnelles, le christianisme et l’islam. Dans de nombreuses familles, les pratiques et les appartenances religieuses se côtoient dans un esprit de respect mutuel. Cette réalité constitue un patrimoine social précieux, qu’il convient de préserver et de promouvoir. L’esplanade des trois religions pourrait ainsi devenir davantage qu’un aménagement urbain ou un équipement touristique. Elle se présente comme un espace de rencontre, de connaissance mutuelle et de valorisation des différentes expressions spirituelles. En réunissant ces héritages dans un même ensemble, le projet entend faire de Porto-Novo une vitrine de la tolérance religieuse et de la cohésion sociale. La dimension patrimoniale du projet est tout aussi importante. Le vodun, profondément enraciné dans l’histoire et les traditions béninoises, constitue une composante majeure du patrimoine culturel national. Sa reconnaissance et sa présentation dans un cadre muséal moderne peuvent contribuer à dépasser les représentations réductrices et les préjugés qui ont longtemps entouré cette religion. Il s’agit de mieux expliquer son histoire, ses symboles, ses pratiques et son influence sur les cultures du monde, notamment dans les espaces de la diaspora africaine. Le Musée international du Vodun projeté à Porto-Novo s’inscrit dans cette ambition. Il pourrait contribuer à faire de la capitale un centre de référence pour les recherches, les échanges scientifiques et la découverte des spiritualités africaines. Cette perspective rejoint également l’ambition plus large de positionner le Bénin comme une destination majeure du tourisme culturel et mémoriel. La rénovation de la cathédrale et la construction d’une nouvelle mosquée viennent compléter cette approche. L’enjeu est de donner à chacune des composantes de cet ensemble une place dans un projet commun, sans effacer les spécificités historiques et spirituelles des différentes communautés. Pour Porto-Novo, les retombées attendues sont multiples. Une meilleure valorisation de son patrimoine pourrait renforcer son attractivité touristique, dynamiser les activités économiques et favoriser l’émergence de nouveaux services. La capitale pourrait ainsi consolider son positionnement comme destination culturelle de premier plan, tout en affirmant son identité de ville de dialogue et de diversité.
De la mémoire à l’économie culturelle,
un nouveau modèle de rayonnement
Au-delà des projets emblématiques d’Abomey et de Porto-Novo, le volet culturel du projet de société de Romuald Wadagni repose sur une ambition plus large, faire de la culture un secteur économique à part entière et un instrument de rayonnement international. Cette orientation traduit une évolution dans la manière d’appréhender le patrimoine. Il ne s’agit plus uniquement de sauvegarder les richesses du passé, mais de créer les conditions permettant à celles-ci de produire de la valeur pour les générations présentes et futures. Le programme 2026-2033 prévoit ainsi plusieurs initiatives complémentaires. Parmi elles figurent la création de nouvelles Maisons de la Culture en lien avec les pôles de développement territorial, la reconversion d’anciens cinémas emblématiques en centres culturels de proximité et le déploiement d’un calendrier culturel annuel structuré à l’échelle nationale. Ces orientations visent à rapprocher davantage la culture des populations et à donner aux acteurs du secteur des espaces adaptés à la création, à la formation et à la diffusion de leurs œuvres. L’ambition est également de favoriser l’émergence d’une nouvelle génération de talents béninois. Le lancement d’un Programme national d’excellence artistique doit permettre d’accompagner des artistes à fort potentiel dans différentes disciplines, notamment les arts plastiques, la musique, la danse et la littérature. À travers ce mécanisme, il s’agit de créer un environnement plus favorable à la professionnalisation des artistes et à leur visibilité sur les scènes nationale et internationale. La mise en place d’un port franc des arts figure également parmi les projets annoncés. Cet espace sécurisé de conservation et d’échange d’œuvres, fonctionnant selon un régime fiscal spécifique, ambitionne d’attirer des acteurs internationaux du marché de l’art. Au-delà de son intérêt pour la conservation des œuvres, un tel dispositif pourrait favoriser le développement d’activités liées à la logistique, à l’assurance, au stockage et aux transactions artistiques. Cette orientation est particulièrement intéressante pour les industries culturelles et créatives. Le cinéma, la mode, le textile, les arts visuels, l’édition, la musique et les métiers du spectacle représentent des secteurs susceptibles de générer des emplois et de nouvelles opportunités économiques. La culture peut ainsi devenir un espace d’entrepreneuriat pour la jeunesse, à condition de bénéficier d’un accompagnement technique, financier et institutionnel approprié. Le développement du Quartier culturel et créatif de Cotonou, ainsi que l’opérationnalisation de l’École des Arts du Bénin et de l’African Screen Institute, participent de cette logique de structuration des filières. Ils doivent contribuer à renforcer les compétences, à professionnaliser les métiers et à améliorer les conditions de production des contenus culturels. À cette dynamique s’ajoute la volonté de promouvoir une programmation culturelle régulière, avec notamment des rendez-vous artistiques et patrimoniaux capables de mobiliser les publics et d’attirer des visiteurs étrangers. Le déploiement de la marque-pays « Bénin, Un Monde de Splendeurs » s’inscrit également dans cette stratégie de positionnement international. La réussite de cette ambition dépendra néanmoins de plusieurs facteurs. La préservation des sites historiques exige des moyens financiers durables, une expertise technique et une gouvernance rigoureuse. La promotion touristique suppose également des infrastructures d’accueil, une meilleure accessibilité des sites et des ressources humaines qualifiées. Surtout, le développement de l’économie culturelle devra profiter concrètement aux artistes, aux artisans, aux communautés locales et aux entrepreneurs qui font vivre ce patrimoine au quotidien. Au fond, la vision culturelle portée par Romuald Wadagni cherche à établir un lien entre mémoire, identité et prospérité. Abomey, avec l’héritage du Danxomè, et Porto-Novo, avec son patrimoine pluriel et son projet d’esplanade des trois religions, en constituent deux illustrations fortes. À travers ces initiatives, le Bénin entend faire de son histoire un atout pour son avenir, de sa diversité une force de cohésion et de sa créativité une source de richesse. L’enjeu des prochaines années sera donc de transformer ces ambitions en réalisations tangibles, capables de modifier durablement le rapport des Béninois à leur patrimoine et de renforcer la place du pays dans le paysage culturel international. Car au-delà des monuments, des musées et des infrastructures, c’est bien la transmission d’une identité collective et la construction d’un héritage pour les générations futures qui se trouvent au cœur de cette ambition.
Sergino Lokossou




















