Avec de nouvelles démarches, les artistes Charly d’Almeida et Melinda Fourn-Houngbo ont réalisé des œuvres qui sont en exposition dans les locaux de l’espace culturel Le Centre. Prévue pour deux mois, l’exposition « Et même les restes » a permis de présenter au public le nouvel élan artistique des deux artistes à travers un dialogue explorant divers mediums.
En croisant les techniques dont la peinture, la sculpture et les installations, les deux artistes explorent des univers authentiques basés sur le recyclage et la transformation des objets désuets, qui retrouvent une seconde vie, pour conter un récit. De son côté, Charly d’Almeida a travaillé sur la peinture, avec un matériau singulier, l’arête de poissons. Considérées comme des restes, les arêtes qui sont destinées à priori aux rejets, sont utilisées à des fins de créativité. Pour l’artiste, le poisson symbolise, entre autres, la résilience qui caractérise son parcours dans le domaine de l’art contemporain. Avec ses séries de tableaux « Mémoire de l’eau », « Odyssée », « Les restes » et « Agbélé » conçues à base des techniques de la peinture à eau ou à huile sur toile et d’un couteau, Charly d’Almeida met en relief les arêtes de poissons comme des signes de mémoire, des archives fragiles, des fragments d’itinéraire qui racontent la traversée des épreuves, des lignes de promesse ou des germes d’avenir. « Le mouvement des tableaux ressemble à une profondeur d’eau où tout se passe. Vous verrez parfois des poissons où le corps est entier ou à demi-corps dans un mouvement assez houleux fait dans la technique au couteau », a expliqué l’artiste.
Melinda Fourn-Houngbo dans une démarche artistique tradi-moderne
Inspirée par le musée de la Récade et ses nostalgies, Melinda Fourn-Houngbo se sert de la spatule, de la graine de palmiste, du bambou, du sachet, de papier journal et autres objets, comme matériaux pour la matérialisation d’installations poétiques. Les textes, présents dans cette exposition sont des traces de souvenirs de sa défunte grand-mère et de ses ressentis à l’endroit de son pays d’origine. Selon l’artiste, le choix des spatules s’explique par le choc suscité par l’association du bois et du métal, deux matériaux totalement distincts, mais qui forment un bon contraste. Diplômée des beaux-arts de Paris, Melinda Fourn-Houngbo utilise différentes techniques dont la sculpture qui a permis de réaliser les œuvres « Au milieu des rangés de perles » et « Et même des restes, il peut en sortir quelque chose de bon » qui rassemble neuf spatules recouvertes pour la plupart de fil de fer. La spatule, ancrée dans la culture béninoise pour son usage à la cuisine devient un matériau de création artistique. Par son alliage avec le fer, elle crée un dialogue entre tradition et matérialité contemporaine, soulignant la force et la valeur des gestes culinaires hérités. L’artiste travaille aussi sur du cuir, vieilli au feu, et fixé sur du contreplaqué. Sa dernière œuvre faite avec la contribution des enfants est l’installation « Réveille ma mémoire » réalisée avec du sachet plastique, du papier journal, du fil de pêche, du tissu, un tabouret en bois, une bassine en aluminium, un fourneau en terre cuite et du citronnelle. L’œuvre s’ancre dans l’expérience biographique de l’artiste, qui puise dans les souvenirs de son enfance et dans la figure maternelle de sa grand-mère, vendeuse de glace. L’agencement des éléments, entre suspension, fumigation et ancrage au sol, témoigne d’un mouvement de transmission : de la mémoire intime vers une mémoire collective. Dans son intervention, Berthold Hinkati, directeur de l’espace culturel Le Centre a indiqué que les deux artistes ont enclenché une nouvelle démarche artistique basée sur des résidus. Une manière pour eux de se reconnecter à la tradition.
Mohamed Yasser Amoussa (Coll)




















