Dans la capitale du Borgou, le porte-parole du gouvernement a troqué le communiqué pour la concertation. Un exercice de proximité qui inscrit la redevabilité au cœur de la méthode Wadagni.
Il est un peu plus de neuf heures, mercredi 8 juillet, lorsque la grande salle de la mairie de Parakou commence à se remplir. Les chaises manquent bientôt. Sur les premiers rangs, des têtes couronnées en boubou d’apparat côtoient des femmes des marchés, foulards noués haut, cahiers posés sur les genoux. Derrière elles, des étudiants, des agriculteurs venus des villages voisins, des cadres de l’administration préfectorale. Le brouhaha se tait quand Wilfried Léandre Houngbédji, ministre et porte-parole du gouvernement, s’avance vers le pupitre. Ce qu’il propose n’est pas un discours, mais un rendez-vous de comptes.
Un dialogue « sans détours ni intermédiaire »
Le maire de Parakou a donné le ton d’entrée de jeu. Sa ville, a-t-il rappelé, « trait d’union entre le Nord et le Sud », se prête à l’exercice avec la maturité qui sied à une démocratie apaisée. L’idée est simple et assumée : parler directement aux citoyens, sans filtre, sans écran, sans relais. « Le gouvernement n’est pas venu faire de la communication, mais de la concertation et de la redevabilité », résume-t-on dans l’entourage du ministre. La formule tranche avec les habitudes des grands-messes politiques. Le préfet du Borgou, prenant la parole à sa suite, a salué la nomination du porte-parole avant de rappeler le fil d’une décennie de réformes : une croissance maintenue autour de 7 %, des infrastructures sorties de terre, des marchés modernes, des stades neufs. Puis il a prononcé le mot qui structurera toute la matinée : la redevabilité, érigée en « valeur cardinale » de la gouvernance.
Le cœur battant du pays
C’est là que réside la signature de la présidence de Romuald Wadagni. Rendre des comptes n’est plus présenté comme une faveur consentie à l’opinion, mais comme une obligation de méthode. Le choix de Parakou, ville-carrefour où se croisent les langues et les trafics du pays, n’a rien d’anodin : l’État vient s’expliquer là où bat le cœur du Bénin, loin des ors de la capitale. Pendant une quarantaine de minutes, le ministre déroule cinq annonces phares issues du dernier Conseil des ministres. Puis, geste rare, il rend l’antenne à la salle. Les mains se lèvent. Un transporteur s’inquiète du prix du gasoil, un fermier de la concurrence des importateurs, un étudiant de la sécurité des données universitaires. À chaque question, une réponse argumentée, adossée aux mesures déjà engagées.
L’exercice pourrait sembler périlleux pour un pouvoir. Il devient, à Parakou, une démonstration de confiance. En acceptant la contradiction publique, le gouvernement de Romuald Wadagni transforme la redevabilité en outil politique : celui d’un État qui n’a pas peur de se soumettre au regard de ses citoyens. « Un échange franc, exigeant et constructif », a conclu le maire. La démocratie de proximité, ce matin-là, avait le visage d’une salle comble.
Abdourhamane Touré


















