Face à la flambée des prix au plan mondial, avec ses inévitables répercussions au niveau local, le gouvernement béninois est plus que jamais à la manœuvre. Sa stratégie principale, est celle-là même, qui a fait ses preuves lors de la crise sanitaire due au Covid-19 : l’anticipation.
Le ministre de l’Economie et des finances, Romuald Wadagni, qui est monté au créneau dimanche soir, a rappelé cette pierre angulaire, autour de laquelle s’est bâtie la réponse du gouvernement, face à la flambée des prix : l’anticipation. Cet art de prévoir, qui est l’essence de toute bonne gouvernance, a eu pour résultat probant, la sécurisation des prix des intrants agricoles, pour la campagne 2022-2023. Faut-il le rappeler, la guerre actuelle en Ukraine, qu’aucun des « grands » pays du monde n’avait prévu, au moment même où s’amorcerait une sortie timide, de la crise sanitaire du Covid-19, a d’énormes répercussions, sur le prix et la disponibilité des intrants pour l’agriculture. Le coût de production des engrais azotés, étant corrélé à celui du gaz naturel. En 2021, le prix des intrants agricoles, avaient déjà augmenté de 10.1%, et c’était déjà la plus forte hausse annuelle, depuis 2011 ! Elle est tirée, selon des experts, par l’augmentation du prix des engrais et amendements (+32,2%) de l’énergie et des lubrifiants (+19,7%) ainsi que des aliments pour animaux (+11 ?2%).Conséquence, le sac de 50 kg de l’engrais urée, qui est l’un des intrants les plus utilisés au Bénin, pour beaucoup de productions y compris le maïs, est passé de 12.000 FCfa à 40.000 FCfa ! Le gouvernement de Patrice Talon, fidèle à ses mesures anticipatives, a réussi l’immense exploit, de garantir le prix de ces intrants aux producteurs, par le biais de subventions significatives. Ces intrants sont donc disponibles, à des coûts raisonnables pour les producteurs, garantissant de fait, une campagne agricole avec des résultats, à la mesure qui des ambitions du chef de l’Etat. Le challenge qui en découle, est le contrôle rigoureux de ces intrants subventionnés, afin qu’ils ne sortent du territoire national. Et du reste, toujours dans la logique de l’anticipation, des mesures avaient été prises à ce propos, dès le 16 juin 2021.
Un contexte sous-régional morose
Evidemment, la prévision doublée naturellement du contrôle, ne s’est pas arrêtée aux seuls prix des intrants agricoles. Surtout que la flambée des prix s’étend aux denrées alimentaires, dans presque toute la sous-région ouest –africaine, comme le précise la F.A.O, dans un de ses rapports : « les prix des denrées alimentaires, sont en augmentation dans toute l’Afrique de l’Ouest…Les prix des produits alimentaires locaux, ont par exemple augmenté de près de 40% dans la région, avec dans certaines zones, des augmentations de prix record, à plus de 200% ! » Dans ce contexte, le gouvernement n’avait d’autres choix, que de prendre le taureau par les cornes. Prenant de fait en compte, l’avis du directeur régional du Programme alimentaire mondial (Pam), qui estime « qu’en Afrique de l’Ouest, les conflits alimentent déjà la faim et la misère. La hausse incessante des prix, agit comme un multiplicateur de pauvreté, plongeant des milliers de personnes dans l’insécurité alimentaire, et le désespoir ». Dans un contexte économique sous régional aussi morose, il fallait une fois de plus et au plus vite, contrôler et anticiper. Le Bénin qui produit plus de 1,6 millions de tonnes de maïs, sans oublier de nombreuses autres céréales, a donc pris des mesures drastiques, contre la sortie de certains produits alimentaires vitaux, du territoire national. Evidemment, ces mesures se sont aussi étendues aux produits importés, dont le pétrole et le gasoil.L’Etat béninois a débloqué pas moins de 5 milliards de nos francs, pour empêcher toute hausse des prix. Quand on sait que la hausse des prix du carburant à la pompe, entraîne de fait, une flambée en chaîne des prix sur les marchés, en commençant par le prix du transport, on mesure la pertinence de cette grosse subvention de l’Etat. Il en est de même, du prix du pain, qui a été maintenu à 125 frs, après quelques soubresauts. A ce propos, il convient de jeter un coup d’œil, de temps à autre, chez nos voisins, pour mesurer la portée de certaines décisions locales. Si par exemple en Côte d’Ivoire, le gouvernement a dû procéder au plafonnement, sur une période de trois mois, des prix de certains produits de première nécessité, le prix du pain quant à lui, n’a été maintenu, qu’à la faveur d’une diminution du poids de la baguette. Au Niger voisin, le prix du pain est passé de 250 à 300 FCfa. Les boulangers nigériens expliquent cette augmentation du prix, par celle de la farine de blé, dont la tonne est passée en quelques semaines, de 340.000 à 460.000 FCfa. Avec cette augmentation, qui plus est, intervient en pleine période du jeûne musulman, la baguette du pain, selon certains observateurs, pourrait disparaître du menu quotidien de beaucoup de Nigériens. Ce qui ne serait pas dans l’absolu, une mauvaise chose en soi, et irait droit dans le sens de l’appel à la mobilisation générale, face à la flambée des prix, lancée par le président Macky Sall, dimanche soir, dans son adresse à la nation. En effet, le Sénégal a fêté hier 4 avril, le 62ème anniversaire de son accession à la souveraineté internationale. Et depuis la veille, c’est-à-dire le dimanche 3 avril, le mois de jeûne s’est ouvert dans le pays, en pleine flambée des prix sur les marchés. Considérant donc, « le risque élevé de pénurie et de flambée de prix, en raison de la crise mondiale », le président Macky Sall a lancé un appel « à une mobilisation générale, pour accroître et valoriser davantage, les produits agricoles, d’élevage et de pêche » Le Bénin partage depuis 2016 cette vision, gravée en lettre d’or, dans le Programme d’Actions du Gouvernement. Sa mise en œuvre avec des résultats probants, « révèle » déjà le Bénin. La gouvernance de rigueur et d’anticipation, en est un des piliers. Elle a été efficace contre la pandémie de Covid-19.Elle le sera face à la flambée actuelle des prix, conséquence d’une crise externe, que peu avait prévu ou prédit… Mais après tout, ’’gouverner’’, n’est-ce pas ‘’ prévoir’’, et même parfois… l’imprévisible
Ben Olawalé (Coll)
















