Dans le cadre d’une interview accordée à notre rédaction, Sa Majesté Hounnongan Kinidégbé Tchiagan Gérard lève un coin de voile sur la conception traditionnelle des grandes forces qui structurent l’univers. Il évoque notamment le rôle du Fâ et les quatre grandes forces associées à l’Air, l’Eau, la Terre et le Feu.
Dans la tradition Vodun, la compréhension du monde repose sur une relation étroite entre l’homme, la nature, les forces spirituelles et le Créateur. Selon les explications de Sa Majesté Hounnongan Kinidégbé Tchiagan Gérard, cette conception s’articule notamment autour du Fâ et de quatre grandes forces représentées par les éléments fondamentaux de la nature : l’Air, l’Eau, la Terre et le Feu. Dans cette lecture traditionnelle, ces quatre éléments sont respectivement rapprochés de Dan, Tohossou, Sakpata et Hêbiosso.
Le Fâ, une connaissance qui « coiffe » les Vodun
Pour Sa Majesté Hounnongan Kinidégbé Tchiagan Gérard, le Fâ occupe une position particulière dans cet univers. Il est considéré comme une entité qui « coiffe » les Voduns, dans la mesure où il permet de révéler et d’interpréter les messages liés aux différentes forces spirituelles. Le Fâ est ainsi présenté comme une voie de connaissance et d’orientation, permettant à l’homme de mieux comprendre son existence, son environnement et les forces qui l’entourent. Selon la tradition rapportée par Sa Majesté, le Fâ serait lié à l’univers Nago, avant de passer par l’espace Fon, puis d’arriver dans l’univers Adja. Cette transmission à travers différents peuples témoigne de la circulation ancienne des connaissances et des pratiques spirituelles dans la région.
Dan, Tohossou, Sakpata et Hêbiosso
Dan, associé à l’Air, représente notamment le mouvement, la continuité et la circulation. Plusieurs manifestations et ramifications lui sont rattachées selon les traditions, parmi lesquelles sont notamment citées Mami, Aholossou, Kininssi et Gabada. Tohossou, associé à l’Eau, renvoie aux forces liées aux espaces aquatiques et à leurs mystères. Dans certaines traditions, des figures comme Lissa et les jumeaux sont rapprochées de cet univers. Sakpata, associé à la Terre, représente une force profondément liée à la vie terrestre et aux réalités auxquelles l’homme est confronté. Certaines traditions rattachent également Kininssi à cet univers. Enfin, Hêbiosso, associé au Feu, est notamment lié au tonnerre et à la foudre. Son univers comprend, selon les traditions évoquées, des figures telles que Atigali, Atchinan, Gabada et Cocou. Sa Majesté précise toutefois que les noms, les fonctions et les ramifications peuvent varier selon les communautés, les lignées et les traditions.
Quand la nature parlait aux hommes
L’un des aspects les plus marquants de son récit concerne le rapport ancien entre l’homme et la nature. Selon cette tradition, il fut une époque où les arbres, les feuilles et les plantes communiquaient directement avec les hommes. La nature était alors considérée comme un véritable livre de connaissances. Chaque plante pouvait révéler ses propriétés et expliquer à l’homme ce dont elle était capable. Dieu aurait permis à l’homme d’acquérir progressivement cette connaissance. Mais une fois que les hommes eurent appris les secrets des différentes plantes, celles-ci auraient cessé de leur parler directement. Cette histoire constitue également une manière de rappeler l’importance des connaissances traditionnelles sur les plantes et leurs usages, transmises de génération en génération.
Des forces reconnues par les hommes
Selon le récit rapporté par Sa Majesté Hounnongan Kinidégbé Tchiagan Gérard, les différentes divinités auraient été découvertes ou reconnues par des hommes qui ont observé leurs manifestations. Chaque force aurait ainsi révélé sa fonction et ce qu’elle pouvait apporter à la communauté. Les hommes les auraient ensuite acceptées, honorées et installées à travers des rites et des pratiques propres à chaque tradition. Au-delà des croyances, cette conception met en évidence une philosophie fondée sur l’équilibre entre l’homme, la nature et les forces qui composent l’univers.
Une mémoire ancestrale à préserver
À travers le Fâ et le Vodun, c’est donc tout un patrimoine culturel et spirituel qui se transmet. L’Air, l’Eau, la Terre et le Feu, associés dans cette tradition à Dan, Tohossou, Sakpata et Hêbiosso, renvoient à une conception du monde dans laquelle l’homme n’est pas séparé de la nature. L’entretien accordé par Sa Majesté Hounnongan Kinidégbé Tchiagan Gérard permet ainsi de mieux comprendre une partie de cette mémoire ancestrale, dont la transmission aux nouvelles générations apparaît comme un enjeu majeur de préservation du patrimoine culturel béninois.
J.-E. C.
(Br Mono-Couffo




















