La visite de travail du président Patrice Talon, en terre néerlandaise, les 4 et 5 octobre 2022, est à la fois chargée de sens, et de symboles. Ne serait-ce qu’au regard, de la coopération entre le Bénin et les Pays-Bas, qui n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Surtout quand il s’agit de…l’eau.
Du 4 au 5 septembre dernier, le Chef de l’Etat était en visite de travail au Pays-Bas. Il y a été royalement reçu, par sa Majesté, Willem-Alexander, Roi des Pays-Bas. Les échanges et rencontres, tant avec les hauts responsables qu’avec des investisseurs néerlandais, ont abouti à la signature d’accords d’engagement financier, d’un montant total de 180 millions d’Euro, soit plus de 118 milliards de nos francs. Un véritable exploit, au regard d’un passé récent, entre le Bénin et les Pays-Bénin. Le grave point de discorde, avait un nom : le Ppea 2, ou le fâcheux scandale autour de l’eau. Donc de la vie.
Ppea-II : vols et viols autour de l’eau
Dans un communiqué officiel, en date du 6 mai 2015, l’ambassadeur du Royaume des Pays-Bas à Cotonou, annonce la suspension de la coopération, entre son pays et le Bénin. Ceci pour cause de malversation, dans la gestion du Programme pluriannuel, d’appui au secteur de l’Eau et de l’assainissement (Ppea-II), d’un montant de 40,524 milliards de FCfa, pour la période 2013-2015. Ce programme comportait aussi, une importante contribution financière, de l’Union Européenne, soit 13 milliards de FCfa. L’objectif visé, était d’assurer la disponibilité de l’eau potable aux populations ; de parvenir à la maîtrise des risques, liés à la gestion de l’eau (inondation, pollution des eaux souterraines…etc.) ; de contribuer à la promotion de l’hygiène, et de l’assainissement de base. Nobles ambitions dirions-nous ! Puis soudain le scandale. En effet, selon le communiqué de l’ambassadeur des Pays-Bas, les conclusions définitives de l’audit de la gestion 2014, ont révélé des irrégularités et malversations, dans la gestion dudit programme, au Ministère en charge de l’eau. Au regard de la gravité de cette situation, la partie néerlandaise a donc décidé, de l’arrêt anticipé du Ppea-II ; de la suspension « de tous les autres programmes financés par les Pays-Bas, directement exécutés par le gouvernement du Bénin, y inclus les nouvelles activités en cours de préparation, avec le gouvernement » ! Dès le lendemain de la publication de ce communiqué, c’est le ministre des Finances d’alors, Komi Koutché qui monte au créneau, pour démentir catégoriquement, ladite l’information. Il sera très rapidement contraint au silence, par la confirmation de l’information, par les Pays-Bas. Le cabinet d’audit américain Kroll, sera alors sollicité. Son rapport sera assommant, pour le gouvernement. Il révélera que des fonds hollandais, alloués au projet ont été détournés, avec l’implication d’un réseau de fraude. Il est question d’un détournement de 2,6 milliards de FCfa dans le Ppea-II, et 5 milliards de FCfa, disparus dans d’autres ministères. L’identité des auteurs de malversations financières, a été révélée. Le ministre en charge du secteur de l’eau à l’époque, Barthélémy Kassa, avait été aussi cité comme complice. Il démissionnera après quelques péripéties, avant de se faire élire dans la même foulée, comme « honorable » député à l’Assemblée nationale. Conséquence immédiate, seule la Haute Cour de Justice, est désormais compétente pour son cas. Après bien sûr, la levée de son immunité parlementaire, par ses pairs. La requête déposée au Parlement à ce propos, par le gouvernement, sera rejetée après vote, par les députés. Pire, le juge du deuxième cabinet d’instruction, Rodrigue Azon, prononcera un non-lieu, et ordonnera la libération des 12 personnes inculpées, dans l’affaire Ppea-II .Circulez donc, y’a plus rien à voir ! Dossier classé sans suite, à la grande désolation des partenaires néerlandais.
Confiance rétablie
L’Etat étant une continuité, le régime de la Rupture a donc hérité de ce lourd contentieux. Bien entendu, le président Patrice Talon qui, dès son avènement, a fait de la bonne gouvernance, et de la lutte implacable contre la corruption, son principal crédo, sera naturellement mis à l’épreuve, par les néerlandais. Faut-il rappeler, que dans leur communiqué annonçant la suspension de la coopération avec le Bénin, ils demandaient aux autorités du Bénin d’alors, « de réaliser un audit d’investigation, sur les faits graves révélés, d’en situer les responsabilités, et d’entreprendre les mesures appropriés, y inclus celles juridiques.. »Plus loin, ils ajoutaient que « le gouvernement des Pays-Bas, reste toutefois sensible, aux conséquences de cette décision, pour les populations béninoises, compte tenu des résultats importants, obtenus ces dernières années, aussi bien dans le secteur de l’eau et de l’assainissement, que pour les pistes rurales, mais il ne saurait tolérer cette façon de gérer des ressources mises à disposition du Bénin… »Alors pour briser la glace, entre le Bénin et les Pays-Bas, le nouveau gouvernement dit de la Rupture, devrait impérativement, satisfaire à un certain nombre de prérequis. Obstacles aisément franchis par le nouveau régime, ceci dans la rigueur et la transparence. C ‘est alors que les Pays-Bas, ont décidé, toujours à titre de test, de financer le Programme OmiDelta, consacré au secteur de l’eau et de l’assainissement. Ils prennent alors le soin, d’y inclure une particularité : le seuil de tolérance des dépenses inéligibles, est fixé à…1% au plus, pour toutes les dépenses du programme.1%, vous avez bien lu. Et cet autre défi, fût relevé par le régime de Patrice Talon. De là s’est rétablie la confiance. On comprend aisément alors, le sens et la symbolique, du dernier voyage du président Talon au Pays-Bas. Tant les deux pays reviennent de loin, et sont décidés à regarder désormais, l’avenir et le devenir des déshérités. Les accords de financement, signés durant ce dernier voyage, prennent en compte plusieurs localités du nord du Bénin. Il s’agit entre autres, de nouvelles installations d’adduction d’eau, dans les communes de Karimama, de Cobly, de Gogounou ; le renforcement de celles existant à Natitingou, Toucountouna, Copargo. Et comment ne peut ajouter à cette liste, loin d’être exhaustive, l’aménagement et la relocalisation, du port de pêche, pour faciliter les activités du Port Autonome de Cotonou ; la réhabilitation du lac Nokoué, et de la lagune de Porto-Novo, qui apportera des réponses, à la dégradation de ce plan d’eau…La reprise et la densification des relations avec les Pays-Bas, était donc autant un pari qu’un défi. Vu qu’il y’avait de …l’eau dans le gaz. Pari gagné et défi relevé donc, par le président Talon.
Ben Olawalé (Coll)

















