Architecte et président de Gps développement, Luc Gnacadja était l’invité de « L’entretien du jour » de la chaîne Global Africa Telesud en France hier, lundi 7 octobre 2024. L’ancien ministre de l’habitat et de l’urbanisme du Bénin et ancien secrétaire général adjoint de l’Organisation des Nations Unies (Onu) n’a pas fait dans la langue de bois. Avec le journaliste Adile Farquane, plusieurs sujets ont été abordés. Du dernier sommet de la Francophonie au développement durable en passant par l’urbanisation, rien n’a été occulté. Ci-dessous, la transcription de l’émission.
Global Africa Telesud: Monsieur Gnacadja, on va parler de francophonie avec vous. Comment vous avez vécu et comment vous voyez, puisque, depuis 33 ans, sur le sol français, on n’a pas vu un tel sommet. Il était temps, comme disent certains.
Luc Gnacadja: Oui, il était temps. Il faut peut-être préciser que la Francophonie, aujourd’hui, c’est quand même 583 millions de populations qui ont le Français en commun dans le monde, avec une bonne partie en Afrique.
Une légère hausse ?
Une légère hausse et la hausse est due à l’Afrique. Il faut le préciser et vous avez raison. Et c’est aussi heureux que, plusieurs décennies après, la France accueille la Francophonie. On a eu le sentiment qu’elle était en décalage de temps par rapport à ce que la Francophonie apportait à la France et ce que la France peut apporter à la Francophonie. Donc, de nos jours, avoir une Francophonie plus substantielle, une francophonie des peuples, une Francophonie avec un contenu pour la jeunesse, qui est la dynamique de la francophonie de nos jours, je serais heureux.
Est-ce que le Français est aujourd’hui, une langue francophone d’éducation, du numérique, ou est-ce que c’est l’homme qui reste des affaires ? Est-ce que c’est plutôt une réalité ?
Moi, je n’aime pas les labels qui vous mettent dans un coin. Je souhaite que la langue que j’ai en partage avec beaucoup de gens, le Français, soit une langue de développement, une langue de demain, avec la dynamique qu’elle peut porter vers le haut, les pays qui l’ont en partage, et les jeunes qui parlent cette langue-là. Et pour cela, je pense qu’il ne faut rien s’interdire. Et pour ma part, peut-être par biais professionnel, je souhaite que la Francophonie soit aussi la langue de l’urbanisation. Parce que, attention, le Français est une langue urbaine dans le monde, il va être davantage une langue urbaine. Donc, faire en sorte que l’urbanisation ne soit pas une urbanisation de désillusion, mais une urbanisation porteuse d’espérance pour les jeunes, c’est aussi pour mon espérance.
Vous pouvez quand même l’admettre, on le voit. La réalité du terrain, c’est quoi en Afrique ? C’est qu’on voit qu’il y a d’abord une nette progression dans le milieu des affaires où la langue française domine. En revanche, chez la jeune génération, on parle plus Anglais désormais. C’est une pratique qui est devenue courante.
Oui, peut-être pas la force des choses. C’est peut-être pour cela aussi qu’il faut donner un contenu d’avenir à la Francophonie. Les jeunes parlent anglais, pourquoi pas, parce qu’ils ont le sentiment que c’est peut-être pour eux une passerelle plus dynamique vers leurs espérances. Donc, il faut que la Francophonie porte aussi des problématiques qui sont au cœur des espérances des jeunes. Que veulent les jeunes ? Quand on dit par exemple qu’un jeune africain, son horizon, c’est quoi ? Quand il voit que là où il vit, par rapport à ses ambitions, par rapport à son potentiel, il n’a pas d’offre, il a envie d’aller, il a envie d’ailleurs. Vous avez raison, c’est cela. C’est là où le bas blesse. Il a envie d’aller ailleurs. Mais quand il ramasse les économies de sa famille, de sa collectivité pour faire un voyage périlleux par le désert, pourquoi ne pas lui montrer que ses économies peuvent être investies là où il vit, parce qu’il y a des opportunités de développement et même de développement de soi là où il vit.
Et pourtant, ce n’est pas faux, M. Gnacadja, que lorsque vous étiez secrétaire général adjoint des Nations Unies, vous aviez alerté. Vous étiez un peu peut-être trop précurseur à l’époque. Vous êtes arrivé trop tôt certainement, non ?
Oui, bien sûr! Avoir raison trop tôt, il vaut mieux encore avoir raison. Et être là pour toujours dire. Vous savez, un jour, j’étais en Pologne, et j’ai rencontré deux jeunes Africains qui m’ont donné un coup de main pour que je retrouve mon chemin dans la ville pour aller, là où je devais avoir ma réunion. Je leur ai dit, mais qu’est-ce que vous faites ici ? Ils m’ont répondu en Anglais, mais nous cherchons de vrais pâturages. J’ai dit, mais regardez, Katowice, c’est dans un vieux bassin où sont les vrais pâturages ici ? Bien sûr, c’était une image. Ils cherchent là où ils peuvent prospérer. Et je leur ai dit, vous êtes d’où ? Ils m’ont dit de Zimbabwe. Je leur ai dit, vous savez qu’au Zimbabwe, vous n’avez plus d’opportunités pour faire de vrais pâturages qu’ici ? Alors, ici, faites ce que vous pouvez faire. Acquérir la connaissance, acquérir la capacité par rapport à votre potentialité, et retourner en Afrique.
Cela vous a marqué ?
Oui, bien sûr, cette rencontre en Pologne. Et ils m’ont dit, mais personne ne nous a parlé de notre pays comme vous le faites.
Est-ce qu’il y a encore un enjeu aujourd’hui, quand on parle de Francophonie ?
Bien sûr, il y a un enjeu. Et peut-être qu’en regardant les attentes et les espérances de ceux qui vont être là dans deux, trois décennies encore pour vivre la Francophonie, il faut cadrer les enjeux par rapport à leurs attentes. Et il ne faut pas faire les enjeux d’hier, il faut faire les enjeux de demain. Et c’est pour cela que, moi, je souhaite vraiment que, et encore une fois, j’espère avec mon biais professionnel, que l’urbanisation devienne une vraie thématique francophone.
C’est un peu votre domaine !
C’est mon domaine. Mais je vois aussi l’Afrique, par exemple. En 2015 et 2050, les projections disent que la population africaine va doubler. La population urbaine va tripler. Cela signifie qu’il va y avoir une croissance exponentielle.
J’ai des chiffres que vous avez publiés. Vous dites que ça va doubler. Tous les 20 ans, depuis 1990. Vous dites que ça devrait tripler entre 2015 et 2050. On parle, par exemple en 1950. Je parle de l’Afrique. 27 millions. 2020, 587 millions. 20 fois plus. 2030, 820 millions. Et ensuite, vous allez jusqu’à 2050. Et là, on parle de milliards.
Et ça va tripler par rapport à 2015.
Comment on explique tout cela ?
On l’explique d’abord par la dynamique de la croissance naturelle de la population. On l’explique aussi par la dynamique de la croissance naturelle de la population urbaine. Avant, jusqu’aux années 70-80, la croissance urbaine de la population était due à l’exode rural. Aujourd’hui, l’exode rural ne compte plus que pour 40% de la croissance de la population urbaine. Cela signifie que la population urbaine et intra-urbaine a une vraie dynamique de croissance.
Regardez, notre réalisateur. Il fait défiler des images. Ça, c’est vos images. Est-ce qu’on peut les commenter ensemble puisqu’on parle de densité ? Là, par exemple, cette photo, elle est d’où précisément ?
C’est une photo aérienne de Cotonou.
Oui. Et là, on voit bien la densité ?
Et là, on parle d’urbanisme. Oui, bien sûr. On voit la densité, mais on voit le potentiel de densification.
Quand on voit cette photo, vous, architecte, vous, l’homme de l’urbanisme, elle nous renvoie à quoi, M. Gnacadja ?
Ça nous renvoie à une trame urbaine qui est assez régulière, mais cela nous renvoie aussi à une réalité. Cela montre que cette trame urbaine-là, si on continue comme cela, on va courir après les infrastructures.
Mais c’est quoi le risque ? Il y a un risque quand on voit ça. Là, par exemple, celle-là, regardez. Il y a un risque écologique. Là, par exemple, il y a un risque de réchauffement climatique.
Mais cette photo-là n’est pas loin de là d’où j’ai pris l’autre photo en photographie aérienne parce que là, ça, c’est de l’informel. Sinon, on l’appellera de l’habitat informel.
C’est une belle photo, ça!
Oui, c’est une belle photo, mais qui montre des réalités.
Ça veut dire quoi, informel ?
Informel, cela s’entend sans forme. C’est une erreur de formulation. C’est un biais de perception parce que ça a bien des formes. L’informel, quand on regarde dans la formation que j’ai eue et que beaucoup de jeunes aujourd’hui ont en matière d’urbanisme, l’informel, c’est ce qui n’a pas de forme et qu’il faut démolir et on fait des déguerpissements. Et je dis que c’est une erreur parce que ceux qui sont là, ce n’est pas de l’architecture informelle pour eux. C’est de la forme. Émile Hayot, bien connu en France comme urbaniste, a dit « Désordre apparent, ordre caché ».
Sur cette photo précisément, c’est de l’ordre caché ?
Mais c’est de l’ordre caché.
C’est intéressant ce que vous dites, M. Gnacadja
Mais la fabrique africaine, de la ville africaine, elle est informelle. Comme l’a été d’ailleurs Paris. On l’oublie souvent. Paris, au début en 1800.
Mais bien sûr. En 1845, oui, vous avez raison. J’ai les images en tête.
Mais bien sûr. Au-delà de la couronne du périphérique, c’était informel. Les Champs-Élysées, c’était informel. On a formalisé. Mais on a formalisé en faisant des erreurs qu’il ne faut pas que nous reproduisions aujourd’hui. Aujourd’hui, ce serait une erreur de faire simplement de leur manière en Afrique. Là où il y a de la forme avec la forme qu’on appelle informelle. Il faut apprendre à voir la forme et à faire avec cette forme-là. Et à travailler à reconnaître cette forme-là. Parce que le déguerpissement, pour le déguerpissement, c’est très coûteux. C’est comme quand on laisse le cancer se métastaser. Quand vous déguerpissez les gens, ils vont où ? Ils vont à côté pour reproduire la même chose ?
M. Gnacadja, quand on voit cette photo-là, à court et moyen terme, cela ne tient pas.
Pourquoi vous dites que ça ne tient pas ?
Quelles sont les perspectives qu’on peut proposer à la nouvelle génération africaine ?
Caractérisons l’informel. L’informel, c’est 80% de l’économie des villes africaines. L’informel, c’est 90% de l’emploi. L’informel, c’est 90% de la mobilité urbaine. Quand eux, ils s’arrêtent, la ville meurt. Elle ne bat même plus. Le poumon de la ville est informel. Donc, la ville africaine est informelle. Il y a un biais de perception qui veut dire que c’est négatif. Et c’est cela qu’il faut changer.
Vous voulez le changer en quoi ?
C’est la perception qu’il faut changer pour pouvoir faire avec le déjà là et avoir une approche qui permette une transformation progressive.
Alors, on voit une autre photo, M. Gnacadja, que vient de nous faire défiler.
Ça, c’est Addis-Abeba
Alors, Addis-Abeba. Là, c’est le contraste entre ce qu’on a vu avant et maintenant.
Oui, mais on peut superposer à cette photo. Si vous regardez cette photo-là, qui montre la dynamique des villes africaines. Donc, une aspiration au progrès légitime et faire en sorte que la transition entre l’informel et cet hyper-formel à la limite, soit une transformation à la limite organique, une transformation pour les populations et pour la nature. Par exemple, à Dakar, cela ne se faisait pas, mais en deux décennies, Dakar a perdu 30% de son couvert végétal. Et le couvert végétal, donc la nature, ce sont les défenses de la ville contre les chocs climatiques. Donc, quand on les perd, on devient plus vulnérable. Donc, faire la ville pour les populations et pour la nature est le défi africain aujourd’hui. C’est un défi qui est aussi un défifrancophone parce que c’est un défi de la plupart des villes francophones aujourd’hui.
Entre 1990 et 2015, vous dites qu’il y a 90% de la croissance de l’habitat urbain qui était informel. Parlons de l’étalement urbain accéléré. Qu’entendez-vous par cette perte de biodiversité ?
Par rapport au changement climatique, une vulnérabilité qui est accrue par le fait que l’étalement urbain se fait dans des zones sensibles en termes de biodiversité. Par exemple, quand une ville, pour s’étendre, occupe les zones basses, les zones qui devraient rester non-fréquentées, on dit qu’on ne devait pas construire, cette ville-là devient très vulnérable aux inondations, parce que les exutoires d’eau sont occupés.
Donc cela crée de l’insécurité!
Cela crée de l’insécurité pour tout le monde. Cela crée de l’insécurité économique et humaine.
Et numérique aussi, par ricochet.
Par ricochet, parce que même les infrastructures deviennent ainsi faibles. Mais reprenons maintenant ce qu’on pourrait faire autrement. Parce que ce que moi, je souhaite, ce n’est pas qu’on garde le déjà-là pour ce qu’il est, mais c’est qu’on voit le déjà-là et qu’on fasse avec le déjà-là pour pouvoir aller 20 progrès pour les hommes, pour les urbains, et non pour la voiture, par exemple. Laissez-moi dire une chose.
Bien sûr, je vous en prie.
Quand on a fait, au terme des Trente Glorieuses à Paris, on a construit beaucoup. Mais la manière dont on a construit, la France en paie le prix aujourd’hui. En termes de la cité, le mal-être, le mal-vivre des jeunes, tout cela fait partie de la facture de l’uniformité urbaine. Et c’est cela qu’il faut éviter. Faire en sorte que la ville soit moderne. Moderne, c’est quoi ? Mes collègues africains, ils ont tort de penser que le moderne, c’est ce qu’une consœur égyptienne a appelé la Dubaïsation. L’horizon de la durabilité des villes africaines, ce n’est pas Dubaï. La durabilité, c’est d’abord une transition urbaine, une transition énergétique, une transition écologique vers un horizon qui est aussi culturel.
Ce que vous dites, c’est vrai, vous avez raison, M. Gnacadja, parce que la durabilité vient tout simplement du choc climatique. C’est ce que vous appelez les inondations, etc. Alors, une fois qu’on a dit ça, monsieur Gnacadja, c’est quoi les défis qui attendent les pays africains dans les prochains mois, prochaines années, à l’horizon 2050 pour éviter justement tout ce qu’on venait de nous décrire ?
Le défi, c’est comprendre que l’urbanisation vient avec des promesses. C’est quoi une ville ? Une ville, c’est le lieu où on fait de la mutualisation de l’accès à des services urbains, des services publics. C’est aussi le lieu dans lequel on peut faire de la valeur ajoutée à ce que l’on sait faire. C’est le lieu où le territoire de la ville permet de faire de la transformation. Mais une ville qui n’a pas ces promesses-là, c’est à travers ces promesses-là que la ville trouve de l’emploi pour les jeunes, permet aux jeunes de s’accomplir. Mais quand une ville ne fait pas cela, elle a perdu sa raison d’être ou elle n’accomplit pas sa raison d’être. Donc, les acteurs africains, aujourd’hui, qu’ils comprennent que l’urbanisation est une promesse qui requiert qu’on investisse sur la croissance urbaine, qu’on investisse sur les infrastructures Quand on bulldoze un quartier informel, ce n’est pas parce que c’est nécessaire, mais on jugera aux résultats. Les résultats, c’est pour qui ? La ville ne peut pas se faire contre ses habitants. Elle doit se faire pour ses habitants et par ses habitants. Le mot s’appelle « co-construire ».
Alors, pour changer l’avenir, que faut-il faire ? Il faut transformer les villes ?
Pour changer l’avenir, il faut avoir un horizon partagé. L’expérience de la durabilité est souvent la transformation. Cela ne doit pas être l’expérience technocratique. Il faut que ce soit une expérience qui utilise toutes les techniques possibles, une expérience endogénéisée sinon née du contexte pour que la ville ressemble à ses habitants tout en leur donnant de l’espérance pour l’avenir.
Vous dites: l’urbanisme doit être au cœur de l’agenda francophone. Il doit transformer, former et innover. Ensemble, bâtir pour demain une ville inclusive et durable. Comment voyez-vous tout cela dans le cadre de la Francophonie? Pour certains, tout cela est abstrait, comment être plus concret?
Je voudrais féliciter les dirigeants de l’Association internationale des maires (Aimf). Elle fait un travail remarquable. Durant deux jours, il y a eu une conférence qui n’a parlé que de cela: réenchanter les villes. Pour réenchanter les villes, il faut regarder non pas la ville intelligente parce que entièrement numérique et identique partout. Il faut que la ville permette de nourrir l’aspiration de ses populations. Là-dessus, le monde francophone a beaucoup d’exemples. Il y a des choses qu’il faut faire, et d’autres qu’il ne faut pas faire et partager cela afin d’inspirer les décideurs et former les jeunes. En guise d’exemple, il y a quelques jours, j’étais dans un webinaire et j’avais trois doctorants africains dont deux qui étaient des jeunes dames. Ces dernières m’ont dit: ce dont vous parlez à savoir comprendre que la modernité est aussi africaine et que l’informalité est quelque chose dont il faut tenir compte et faire avec ces acteurs comprenant ce que l’informalité apporte à la ville. Elles m’ont dit qu’on ne l’enseigne pas à l’école. Dans les écoles aujourd’hui en Afrique, l’horizon de la durabilité urbaine, c’est Dubaï. C’est une erreur majeure. Il faut changer de paradigme.
La population francophone va passer de 321 millions à 715 millions d’ici 2050. Que faut-il renforcer ?
Il faut que le Français soit porteur de diversité, de tout ce qui fait le Français, des aspirations des populations qui parlent le Français avec ce qu’elles apportent au Français. Pour le faire, il ne faut pas avoir une approche hors-sol.
Comment éviter une approche hors-sol ?
Regardons les choses en face. Le Français, c’est la langue administrative dans beaucoup de pays africains. Quand on veut communiquer quelque chose, on le communique en Français. Moi, je suis francophone mais « fonphone » de part mes parents. Je veux donc pouvoir parler fon mais quand je parle français, mes pensées sont reflétées dans ma manière dont je parle français. Il faut que ce soit aussi porteur des défis qu’il y a dans mon pays. Donc, il faut que la Francophonie soit plurielle. Pour qu’elle soit plurielle, il faut qu’elle traduise les défis des jeunes. C’est si important de donner la parole aux jeunes. Avant-hier, on a laissé des jeunes étudiants rêvés sur comment ils voient la ville de demain en 2050.
Qu’est-ce qu’ils répondent?
Ils ont fait des posters incroyables. Ils n’ont pas du tout été hors-sol. Ils sont partis de ce qu’ils vivent chez eux et regardé comment se fait le processus de transformation, comment la transition sociale peut se faire pour que la ville devienne durable.
L’Intelligence artificielle était-elle d’actualité ?
Un excellent instrument mais il ne faut pas qu’elle soit un simple instrument parce que l’Ia peut accroître le copier-coller et c’est un vrai danger. On parle de Proccessus assisté par ordinateur (Pao). Il ne faut pas tout ça devient du copier-coller assisté par ordinateur. Or, c’est le cas aujourd’hui. On fait une chose quelque part dans une ville occidentale et quand on a un marché en Afrique, on met quelques sauces autour pour assaisonner et on l’implante en Afrique. Cela constitue un drame. La facture reviendra lourde à l’Afrique. Quand vous voulez faire 10 000 logements, on ne peut pas le faire comme on a fait les barres en France. Il faut pouvoir faire avec les gens, être assez patient pour faire avec le temps. Comme l’a dit quelqu’un, tout ce que vous faites sans le temps, il ne vous le pardonne pas.
Les Etats francophones doivent renforcer les échanges commerciaux et explorer les perspectives d’emplois. De plus en plus de Français et ceux de la Diaspora, retournent dans leur pays d’origine pour renforcer l’économie. Comment observez-vous tout cela?
C’est très heureux. Je souhaite que la Diaspora devienne un plus grand acteur des transformations africaines, qu’elle vienne en Afrique avec l’humilité de celui qui apporte. Pour qu’elle apporte, il faut qu’elle vienne avec de l’humilité pour écouter et comprendre afin que son expertise soit utile. Moi, je suis un homme de terrain. Quand je vais sur le terrain avec des experts, je leur demande de fermer leur bouche et d’ouvrir grandement leurs yeux et oreilles pour écouter et comprendre pourquoi les gens font ce qu’ils font et comme ils le font parce qu’ils sont peut-être analphabètes mais ils ne sont pas bêtes. Si vous n’avez pas compris ce qu’ils font et pourquoi ils le font, votre expertise ne leur sera pas utile.
Qu’avez-vous à conseiller à ces jeunes qui nous regardent depuis l’Afrique, en Europe, en Afrique francophone ?
Il y a tellement d’espérance et de potentialités en Afrique. Il y a bien des biais de perception qu’ils doivent changer. L’un des biais de perception, c’est le risque en Afrique, c’est le risque de l’investissement. Cela vient de loin mais ce sont les acteurs africains qui doivent changer ces perceptions. Le biais de perception de risque, la Diaspora peut aider à le changer par exemple.
Source: Global Africa Telesud



















