Depuis son accession au pouvoir, le président Romuald Wadagni multiplie les contacts avec ses homologues du continent. Dans un monde de plus en plus interconnecté, le président de la République a compris que la diplomatie joue un rôle crucial dans la gestion des conflits, la promotion de la paix et le développement de partenariats stratégiques. Lorsqu’un dirigeant africain se rend au Rwanda, une question revient presque systématiquement, est-il venu chercher les recettes du fameux « modèle rwandais » ?
La visite du président béninois Romuald Wadagni à Kigali invite naturellement à cette interrogation. Mais il faut, à mon sens, éviter un raccourci. S’intéresser à l’expérience rwandaise ne signifie pas nécessairement vouloir copier le Rwanda. La véritable question est ailleurs. Qu’est-ce que le Bénin peut observer, comprendre et éventuellement adapter de l’expérience rwandaise ? Depuis plusieurs années, Kigali s’est construit une réputation autour de l’efficacité administrative, de la transformation numérique, du développement des infrastructures, de l’attractivité économique et d’une certaine rigueur dans la gestion publique. Ces éléments peuvent évidemment susciter l’intérêt d’un pays qui cherche, lui aussi, à accélérer sa transformation économique et institutionnelle.
Mais il faut être prudent. Un modèle de développement n’est jamais un produit que l’on importe et que l’on reproduit à l’identique. Le Rwanda et le Bénin n’ont ni la même histoire, ni la même trajectoire politique, ni la même organisation institutionnelle, ni les mêmes réalités démographiques et sociales.
S’inspirer sans copier
C’est probablement là que se situe le véritable intérêt de la démarche béninoise. Kigali peut être un laboratoire d’observation, mais Cotonou doit rester le lieu de la décision. Le Bénin peut regarder ce qui fonctionne au Rwanda dans la digitalisation des services publics, l’organisation administrative, la promotion de l’investissement, l’aménagement urbain ou encore certaines politiques de développement. Mais chaque expérience doit ensuite être confrontée aux réalités béninoises.
Car derrière les indicateurs économiques et les infrastructures, il y a une question essentielle. Comment transformer les politiques publiques en résultats perceptibles par les citoyens ? C’est là que cette visite prend tout son sens. Au-delà des cérémonies diplomatiques et des déclarations de coopération, les Béninois sont en droit d’attendre des retombées concrètes, davantage d’investissements, des échanges économiques renforcés, des partenariats technologiques, une coopération plus efficace dans certains secteurs stratégiques et, surtout, des solutions adaptées aux défis du pays. Il faut donc regarder cette visite avec pragmatisme. Le Bénin n’a pas besoin d’un nouveau modèle à admirer. Il a besoin d’expériences utiles à analyser et à adapter.
La question n’est finalement pas de savoir si Romuald Wadagni est « séduit » par le Rwanda. La vraie question est de savoir ce que le Bénin va ramener de Kigali. Parce qu’en politique publique, l’enjeu n’est pas d’imiter ceux qui réussissent. C’est de comprendre leurs méthodes, d’identifier ce qui peut être transposé et de construire, à partir de là, ses propres réponses. Le Rwanda peut inspirer. Mais le modèle béninois reste à construire.
Sergino Lokossou




















