Du 19 au 21 octobre 2026, douze pays d’Afrique de l’Ouest, d’Afrique centrale et du Maghreb ont participé à Dakar au Forum régional sur le travail domestique, organisé par l’Organisation internationale du Travail (OIT). La rencontre a abouti à une Déclaration commune et à une feuille de route indicative visant à renforcer les droits des travailleurs domestiques, leur protection sociale et la formalisation de leurs emplois. Pour le Bénin, ces engagements s’inscrivent dans la continuité de réformes nationales dont la mise en œuvre demeure déterminante.


Quinze ans après la Convention n° 189, des défis persistants
Quinze ans après l’adoption de la Convention n° 189 de l’OIT sur les travailleuses et travailleurs domestiques, le secteur reste largement marqué par l’informalité, un accès limité à la protection sociale et une reconnaissance professionnelle insuffisante.
À ce jour, six pays africains ont ratifié cette convention : l’Angola, la Côte d’Ivoire, Madagascar, Maurice, la Sierra Leone et l’Afrique du Sud. Sans l’avoir ratifiée, le Bénin a engagé plusieurs initiatives en faveur de la formalisation du secteur, notamment une plateforme en ligne de déclaration des travailleurs domestiques et, en 2023, une exonération des pénalités de retard pour les employeurs déclarant leurs employés à la date réelle de leur embauche.
Ces mesures n’ont toutefois pas suffi à résoudre les difficultés de formalisation. Le Forum de Dakar a ainsi souligné la nécessité d’une action plus intégrée associant les pouvoirs publics, les organisations d’employeurs, les syndicats et les travailleurs concernés.
Cinq enjeux au cœur des échanges
Les discussions ont porté sur cinq priorités : le renforcement des cadres juridiques, l’amélioration de la protection sociale et des mécanismes de contrôle, la sécurisation du recrutement, le développement du dialogue social et la reconnaissance professionnelle du métier de travailleur domestique.
La ratification et la mise en œuvre de la Convention n° 189, la prévention des abus, notamment envers les travailleurs migrants et les jeunes, ainsi que la participation des travailleurs à la défense de leurs droits ont occupé une place importante dans les échanges.
La Déclaration commune et la feuille de route adoptées à Dakar proposent un cadre d’action que chaque pays devra adapter à son contexte national.
Le Bénin : des avancées à consolider
Les travaux du Forum, présidés par M. Arouna RAMANOU, Directeur des Normes et de la Statistique du Travail au ministère du Budget et de la Fonction publique, s’inscrivent dans une dynamique déjà engagée au Bénin, avec l’appui de l’initiative TRADOM mise en œuvre par l’OIT depuis 2024.
Une revue du cadre juridique a notamment mis en évidence des dispositions à améliorer dans l’arrêté n° 026 du 14 avril 1998 fixant les conditions générales d’emploi des employés de maison. Selon l’analyse réalisée, ce texte permettrait de ne verser en espèces que 25 % du salaire d’un travailleur domestique logé, soit 13 000 FCFA sur la base du SMIG.
À la suite de l’examen de ce texte par le Gouvernement, les centrales syndicales et les organisations d’employeurs, une proposition de revalorisation de la part du salaire obligatoirement versée en espèces a été soumise aux autorités gouvernementales pour examen et approbation.
D’autres avancées concernent la réalisation d’un diagnostic statistique sur le secteur, la formation des inspecteurs du travail des douze départements et l’élaboration d’un plan de conformité tenant compte de l’inviolabilité du domicile. Le Bénin a également adopté une stratégie nationale de formalisation des travailleurs domestiques intégrant l’essentiel des axes de la feuille de route régionale.
Des engagements aux résultats concrets
Le Forum de Dakar a permis de dégager des orientations communes pour améliorer la situation des travailleurs domestiques. Pour le Bénin, l’enjeu est désormais de consolider les acquis et de traduire les engagements en progrès tangibles.
La mise en œuvre de la stratégie nationale devra notamment contribuer à améliorer l’accès à la protection sociale, à renforcer la professionnalisation du métier et à développer le dialogue social et la négociation collective.
Au-delà des textes et des engagements, les résultats devront se mesurer à l’amélioration effective des conditions de travail, à la déclaration des travailleurs et à l’accès réel à leurs droits. C’est à cette condition que la dynamique engagée à Dakar pourra contribuer durablement à la protection des travailleuses et travailleurs domestiques au Bénin.
Lire la Déclaration commune de Dakar :

















