Les neuvièmes élections législatives de l’ère du renouveau démocratique sont désormais derrière les Béninois. Si le scrutin a été globalement organisé dans de bonnes conditions, il a cependant laissé dans le cœur de beaucoup d’électeurs un goût amer, ces derniers n’ayant pas retrouvé leurs noms sur la liste électorale le jour du scrutin. Plus de trois semaines après, l’Anip n’a pas daigné apporter la moindre clarification sur cette anomalie.
Adrien H. est pêcheur à Nazounmè, un village situé dans l’arrondissement d’Agbanto, Commune de Kpomassè. Comme tout bon citoyen, le septuagénaire s’est transporté le 8 janvier 2023 dans son centre de vote ordinaire, la place publique de la localité où il a l’habitude d’accomplir son devoir citoyen depuis la période révolutionnaire. Grande a été sa surprise lorsqu’arrivé au niveau des membres du poste de vote, il lui a été déclaré que son nom ne figure pas sur la liste électorale. A sa préoccupation visant à comprendre les raisons de cette situation, il lui a été déclaré qu’il aurait probablement fait un transfert de centre de vote, ce qu’il contesté avec véhémence. « Pourquoi vais-je changer de centre de vote alors que je me suis établi ici depuis mon enfance et que je n’ai jamais envisagé de déménager?». Les récriminations du citoyen ne changeront malheureusement rien à la situation. Les nombreuses tentatives aux fins de vérifier son centre de vote ont été infructueuses en raison de la défaillance du réseau Gms. A son corps défendant, le septuagénaire a dû rebrousser chemin sans accomplir son devoir civique. A l’instar du vieux Adrien, des milliers de citoyens béninois n’ont pu exprimer leur droit de vote le 8 janvier dernier et pour cause. S’étant rendus dans leur centre de vote, ces potentiels électeurs n’ont pas retrouvé leurs noms sur les listes qui y étaient affichées. C’est le cas de dame Mounirath Agnès, revendeuse à Cotonou. « Je suis ici (poste de vote Epp Zogbohouè dans le 9ème arrondissement de Cotonou Ndlr), mais je n’ai pas pu voter. Je m’étais déjà rendue à Houëphouet (un autre poste de vote, Ndlr) où mon nom ne figurait pas sur les listes. Je suis fatiguée. Je rentre chez moi », maugré-t-elle. Un autre électeur a la même difficulté toujours à Cotonou. Il a l’habitude de voter au Complexe Félix Houëphouet Boigny aux précédentes élections. « J’ai parcouru tous les postes du poste de vote de Houëphouet. Je n’ai pas retrouvé mon nom et on m’a renvoyé ici (Epp Zogbohouè). Une fois arrivée, on me dit d’aller fouiller là-bas, d’aller fouiller ici. Je n’ai pas trouvé mon nom dans les deux postes de pote. De guerre lasse, Je suis obligé de rentrer », grogne le jeune couturier.
Un point noir dans le scrutin, l’Anip interpellée
La situation laisse une véritable tâche noire dans l’organisation du scrutin. En effet, c’est pour la première fois depuis 2011 qu’on assiste à des omissions d’une telle ampleur à une élection. Cela est-il fait exprès ou non ? La question reste posée mais une chose est sûre, ce constat amer interpelle l’Agence nationale d’identification des personnes (Anip) qui curieusement, s’est engluée dans un silence de cimetière en dépit des nombreux cas enregistrés le jour du vote. Interrogé sur la situation, le président de la Commission électorale nationale autonome (Céna) avait indiqué lors de la nuit électorale qu’il aurait saisi l’Anip suite aux plaintes enregistrées mais depuis, c’est silence radio. La situation contraste avec les assurances pourtant données par le gestionnaire mandataire de l’Anip Cyrille Gougbédji, quant au caractère quasi-irréprochable de la Liste électorale informatisée (Lei) que l’organe technique a eu à réaliser. Ces assurances créditaient l’instrument d’une certaine fiabilité relativement à son contenu mais à l’arrivée, la flopée de couacs qui y ont été décelés laisse un goût d’inachevé sur cet outil électoral qui est pourtant censé corriger les imperfections enregistrées sur la Liste électorale permanente informatisée (Lépi).
Abdourhamane Touré



















