(Un verdict qui sonne l’alerte dans les hôpitaux publics)
Le Tribunal de première instance de première classe de Porto-Novo a rendu son verdict hier mercredi 11 mars 2026 dans l’affaire du décès de dame Rebecca Dossou, survenu après une césarienne au Chud Ouémé. Trois agents de santé ont été reconnus coupables d’homicide involontaire et condamnés à 24 mois de prison dont 12 fermes. Au-delà de la sanction judiciaire, cette décision apparaît comme un signal fort contre la négligence dans les centres de santé publics, apportant également un début de soulagement aux proches de la victime, notamment à son époux qui avait porté l’affaire sur la place publique.
Après plusieurs semaines de procédure, la justice a tranché. Le Tribunal de première instance de première classe de Porto-Novo a condamné le mercredi 11 mars 2026 les trois agents de santé poursuivis pour homicide involontaire dans l’affaire du décès d’une parturiente au Centre hospitalier universitaire départemental (Chud) de l’Ouémé. Les prévenus écopent chacun de 24 mois de prison dont 12 mois fermes, assortis d’une amende de 200.000 francs Cfa. Le tribunal a également ordonné le versement de 5 millions de francs Cfa de dommages et intérêts aux ayants droit de la victime. L’Institut national de la femme (Inf), constitué partie civile, obtient pour sa part le franc symbolique. Ce verdict met un terme judiciaire à une affaire qui avait profondément ému l’opinion publique et alimenté de nombreux débats sur la qualité de la prise en charge dans les structures sanitaires publiques.
Les faits incriminés
Rebecca Dossou, 33 ans, suivait régulièrement sa grossesse au Chud Ouémé. L’accouchement devait se faire par césarienne programmée, une intervention prescrite plusieurs jours à l’avance par l’équipe médicale. Selon les dénonciations rendues publiques par son mari, l’opération aurait été suivie de complications, notamment une hémorragie post-partum mal maîtrisée. Il reprochait également au personnel médical de ne pas l’avoir suffisamment associé aux décisions concernant l’état de santé de son épouse. L’époux affirme en outre avoir été informé tardivement de la gravité de la situation. Selon lui, on lui aurait demandé de prier pour la survie de sa femme alors que celle-ci serait déjà décédée. Ces accusations, largement relayées sur les réseaux sociaux, ont déclenché une vague d’indignation au sein de l’opinion.
L’ouverture du procès
Le procès s’est ouvert le 18 février 2026 devant le Tribunal de première instance de première classe de Porto-Novo. Quatre agents de santé comparaissaient dans ce dossier : trois poursuivis pour homicide involontaire, un quatrième pour non-assistance à personne en péril. Initialement prévue pour examiner le fond du dossier, cette première audience a finalement été renvoyée au 25 février, à la demande du plaignant qui souhaitait disposer du temps nécessaire pour se constituer un avocat. Une chaîne de solidarité s’est alors organisée autour du veuf afin de lui permettre d’assurer sa défense devant la juridiction.
Des révélations troublantes
À la reprise de l’audience le 25 février 2026, le plaignant était finalement assisté par trois avocats, dont un grâce à la mobilisation de soutiens et un autre mis à disposition par l’Institut national de la femme. Les débats ont mis en lumière plusieurs éléments jugés préoccupants. Il est notamment ressorti des échanges que des personnes non qualifiées seraient intervenues au cours de la chirurgie, en contradiction avec les protocoles médicaux en vigueur. Par ailleurs, les versions des prévenus se sont révélées contradictoires sur les circonstances exactes de l’intervention et sur les incidents qui auraient pu conduire au décès. Face à ces divergences, le tribunal a décidé de renvoyer le dossier au 4 mars pour les réquisitions et les plaidoiries, avant de rendre son verdict une semaine plus tard.
La réaction du gouvernement
L’affaire avait rapidement dépassé le cadre judiciaire pour atteindre les plus hautes sphères de l’État. Interpellé le 28 janvier 2026 lors de son point de presse à l’issue du Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, avait assuré que l’alerte était remontée jusqu’au chef de l’État. Selon lui, le président de la République avait immédiatement instruit que les enquêtes administrative et judiciaire soient menées avec rigueur, afin que les responsabilités soient clairement établies. « On a perdu une vie. S’il y a des gens qui doivent répondre de négligence ou de fautes professionnelles, cela doit être le cas », avait-il déclaré.
Un signal contre la négligence dans les hôpitaux
Au-delà de la sanction pénale, ce procès envoie un message fort : la légèreté n’est plus tolérée dans les centres de santé publics. Pour de nombreux observateurs, la condamnation des mis en cause illustre une volonté de mettre fin à l’impunité souvent dénoncée dans les dossiers de fautes médicales. Elle rappelle que les professionnels de santé, comme tout citoyen, peuvent être appelés à répondre de leurs actes devant la justice lorsque des négligences sont établies.
Un début de soulagement pour la famille
Si aucune décision judiciaire ne pourra ramener Rebecca Dossou à la vie, le verdict apporte néanmoins un début de soulagement à ses proches. Son époux, qui avait courageusement porté l’affaire sur la place publique à travers les réseaux sociaux, a joué un rôle déterminant dans la mobilisation de l’opinion et dans l’ouverture des enquêtes. Pour la famille de la victime, la décision rendue par la justice apparaît comme une reconnaissance officielle du drame vécu et une étape vers l’apaisement, dans une affaire qui a profondément marqué les consciences.
Gabin Goubiyi


















