Le plateau de Danxomè dispose d’un important répertoire de chants et danses cérémonielles créés par les rois et les chefs de cantons pour honorer la mémoire de leurs ancêtres ou pour immortaliser leur passage au trône ; ‘’Djidjihoun’’ fait partir de ce répertoire dont la création émane de Zodihougan, descendant du roi Glèlè et chef de canton de Zado-Gagbé, dans la Commune de Zogbodomey. C’est une danse exclusivement réservée aux princes et princesses.
‘’Djidjihoun’’ est un rythme créé en 1920 par Zodihougan Dikpèlomè fils aîné de Zodihougan Gnidjèdji (1895-1926), roi fondateur du palais royal de Zado-Gagbé, dans la Commune de Zogbodomè. Il s’agit d’un rythme sacré dont l’animation se fait suivant des règles strictes préétablies. La sortie des tambours est préalablement subordonnée à un rituel. Zodéhougan Zoungongon, l’actuel occupant du palais, informe que ce rythme se joue officiellement au début et à la fin des grandes cérémonies coutumières et annuelles de libation, de ‘’Ganminvo’’, de’’ Djahouhou’’, ou de ‘’Atotountoun’’ organisées par le souverain. Les chansons sont sélectionnées en fonction de la nature des rituels. Elles véhiculent des messages poignants, pleins d’enseignements souvent chantés par des femmes d’un certain âge, pétries d’expériences. Selon les confidences de notre interlocuteur, ce rythme peut aussi animer d’autres cérémonies ordinaires sur autorisation du roi. C’est ce qui justifie d’ailleurs sa présence chaque année à la cérémonie officielle de la fête internationale des cultures de Danxomè. Pour animer ce rythme, il faut trois types de tam-tams. Un tam-tam principal et deux tam-tams secondaires (Un moyen et un petit). Il faut également une paire de gongs majeurs communément appelé ‘’ gankpanvi’’ en langue nationale fon, un petit gong de rythme dit ‘’gankokoé ‘’ et une paire de castagnettes (assan). Les instrumentistes, au nombre de six, sont souvent des hommes ayant la maitrise du rythme. Les femmes, en nombre pair, s’occupent quant à elles du chœur qui, avec leurs timbres vocaux produisent naturellement une mélodie envoûtante qui fait bouger le roi même assis sur son trône. Pour éviter de désacraliser le sacré, l’ensemble des animateurs de ‘’Djidjihoun’’ sont astreints à certains interdits. En effet, à 48 heures de l’animation de ce rythme, chaque animateur doit s’abstenir d’assouvir son désir charnel. Les femmes en menstrues ne doivent pas également s’y approcher. Autrement dit, il faut être sain avant de jouer le ‘’Djidjihoun’’. 86 ans après sa création, la danse ‘’Djidjihoun’’ a reçu la touche particulière du prince héritier Zodéhougan Zoungongon qui a voulu apporter son grain de sel en la modernisant dans l’intention de l’adapter aux besoins actuels. Ainsi, les jeunes initiés ont pris la relève de leurs aînés qui malgré le poids de l’âge interviennent si nécessaires pour les orienter.
L’étymologie de ‘’Djidjihoun’’
Selon le récit de Dada Zodéhougan Zoungongon, chef de canton de Zado-Gagbé, les gens se moquaient du roi Agonglo pour avoir mis au monde un fils unique. Ironie du sors, béni par la nature qui a exaucé ses prières, ce haut dignitaire du royaume de Danxomè a fait par la suite plusieurs enfants dont le prince Gakpé, intronisé roi sous le nom de Glèlè, après la mort de son père. Glèlè à son tour donne naissance à Zodihougan son 35ème fils. A en croire les explications du chef de canton de Zado-Gagbé, «Glèlè avait donné ce nom à notre aïeul pour répondre aux détracteurs de son père qui pensaient qu’il était aussi malheureux alors qu’en réalité Agonglo était plus heureux qu’eux ». Zodihougan devenu plus tard Zodéhougan par déformation, renseigne notre interlocuteur, signifie littéralement que Agonglo Zodi déborde d’enfants sans lesquels les gens s’étaient moqués de lui. Zodihougan, une fois intronisé dans son palais sous le nom de Gnidjèdji en 1895, il met au monde son 70ème enfant nommé Zodihougan Dikpèlomè. Ayant appris l’histoire, il créa alors le ‘’Djidjihoun’’ qui rassemble tous les princes et princesses de la lignée Glèlè. Ce qui signifie en fon ‘’Vidjidji houn’’, c’est-à-dire pour les princes légitimes.
Zéphirin Toasségnitché (Br Zou-Collines)




















