Les œuvres de l’artiste Rafiy Okefolahan sont actuellement en exposition dans les locaux de l’espace culturel Le Centre du 16 janvier au 26 avril 2026. Intitulée « D’artificielles origines », cette exposition dont le vernissage s’est tenu le vendredi 16 janvier 2026 revient sur l’identité contemporaine.
À travers un solo show riche en installations, sons, peintures et performances, l’artiste visuel Rafiy Okefolahan, par le canal de l’exposition « D’artificielles origines », traduit les résultats de ses recherches dans un langage artistique et, invitant chacun à une expérience sensible et introspective. Il plonge les visiteurs dans l’univers des pratiques rituelles yoruba, où l’offrande occupe une place centrale dans la relation avec l’invisible, les ancêtres et la communauté. L’origine est considérée comme une réalité influencée par de multiples facteurs dont le métissage, les migrations et l’acculturation. Au-delà de ces dimensions culturelle, spirituelle et même géographique, l’artiste questionne la notion d’origine en tant que construction évolutive. Cette exposition qui est le fruit de six semaines de résidence de recherches et de création, propose une réflexion intime et universelle où l’origine cesse d’être une réponse et devient une question ouverte aux visiteurs. Elle y apparaît comme un élément pluriel de ce qui fait l’humanité, et non comme le symbole d’une revendication identitaire ou d’une appartenance exclusive. À travers ses œuvres, Rafiy Okefolahan suggère que les identités soient devenues des constructions hybrides, parfois déconnectées de leur source initiale par le flux des réseaux sociaux. Puisant dans ses racines yoruba, l’artiste développe dans cette monstration le concept de l’offrande, ainsi qu’elle se manifeste dans sa culture. A l’en croire, tout a commencé à la suite des interrogations sur sa vraie origine, car en dehors du fait qu’il soit yoruba, son père lui disait parfois qu’il a aussi pour origine Adjarra pendant que son grand-père l’avait confié une fois qu’ils ont quitté Ôyô. « Mes enfants ne connaissent pas le Bénin et des fois mon fils me dit que je suis du Bénin et lui est originaire de Paris. J’ai voulu savoir si je suis seul dans le cas et j’ai commencé à poser des questions. Je me suis rendu compte que nous sommes nombreux à nous interroger sur la définition personnelle d’origine », a-t-il clarifié. Selon Rafiy Okefolahan, l’exposition est une série de questions dont les réponses doivent être trouvées par chacun. A sa suite, Berthold Hinkati, Directeur de l’espace culturel Le Centre a indiqué que l’exposition a permis à l’artiste de questionner son origine Yoruba qui met au cœur les offrandes et par extension les autres origines. « Pendant six semaines, il a transformé l’atelier et sa devanture en un espace d’élevage. C’était sa manière de faire une immersion dans le milieu des offrandes pour des résultats probants », a expliqué l’hôte. Pour le ministre de la Culture, Jean-Michel Abimbola, cette exposition conforte l’exécutif dans sa politique relative aux origines. « Le gouvernement mettra en place une agence pour faire les tests Adn et aider chacun de nous à trouver ses origines, pour également aider les afro-descendants dans leur formalité de reconnaissance de leur nationalité à accéder facilement à des preuves scientifiques pour prouver leur origine », a annoncé l’autorité.
Une expo, cinq
installations…
« Offrande » est la première installation de l’exposition. Elle présente les éléments essentiels nécessaires à la réalisation d’une cérémonie d’offrande en milieu yoruba. A travers une série de tableaux, l’artiste se représente dans son atelier, réalisant une performance autour du rituel de l’offrande. Quant à la « Procession » évoque le cheminement intérieur vers l’acceptation de soi. Universelle, cette démarche traverse toutes les religions et spiritualités : musulmanes, chrétiennes, traditionnelles ou autres. Elle s’identifie à chacun, indépendamment de sa foi. L’œuvre se déploie sous la forme d’une vidéo performative, accompagnée de photographies issues de la performance. On y voit une femme assise, torse nu, manipulant lentement une poudre qu’elle applique sur le mur. La « Métaphore » est une installation qui plonge le visiteur dans un univers photographique à forte portée symbolique. Les images, soigneusement disposées le long des murs, proposent une réflexion profonde autour de la notion d’origine et de la dimension artificielle qu’elle peut parfois revêtir. Le sol tapissé de terre rouge convoque la mémoire de l’environnement dans lequel a grandi l’artiste, rappelant ses origines. A travers ces photographies, l’artiste évoque les multiples périples qu’un individu peut traverser au cours de sa vie, dans sa quête identitaire et dans la recherche de ses origines. « L’arbre à palabre » prend place dans une pièce dont les murs sont entièrement tapissés de raphia, perlés par endroits, et dont le sol est recouvert de terre rouge. Elle est accompagnée d’un dispositif lumineux et d’une enceinte diffusant des conversations de plusieurs personnes partageant leur compréhension du terme « origine ». L’ensemble crée une atmosphère immersive, propice au questionnement et à la réflexion autour de cette notion. Le choix du raphia fait référence aux origines yoruba de l’artiste. Né à Porto-Novo, Rafiy Okefolahan est un artiste visuel béninois qui puise sa force créatrice dans les réalités socio-culturelles de l’Afrique. Engagé, il met en évidence les conséquences néfastes de cette quête inconsidérée du progrès dont les inégalités, le changement climatique, la montée de l’individualisme, la disparition progressive des traditions africaines qui forgeaient une identité propre à son peuple.
Mohamed Yasser Amoussa (Coll)




















