Des premières mélodies murmurées dans le secret d’une chambre aux projecteurs des plus grandes scènes béninoises et africaines, Emilienne Claudette Adogblé alias Couronne Divine trace progressivement une trajectoire aussi singulière qu’envoûtante. Portée par une identité artistique affirmée, la rossignole du Zou s’impose désormais comme une figure incontournable du paysage culturel national et régional. Depuis Abomey sa terre natale, elle est déterminée à marquer son époque d’une pierre blanche. Les prémices de cette ambition s’annoncent puis qu’en septembre dernier, elle a été sacrée par Femm’Artistik festival en lui décernant le Prix spécial Femme en Or de la musique béninoise.
Née dans une famille où le chant se transmet de génération en génération, Couronne Divine, de son vrai nom Emilienne Claudette Adogblé, incarne la rencontre harmonieuse entre héritage culturel, foi profonde et création artistique. Son parcours s’enracine dans une tradition familiale portée par les femmes. Sa mère, elle-même héritière de ce talent transmis par sa propre mère, lui a légué très tôt l’amour du chant et la richesse du patrimoine ancestral. Bercée dès l’enfance par cet univers artistique, Couronne Divine révèle ses prédispositions dès son entrée au Cours moyen première année (Cm1). Son talent et son engagement prennent une dimension particulière entre 1996 et 2002 lorsqu’à seulement 16 ans, elle est appelée à diriger le groupe Hanyé de la Cathédrale Saints Pierre et Paul du diocèse d’Abomey. Cette expérience fondatrice lui permet d’affermir sa vocation et de définir la mission qui guide encore aujourd’hui son parcours, celle de célébrer Dieu et transmettre des valeurs à travers l’art. Animée par une volonté constante d’explorer de nouveaux horizons, Couronne Divine amorce en 2011 un tournant majeur de sa carrière en intégrant l’univers du théâtre et du cinéma. Elle y révèle une nouvelle facette de son talent et confirme sa polyvalence sur la scène culturelle béninoise. Avec une équipe partageant sa vision, elle participe à la réalisation d’un film projeté sur écran géant à Abomey. L’œuvre reçoit un accueil enthousiaste du public et renforce sa détermination à poursuivre son aventure artistique. Le 31 juillet 2025 marque une étape décisive dans son parcours. À la Place Goho d’Abomey, Couronne Divine présente officiellement son tout premier album solo intitulé « Gbèhlonmonnondon ». Composé de onze titres inspirés du Zinli moderne, l’opus célèbre la gratitude, les valeurs familiales et l’identité culturelle. Le morceau phare, « Merci Maman », rend un hommage émouvant à celle qui lui a transmis le goût du chant et les fondements de son engagement artistique. Cet événement majeur bénéficie du soutien de plusieurs personnalités, notamment sa bien-aimée grande sœur Clarisse Alapini, Yacoubou Malèhossou, Lucien Adjalala et Joël Gandaho, qui ont accompagné cette consécration artistique. Auteure, compositrice et interprète, Couronne Divine puise son inspiration dans le patrimoine culturel et spirituel africain. Pour elle, la création artistique est avant tout un instrument d’élévation et de transmission. « Tout dépend du génie qui t’anime », affirme-t-elle pour expliquer sa capacité à puiser dans l’héritage du passé afin d’éclairer le présent et d’inspirer l’avenir. Fidèle aux valeurs qui fondent son engagement, elle accorde une attention particulière au contenu de ses œuvres. Soucieuse de la qualité et de la portée spirituelle de ses messages, elle soumet systématiquement ses compositions à l’appréciation de prêtres avant leur diffusion. Une démarche qui témoigne de sa volonté de maintenir sa musique en parfaite cohérence avec les enseignements et les valeurs qu’elle défend.
Epreuves, résilience et consécration
Si le parcours de Emilienne Claudette Adogblé, est aujourd’hui marqué par les succès, il s’est également construit à travers des épreuves qui auraient pu briser bien des vocations. Soutenue depuis ses débuts par ses parents, elle a bénéficié d’un environnement favorable à l’éclosion de son talent. Mais comme de nombreux artistes, elle a dû faire face à des difficultés financières, aux mutations du secteur culturel et à des défis personnels particulièrement éprouvants. La plus grande bataille de sa vie reste sans doute celle qu’elle a menée contre la maladie. À un moment où sa carrière commençait à prendre son envol, un grave problème de santé a failli la priver définitivement de sa voix, l’outil principal de son art. Immobilisée pendant près de trois ans, elle voit alors ses ambitions artistiques mises entre parenthèses. Mais si son corps est affaibli, sa foi, elle, en ressort renforcée. Refusant de céder au découragement, l’artiste continue à écrire et à composer. Convaincue que l’inspiration ne dépend ni des circonstances ni du statut professionnel, elle transforme cette période de souffrance en temps de création et de méditation. «La barque a été secouée par les vagues, mais elle n’a jamais chaviré. Que l’Éternel soit loué ! », confie-t-elle avec reconnaissance. À l’heure où de nombreux artistes dénoncent les effets de la révolution numérique sur leurs revenus, Couronne Divine adopte une lecture différente des mutations de l’industrie musicale. Pour elle, le numérique n’est pas un obstacle, mais un outil de développement. Certes, la piraterie demeure une menace réelle pour les créateurs. Toutefois, les plateformes digitales, les réseaux sociaux et les spectacles vivants offrent aujourd’hui de nouvelles perspectives aux artistes capables de s’adapter. « Il suffit que l’artiste change de paradigme et s’adapte aux réalités actuelles pour tirer son épingle du jeu », estime-t-elle. Cette capacité à transformer les contraintes en opportunités témoigne de sa vision moderne de la création artistique et de son sens de l’innovation. Les sacrifices, la persévérance et le professionnalisme de Couronne Divine ont récemment été récompensés. En septembre dernier, l’artiste a ajouté une nouvelle distinction à son parcours en remportant le trophée « Femme en Or » lors des prestigieux Foca Awards initié par Yves Kpékpédé. Cette récompense distingue les femmes d’impact et les personnalités qui contribuent de manière exceptionnelle au rayonnement culturel et artistique du Bénin. Face à une sélection regroupant une vingtaine de figures majeures de la scène nationale, Couronne Divine a su convaincre le jury grâce à la qualité de son œuvre, à sa maîtrise vocale, à sa présence scénique et à sa capacité à marier harmonieusement les sonorités patrimoniales aux expressions artistiques contemporaines. Au-delà d’un simple trophée, cette distinction consacre une artiste résiliente, passionnée et profondément attachée à la promotion de la culture béninoise. Au fil des années, Couronne Divine s’est construit un répertoire riche, porté par des thématiques sociales, spirituelles et culturelles qui touchent un public de plus en plus large. Sa musique, nourrie de foi et d’authenticité, véhicule des messages de courage, d’espérance, de paix et de transmission. La consécration obtenue aux Foca Awards vient confirmer sa place parmi les artistes qui comptent aujourd’hui sur la scène béninoise. Elle récompense un parcours bâti sur la rigueur, la persévérance et la fidélité à ses convictions. Cette distinction, Couronne Divine la doit également au soutien indéfectible de Jacob Tayo Affoura, directeur départemental du tourisme, de la culture et des arts du Zou, de Jean-Marie Aniglé de l’Atlantique, de Dominique Atchawé, Robert Zomalèto, Claudel Zohoun, Richard Mahoulé Akpamadogbèhou alis Allodé Super, ainsi que de ses nombreux fans qui n’ont cessé de l’accompagner tout au long de son parcours artistique. Entre ses fonctions d’agente de santé très exigeantes, ses activités artistiques et ses obligations familiales, Couronne Divine maintient un équilibre remarquable grâce à une discipline organisationnelle exemplaire. Portée par l’amour de son public et par une foi inébranlable, Couronne Divine prépare désormais la suite de son aventure artistique avec sérénité. Son histoire rappelle qu’au-delà du talent, ce sont souvent les épreuves surmontées qui forgent les plus belles destinées. Entre héritage culturel, engagement spirituel et ambition créative, l’artiste poursuit son ascension avec la conviction que le meilleur reste à venir.
Zéphirin Toasségnitché
(Br : Zou-Collines)




















