(Voici comment le parti a joué avec ses partenaires, de Kérékou à Talon)
Après les déclarations fracassantes du président de l’ex-Parti du renouveau démocratique (Prd), l’ancien président de l’Assemblée nationale, Adrien Houngbédji, faisant le procès du pouvoir en place, les choses ont très vite évolué. A la faveur du 25ème anniversaire de décès de l’un des pères fondateurs de l’ex-Prd, Moucharafou Gbadamassi, la pose du logo de ce parti à l’entrée du siège national de l’Union progressiste le Renouveau (Up le Renouveau) à Porto-Novo et des invitations au nom du Prd signées du député de l’Up le Renouveau, Charlemagne Honfo, viennent semer plus la confusion dans la mouvance.
«Quand on vous dit que le Prd a disparu, que le Prd a fusionné, dites que le Prd n’a pas disparu. Le Prd, nous le portons dans nos cœurs. Le Prd a fusionné. Je ne suis même pas sûr que le Prd ait vraiment fusionné. Mais dites que le Prd est une sensibilité au sein de l’Union progressiste le Renouveau et c’est parce que nous avions voulu que l’opinion publique et le peuple sachent que nous sommes une sensibilité que nous avions tout fait pour que notre logo demeure et que le Renouveau soit écrit…», a déclaré le président de l’ex-Parti du renouveau démocratique (Prd), Adrien Houngbédji, le 1er février 2025 à son domicile à Porto-Novo, lors d’une cérémonie de présentation de vœux aux militants et ténors de l’ex-Prd. A cette occasion, il a peint en noir le pouvoir du président Patrice Talon. Ces propos avaient suscité des remous dans l’opinion publique. Comme si cela ne suffit pas, la commémoration des 25 ans de décès de Moucharafou Gbadamassi a été une occasion pour enfoncer le clou dans la plaie avec à la clé des actes concrets montrant clairement que le Prd n’est plus en phase avec la mouvance, en l’occurrence l’Up le Renouveau dans laquelle il s’est fondu. D’ailleurs, au cours de la manifestation, tous les intervenants ont montré la nécessité de ressusciter le Prd.
Comment peut-on comprendre cette attitude du président Adrien Houngbédji et des siens ? On n’a pas besoin de chercher loin pour savoir que l’instabilité politique est dans l’Adn de cette formation politique. Il suffit de remonter un peu dans l’histoire pour s’en convaincre, car le Prd ne reste jamais longtemps dans un grand ensemble. En 1996, au lendemain du retour aux affaires de feu Mathieu Kérékou, Adrien Houngbédji et trois de ses fidèles étaient allés au gouvernement. Deux ans seulement après, ils sont sortis de l’Exécutif, évoquant ce qu’ils avaient appelé la mauvaise gouvernance du régime d’alors. Une année après, le Prd est parti aux élections législatives sous les couleurs de l’opposition. Le président Houngbédji, avec le soutien de la Renaissance du Bénin (Rb), est réélu à la présidence de l’Assemblée nationale. Il a combattu le Général Mathieu Kérékou à la Présidentielle de 2001. En 2003, au lendemain des Législatives, le Prd a viré dans la mouvance. Pour le récompenser, on lui trouva le ministère de l’Industrie et du commerce occupé par Massiatou Lauriano. Pensant certainement qu’il pouvait succéder au général Kérékou, le leader du Parti du renouveau démocratique n’a pas participé à la lutte contre la révision de la Constitution pour ne certainement pas léser les Kérékouistes. A la grande surprise de la classe politique, Yayi Boni, est arrivé au pouvoir en 2006. En toute franchise, les « Tchoco-tchoco » lui ont mené une farouche opposition pendant son premier mandat. C’est ce qui a permis de créer une alliance politique dénommée Union fait la Nation regroupant le Prd, le Madep, le Psd, Force-clé et d’autres formations politiques. Le président Houngbédji y est resté jusqu’à ce que la coalition le désigna comme son candidat à la Présidentielle de 2011. Malheureusement, il a été battu dès le premier tour. Une fois les échéances politiques terminées, Me Adrien Houngbédji, ne voyant plus ses intérêts là, il a quitté l’Union fait la nation. En 2016, le Prd est resté dans une coalition qui a soutenu la candidature de Lionel Zinsou. Après l’échec de ce dernier à la Présidentielle, Houngbédji a claqué la porte pour rejoindre le pouvoir de la Rupture qu’il a juré de soutenir bec et ongles.
Réforme du système partisan
Le Prd et son président devraient rentrer dans l’un des blocs de la mouvance, à la faveur de la réforme du système partisan. En 2019, toujours dans son élan de dicter leur loi aux autres, ils ont voulu imposer leur logo au Bloc république (Br). Face à la résistance de Abdoulaye Bio Tchané et acteurs politiques, ils ont reculé et voulu aller seuls aux élections législatives de 2019, avant d’être déboutés par la Céna et la Cour constitutionnelle pour une histoire de doublons. En 2020, le Prd a lamentablement échoué aux élections communales et municipales pour n’avoir obtenu que 5%, alors que le taux d’éligibilité était de 10% au plan national.
Opportunité de l’Up le Renouveau
En 2022, dans sa quête de faire de l’Union progressiste, un grand parti politique, Joseph Djogbénou a tendu la main à Adrien Houngbédji, pensant que ce dernier avait encore une base électorale solide. D’où, la naissance de l’Up le Renouveau avec ses nombreux problèmes de cohésion à la base. Pour les positionnements sur les listes électorales, le Prd a imposé ses militants surtout dans la 19ème circonscription électorale et ailleurs. On pensait que cela suffisait pour damer le pion aux autres partis en compétition. Les résultats étaient cauchemardesques. Même, l’opposition a pris le dessus à Porto-Novo et à Sèmè-Podji. Dans la 15ème circonscription électorale (Cotonou), fief traditionnel du Prd depuis 1995, le parti Les démocrates a terrassé tout le monde et obtenu 03 sièges sur 04.
A la veille des prochaines élections générales, une question revient constamment à l’esprit : qu’est-ce que le Prd a apporté à l’Up le Renouveau ? Selon les informations, il ne sera plus possible d’accepter le diktat de Houngbédji en 2026. C’est dire que les comportements actuels du Prd et de son chef peuvent être assimilés à un chantage. Sortir de l’Up le Renouveau ou y rester pour semer la confusion ou la zizanie serait la meilleure option pour eux.
Il en ressort que l’instabilité et les calculs politiciens ont été toujours la pierre angulaire des réflexions du Prd et de son chef. Dans l’Up le Renouveau, le Parti du renouveau démocratique a pu avoir quatre députés. Les élections générales approchant, on attend ce qui se passera au sein de l’Union progressiste le Renouveau dans les jours à venir.
Jules Yaovi Maoussi (Br Ouémé-Plateau)

















