Dans un entretien exclusif accordé à Le Matinal, le maire des jeunes de Sèmè-Podji, Roméo Kiki, a opiné sur les difficultés des jeunes, surtout celles des étudiants qui ont du mal à gagner leur vie après les études. Tirant leçons de ses expériences antérieures, il soutient avec fermeté que la jeunesse est la solution à ses problèmes. Pour lui, les études doivent évoluer avec le business. Lire l’intégralité de ses propos.
Le Matinal : Depuis quelques mois, vous êtes désigné maire des jeunes de la commune de Sèmè-Podji. Qu’est-ce qui vous a poussé à postuler à ce poste ?
Roméo Kiki : Il faut souligner que j’ai postulé au poste de maire des jeunes de Sèmè-Podji par conviction et par engagement à servir la jeunesse de notre commune. Il faut aussi dire que je veux le développement de la couche juvénile de Sèmè-Podji à travers les formations parallèles que je soutiens pour éradiquer le chômage de la jeunesse. Très tôt, j’ai compris que le développement durable de nos localités passe nécessairement par une jeunesse organisée, bien formée, écoutée et responsable. Ma candidature n’était pas motivée par un titre, mais par une vision, celle de la jeunesse de ma commune qui est actrice de son développement, capable de proposer des solutions concrètes aux défis de l’emploi, de la formation, de l’entrepreneuriat et de la citoyenneté. Être maire des jeunes, pour moi, c’est être un pont entre les jeunes et les autorités, un porte-voix, c’est-à-dire un porte-parole des aspirations de la jeunesse et un acteur de terrain.
Est-ce que cette conviction n’est pas forgée par votre parcours académique à l’université ?
Forcément oui. Il faut noter que ma vie estudiantine a été très difficile. Vu que je suis un acteur du développement, j’ai la conviction et surtout l’ambition de travailler pour le développement de notre pays. Alors, j’ai compris très tôt qu’il faut entrer dans des choses très pratiques pour évoluer, même en ayant l’aspiration et l’ambition d’évoluer dans les études, parce que mes parents très pauvres ne pouvaient pas tout me donner pour évoluer. J’ai compris qu’il faut passer par là pour atteindre mon objectif. Raison pour laquelle, étant déjà étudiant, je militais dans des associations à l’université d’Abomey-Calavi. Je passe par ce canal pour saluer mon cher ami combattant, Habib Ahandessi dit » le révolutionnaire » qui m’a formé en matière de leadership. Depuis ce temps, j’ai ce caractère-là d’évoluer quelles que soient les difficultés qui se présentent devant moi. C’est pourquoi, il faut dire que la vie estudiantine m’a appris la discipline, la rigueur et l’ouverture d’esprit. Cela m’a forgé dans la résilience, dans la créativité et la prise de responsabilité à gérer également des projets. Je salue au passage le journal « Le Révélateur » que j’ai fait. C’est un journal-école qui m’a forgé également en gestion de projets.
Qu’est-ce que ce journal vous a surtout apporté ?
J’ai été beaucoup de fois responsable dans cet organe de presse. Cela m’a appris diriger une équipe en plus des projets, faire face aux difficultés de la vie, financièrement et humainement, tout en poursuivant mes études.
Après les études à l’université précisément en lettres modernes, vous êtes aujourd’hui dans l’imprimerie. Comment pouvez-vous expliquer ce décalage ?
Au premier abord, il faut souligner que j’avais déjà l’ambition, l’envie et la passion de faire de la scénographie depuis que j’avais décroché mon Bepc. Mes parents ont catégoriquement refusé. En évoluant dans mes études, quand j’ai atteint le niveau qu’il faut, vu les difficultés qui se présentaient à moi à l’université, en raison de la situation de mes parents pour me venir en aide, je me suis dit qu’il fallait que j’apprenne un métier pour subvenir à mes besoins. Je me suis lancé dans la scénographie vers l’imprimerie. Cela englobe généralement tout. Je me suis lancé dans l’imprimerie, je m’y suis donné à fond, je me suis formé dedans, j’ai eu mon diplôme et c’est là que j’ai mon entreprise aujourd’hui en imprimerie.
Est-ce que vous conseillez aux étudiants, tout en étant à l’université, d’apprendre un autre métier ?
Il faut d’abord souligner qu’aujourd’hui, cette double expérience me permet de mieux comprendre les défis réels de la jeunesse. Tout ce que je leur conseille, comme dit-on, les amis, il faut avoir un pied à l’école, un pied dans le business. C’est très capital pour la jeunesse. Il ne faut jamais mépriser les opportunités. Donc, du coup, qu’est-ce que je souhaite pour la jeunesse? Un pied à l’université, un pied dans le business. Ils peuvent apprendre un métier et encore évoluer dans leurs études parallèlement.
Dans l’entrepreneuriat, il y a quand même des difficultés. Il faut avoir d’abord les moyens, l’argent, avant de s’y lancer. N’est-ce pas ?
Très tôt ce matin, j’ai discuté avec une dame. Elle me disait qu’elle n’a rien pour démarrer un projet. C’est une manière de s’excuser. Moi, je dis non à cela. Tant qu’on vit, on a la possibilité d’oser. Il faut juste avoir l’audace d’oser et aller de l’avant. Que personne ne dise qu’il faut forcément le financement. Moi, je n’ai jamais eu de financement de quelqu’un. Avant de venir à cette étape, une fois que je me suis donné à ma formation, j’ai commencé par établir mes articles. Malgré tout, je ne savais pas le faire. Ce sont mes patrons, mes devanciers qui m’aidaient à gérer ces articles aux clients et qu’ils appréciaient. Donc, je prenais un peu de mon argent. J’ai cotisé jusqu’à avoir quelques matériels pour moi-même. Et à un moment donné, je me suis donné vraiment à la formation. Et c’est cela qui m’a permis de me lancer. De même, je me suis lancé dans des formations pour aider toujours la jeunesse en vue d’éradiquer toujours la pauvreté. C’est ce que moi, je fais pour la jeunesse. Si déjà, on a la compétence, on peut y arriver. Il faut que l’on écoute la jeunesse.
Maintenant, que recommandez-vous à la jeunesse béninoise en général, et à celle de Sèmè-Podji, en particulier ?
Je voudrais dire que le développement ne vient pas seulement d’en haut. Il faut commencer à la base. Il faut oser échouer, mais surtout, refuser d’abandonner.
Ma perspective en tant que maire des jeunes, c’est de travailler à créer des cadres de formation à la jeunesse de Sèmè-Podji en matière d’insertion sociale et professionnelle et de participation active des jeunes à la vie communale. Je crois profondément en une vision que notre jeunesse est audacieuse, disciplinée et visionnaire. Donc, mon engagement à la tête de la mairie des jeunes de Sèmè-Podji est un engagement pour action. J’ai toujours l’habitude de dire : c’est jeune pour jeune, jeune avec jeune. Nous allons travailler en synergie. La jeunesse n’est pas seulement l’avenir, elle est surtout le présent qui construit l’avenir. Commencez peu, commencez naturellement
Propos recueillis par Jules Yaovi Maoussi
(Br Ouémé-Plateau)


















