Il est un peu plus de neuf heures le jeudi 3 juillet 2026, quand notre équipe est descendue sur le terrain. La nouvelle circule déjà entre les étals du marché de Ganhi. La redevance journalière, longtemps fixée à 18 000 francs Cfa, tombera dès la fin juillet à 12 000 francs. Une décision prise mercredi 1er juillet 2026 en Conseil des ministres, et qui redonne le sourire à des dizaines de milliers de commerçantes des marchés urbains du Bénin.
Cadjèhoun, Aidjèdo, Menontin, Wologuèdè, Gbégamey, Ganhi, Hlazounto, Tokplégbé, Midombo: ce sont neuf marchés urbains parmi les plus fréquentés du pays qui bénéficient de la nouvelle grille tarifaire. Pour ces places marchandes, la baisse représente six mille francs Cfa économisés à chaque cycle de paiement, une somme loin d’être anodine pour des commerçantes dont les marges quotidiennes se comptent parfois en centaines de francs. « Avant, je devais parfois emprunter pour payer ma place. Maintenant, je vais pouvoir garder cet argent pour racheter ma marchandise », explique Rosine Adjovi, vendeuse de tissus wax à Cadjèhoun depuis quinze ans, un sourire aux lèvres. Le marché PK3, hub commercial du nord de Cotonou, connaît lui aussi un allègement notable, avec une redevance ramenée de 21 000 à 15 000 francs. Une décision saluée par les grossistes installés là depuis l’ouverture du site.
Une décision qui répond à des années de doléances
Depuis plusieurs années, les responsables d’associations de marchandes multipliaient les correspondances auprès des autorités pour alerter sur le poids croissant des redevances, qui avait fini par générer des arriérés massifs auprès de l’Agence nationale de gestion des marchés (Anagem). Nombre de commerçantes préféraient s’exposer à des pénalités plutôt que de s’acquitter de sommes jugées disproportionnées par rapport à leurs revenus. « On payait, mais on payait mal, en retard, avec la peur au ventre. Ce que le président vient de faire, c’est nous redonner confiance », témoigne Colette Dossou-Yovo, présidente d’une association de vendeuses au marché de Gbégamey. Le candidat Wadagni avait entendu ce message dès la campagne électorale. Il avait pris l’engagement, une fois élu, de revoir à la baisse une fiscalité de marché jugée déconnectée des réalités du petit commerce. La décision du Conseil des ministres de ce mercredi en est la traduction concrète, huit mois seulement après son installation à la tête de l’État.
Des marchés de l’intérieur également concernés
La baisse ne concerne pas uniquement les grands marchés de la capitale économique. À Ahouangbo, Guéma, Houndjro, Djougou, Cocododji et Ouando, la redevance passe de 13 000 à 9 000 francs, un signal fort envoyé aux commerçantes de l’intérieur du pays, souvent moins visibles dans le débat public mais tout aussi impactées par le poids de la fiscalité locale. « Depuis Djougou, on entend souvent parler des décisions prises pour Cotonou. Cette fois, on est concernées nous aussi, et ça change tout pour nos familles », se réjouit Fatouma Séro, commerçante de céréales au marché de Djougou.
Un signal de gouvernance de proximité
Au-delà du chiffre, cette réforme illustre une méthode : celle d’un chef de l’État qui s’appuie sur les remontées du terrain pour ajuster l’action publique. Les nouveaux montants seront applicables sur l’ensemble des marchés urbains concernés dès la fin du mois de juillet, avec un accompagnement de communication prévu auprès des associations de marchandes pour expliquer à la fois la baisse et les responsabilités qui l’accompagnent. Pour les commerçantes de Cadjèhoun, Ganhi, Wologuèdè ou Djougou, l’équation est désormais simple : moins de charges, davantage de pouvoir d’achat, et une promesse de campagne devenue réalité tangible dans leur quotidien.
Des économies réinvesties dans l’activité
Plusieurs commerçantes interrogées assurent d’ores et déjà vouloir réorienter les sommes économisées vers leur fonds de commerce plutôt que vers de nouvelles dépenses. « Ce que je vais gagner sur la redevance, je vais l’utiliser pour agrandir mon stock avant la rentrée scolaire », prévoit Honorine Assogba, vendeuse de fournitures au marché de Menontin. Un raisonnement partagé par de nombreuses marchandes, pour qui la baisse des charges fixes constitue avant tout un levier de croissance pour leur petite activité, plus qu’un simple ballon d’oxygène ponctuel. Sur le terrain, les représentantes des marchés attendent désormais la publication des textes d’application et la communication officielle de l’Anagem, prévue dans les prochaines semaines, pour organiser des séances d’information à destination de l’ensemble des usagères des marchés urbains concernés par cette réforme tarifaire.
Abdourhamane Touré




















